Les chiffres qui contredisent Emmanuel Macron : Le taux de fécondité en Afrique s'élève à 4,7 enfants

Interrogé sur le développement de l'Afrique au G20, le chef de l’État français a ciblé les "7 à 8 enfants" des femmes africaines comme un problème "civilisationnel". Sauf que les chiffres rapportés par Emmanuel Macron sont éloignés de la réalité.

© Ludovic Marin, AFP | Emmanuel Macron en conférence de presse, lors du sommet du G20 à Hambourg.

« Dans un pays qui compte encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien », déclarait le président français le 11 juillet en Allemagne.

Selon une étude de l'ONG Population Reference Bureau datée de 2016, le taux de fécondité en Afrique s'élevait à 4,7 enfants par femme contre 2,5 en moyenne dans le monde. En 1950, il était de 6,5.

Seul un pays affiche un taux de fécondité proche de celui évoqué par le président : le Niger avec 7,6 enfants. "Les propos d’Emmanuel Macron ne tiennent pas compte de l’aspect très composite du continent africain", commente Youssef Courbage, démographe à l’Institut national d'études démographiques (INED).

Selon le démographe et ancien expert des Nations unies, la déclaration du président ne concerne en fait que les pays francophones de l’Afrique subsaharienne, où la transition démographique n’a pas encore opéré, comme au Mali (6 enfants par femme) ou au Niger qui affiche le taux de fécondité le plus élevé au monde. "Dans ce pays fortement rural, les enfants sont sortis de l’école pour être utilisés comme une main-d’œuvre gratuite ou à bas coût", poursuit Youssef Courbage.

Selon lui, les pays du Maghreb central, comme le Maroc, la Tunisie ou encore l’Algérie, qui affichent respectivement un taux de 2,4, de 2,4 et de 3,1 – contre 2 pour la France – ne sont pas concernés par cette déclaration, au même titre que les pays subsahariens anglophones comme l’Afrique du Sud (2,4), le Botswana (2,8) ou encore la Namibie (3,6).

Reste que la théorie avancée par Emmanuel Macron de réduire la fécondité pour amorcer le développement reflète la pensée de nombreux spécialistes africains. À commencer par Laurent Chalard, géographe de la population et membre du think tank European Centre for International Affairs. « Cette vision détonne car elle s’éloigne du discours habituel français selon lequel le développement économique passe par la lutte contre la corruption, explique-t-il. Le président a choisi de se rapprocher de la vision anglo-saxone, selon laquelle la politique de planning familial est indispensable pour créer un terrain favorable à la croissance".

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