Moi, leader de l'opposition politique au Cameroun

L’opposition camerounaise est actuellement dans une position assez délicate. Pendant quelques temps, elle a été sous le feu des projecteurs, notamment avec la coalition qui s’est formée dernièrement pour protester contre une éventuelle modification de la constitution devant conduire à l’organisation d’élections anticipées. Si les dernières actions de l’opposition méritent d’être saluées, il reste vrai que celle-ci pèche encore dans plusieurs domaines. Moi, si j’étais leader de l’opposition au Cameroun, voici ce que je ferais.

Paul Biya lors de l'une de ses interventions
Paul Biya lors de l'une de ses interventions (c) DR

Je n’appellerais pas à la retraite du président de la république
J’estime que c’est un débat qui n’a pas lieu d’être. Du moins, ce n’est pas à l’opposition d’appeler à la retraite de son adversaire principal. Paul Biya est président d’un parti politique. À la rigueur, ce sont les militants du parti au pouvoir qui peuvent encore demander à leur champion de ne pas se représenter. Faire signer des pétitions pour appeler à la retraite du président Biya tandis que les militants de son parti lancent plutôt des appels à candidature, pour moi, c’est simplement une perte de temps et d’énergie.
Je n’attendrais pas la veille des élections pour entrer en campagne
Je pense que c’est l’une des causes du discrédit de l’opposition au Cameroun. Pendant la période post-électorale, ces derniers « entrent dans les sissongos », c’est-à-dire qu’ils disparaissent de la circulation, et ne remontrent le bout de leur nez qu’à l’approche du scrutin. Aux yeux de la population, ça ressemble à une macabre danse du ventre exécutée pour se remplir les poches et la panse. Les faits ont démontré que plusieurs candidats dits de l’opposition ne se présentent à l’élection que pour bénéficier des frais de campagne. Dès que le pactole est empoché, on les voit battre campagne pour le candidat du parti au pouvoir.

Si j’étais donc leader de l’opposition, je commencerais à mener mes actions dès la publication des résultats des élections, histoire de prouver aux électeurs que je ne m’engage pas pour les frais de campagne.

J’irais vers les populations
À mon avis, les leaders de l’opposition ne sont pas assez en contact avec les populations – quand il n’y a aucun scrutin à l’horizon – surtout celles des zones reculées qui, la plupart du temps, ne sont informées que des actions du parti au pouvoir. Il ne suffit pas d’enfermer les programmes de société dans des bouquins et d’espérer que les populations se les approprieront. Même en les mettant sur internet (comme le MRC dont le programme de société est disponible ici), ceci ne garantit pas que les gens s’en imprègnent – encore faut-il que les sites internet soient bien référencés.

Le reproche le plus courant que l’on fait à l’opposition, c’est qu’ils ont pour seul programme politique « Biya must go » – Biya doit partir –, sans proposer aucune alternative solide et crédible en contrepartie.C’est totalement faux. Chaque parti sérieux a un projet de société. Le seul problème, c’est au niveau de la vulgarisation. Se rapprocher des populations permettrait de faire connaitre ses intentions réelles pour le pays.

J’éduquerais la population et surtout les électeurs
Ce qui manque le plus à la population camerounaise, c’est sans doute un peu d’éducation politique. Les citoyens semblent avoir oublié quels sont leurs droits. En conséquence, lors des scrutins, les bureaux de vote sont vides. Pire, ils sont surpeuplés de citoyens, jeunes et vieux, qui viennent hypothéquer leur avenir en votant contre leurs intérêts en échange des promesses (quelques fois non tenues) d’argent.

En tant que leader de l’opposition j’irais vers les populations pour, non seulement leur parler de mon projet de société, mais aussi pour leur rappeler qu’ils ont aussi des droits, et que si leurs droits sont bafoués, il leur suffit d’aller aux urnes pour changer les choses.

J’allierais mes forces à celle des autres leaders
Au Cameroun, il existe 291 partis politiques légalisés. Difficile de faire un choix dans ce capharnaüm. Lors des scrutins, les électeurs indécis – et qui n’ont pas vendu leurs voix – auront du mal à se décider s’il faut choisir parmi 20, 30 candidats (dont plusieurs sont des alliés du parti au pouvoir). La conséquence logique c’est que les votants qui espèrent le changement fractionneront leurs voix entre les rares candidats sérieux, tandis que les autres voteront pour le parti au pouvoir. Dans cette configuration, il devient très difficile pour un quelconque parti de l’opposition de se démarquer.

Une alliance, par contre, permettrait de rassembler toutes les voix pro-opposition et de les attribuer à un seul candidat, lui donnant ainsi une chance de faire le poids face au parti au pouvoir.

En attendant que je devienne leader de l’opposition, pour mettre en pratique ce plan d’action, je me contenterai de m’inscrire sur les listes électorales pour, le moment venu, aller exprimer mon vote.

(c) Fotso Fonkam

Newsletter :
Déjà plus de 7000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Le Bled Parle à ne pas manquer !