Cameroun : Comment le directeur de publication Christophe Bobiokono et sa collaboratrice ont échappé à la prison

Christophe Bobiokono et sa collaboratrice Irène Mbezele étaient convoqués le 1er avril 2020 à la police judiciaire, sur demande du Procureur de la République pour les faits de « diffamation et outrage à corps constitué » pour lesquels ils sont condamnés depuis décembre 2019.

Christophe Bobiokono (c) Droits réservés

Christophe Bobiokono, directeur de publication du journal du monde juridico judicaire Kalara et Irène Mbezele ont échappé de justesse à la prison. Le mandat d’arrêt devait être mis en application si les accusés venaient à ne pas payer les sommes réclamées à savoir 14 millions de FCFA soit 2.5 millions de FCFA pour le DP en guise d’amende, 10 millions de FCFA de dommages à intérêts et 1.5 millions de FCFA que devait payer Irène Mbezele.

Les deux écopent de ces lourdes sanctions sur l’affaire les opposant à l’honorable Fostine Fotso Chebou Kamdem, députée RDPC des Hauts-Plateaux dans la région de l’Ouest et avocate au Barreau du Cameroun.

Fort heureusement, les inculpés ont été remis en liberté après qu’ils ont payé la somme de « « 5 millions de FCFA ».

Dans une interview que Christophe Bobiokono a accordée à notre confrère Fred Bihina de Cameroun.Info.net et que vous propose Lebledparle.com, , il revient de manière exhaustive sur la procédure judiciaire qui n’aura pas été facile.

 

Vous avez été convoqué à la Police judiciaire mercredi en compagnie de votre collaboratrice Irène Mbezele. Vous avez été conduits au parquet où vous en êtes ressortis libres en soirée. Que s'est-il passé ?

Nous avons été informé lundi dernier que le président du Tribunal de Première Instance de Yaoundé - centre administratif avait saisi la police judiciaire pour faire exécuter les mandats d'incarcération émis contre Irène et moi le 20 décembre dernier. Nous devrions donc nous présenter à la police hier mercredi (1er avril 2020, Ndlr), pour la circonstance. Ce que nous avons fait. Après avoir reçu notification desdits mandats, nous avons été conduits au parquet, en principe pour être directement présentés devant le président. Mais l'un de nos avocats a pris le soin de payer les sanctions pécuniaires qui justifiaient les mandats en question. A 11h, il l'avait fait et rien ne justifiait plus qu'on reste sur les lieux. Nous avons été surpris que le Procureur de la République cherchait à obtenir l'aval du procureur général près la Cour d'appel du Centre pour savoir la conduite à tenir. Et j'ai appris qu'il avait demandé que je devrais lui adresser une requête en vue du paiement des sanctions pécuniaires pour qu'il l'étudie. De toutes les façons, après avoir tourné en rond pour les raisons qu'il est seul à savoir, il a envoyé l'un de ses substituts pour nous remettre en liberté à 18h. Je dois préciser que c'est bien le Procureur de la République et non le président du TPI qui a saisi la Police judiciaire pour donner un cachet bruyant à une affaire qui aurait pu se régler tranquillement, soit avec nos avocats, soit avec moi-même, puisque je suis presque tous les jours au Palais de justice... Je profite de l'occasion pour remercier tous ceux qui se sont mobilisés autour de nous, des parents, des amis, mais aussi des confrères français, des collègues du CNC et de la Commission nationale des Droits de l'Homme et j'en oublie sans doute, pour nous permettre de payer ce qui nous était exigé. Je remercie nos avocats qui ont fait les diligences nécessaires, Me Ondowe et Me Assira depuis son domicile où il reste confiné.

La suite de la procédure, c'est quoi ?

Comme vous savez, nos avocats avaient relevé appel de la décision rendue en notre défaveur le 20 décembre. Et depuis début janvier, ils avaient payé les sommes attendues par le greffe pour mettre le dossier en état et le transmettre à la Cour d'Appel pour que le procès recommence. Nous attendons depuis trois mois que cette affaire avance, malheureusement, notre avocat a appris hier que l'expédition du jugement n'était pas encore enregistrée. Le dossier n'est donc pas encore apprêté. Nous sommes obligés de nous armer de patience pour attendre la suite.

Vous avez été condamnés en décembre, pour une affaire au sujet de laquelle vous avez fait votre travail d'enquête. Comprenez-Vous cette décision ?

Nous avons dénoncé en son temps cette décision et les interventions manifestement néfastes de certaine autorité politique sur la conduite de notre procès. Nous nous en tenons à cela pour le moment.

Reporters Sans Frontières (RSF) avait dénoncé une condamnation dont l'objectif est de taire un media indépendant. Est-ce votre avis ?

La prise de position de RSF à laquelle il faut ajouter un communiqué de l'Union Internationale de la Presse Francophone, relève simplement du bon sens. Ce sont des prises de position argumentées qui se suffisent.

Peut-on redouter que cette affaire affecte l'orientation éditoriale de Kalara, l'un des rares journaux d'investigation au Cameroun ?

Non, ce risque est nul tant que nous aurons encore la force de faire ce journal. D'ailleurs, dès lundi prochain (6 avril 2020 NDLR), nous revenons sur un nouvel aspect d'une affaire qui symbolise plus que plusieurs autres le caractère dévoyé de notre justice. Il s'agit de l'affaire Lebou, pour ne pas la nommer. C'est une affaire qui montre comment ceux qui sont chargés de traquer les fossoyeurs de la fortune peuvent faire fausse route dans la volonté manifeste de les protéger. Je suis certain que cela ne va pas augmenter notre côté d'amour auprès de certains esprits rétrogrades. Ça ne nous empêche pas de poursuivre notre chemin surtout que nos lecteurs nous incitent à rester constants.

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