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Siméon Roland Ekodo Mveng : « L’idée de transition générationnelle dans un gouvernement majoritairement sénile procède d’un acte de langage démagogique »

Mveng Ekodo Roland Simeon

Le spécialiste de sciences politiques a livré dans le Quotidien Mutations du vendredi 12 février 2021,  son examen du discours présidentiel. Pour le chercheur en science politique et membre de la diaspora, le discours du Président vise à endormir les cadets sociaux en mal de rupture et de captation violente des rênes du pouvoir.


Mveng Ekodo Roland Simeon
Siméon Roland Ekodo Mveng – DR

Quel commentaire vous suggère le discours du chef de l’Etat à la jeunesse du 11 février dernier ?

Au-delà des catégories répétitives sur les effets d’annonce des programmes d’emplois jeune initiés par son gouvernement et de son attachement à la paix et à l’unité nationale, ce fût en gros un discours d’instrumentalisation du succès organisationnel du Chan, mais également de capitalisation politique de l’aura de certains talents de la diaspora.

Le président parle de la préparation de la transition générationnelle en brandissant des postes glanées minimalement au sein du Parlement, des conseils régionaux et municipaux, alors que ceux-ci n’y jouent pour la plupart que des rôles de faire-valoir…

L’idée de transition générationnelle dans un gouvernement majoritairement sénile, gérontocrate et quasiment juvénophobe procède d’un acte de langage démagogique visant à endormir les cadets sociaux en mal de rupture et de captation violente des rênes du pouvoir, dans de vains espoirs de gouvernance. Quand on sait que nombre de dirigeants actuels furent responsabilisés à des postes ministériels et à des directions de cabinet entre 29 ans et 30 ans, il va sans dire qu’il est impossible de percevoir les signaux d’une transmission du pouvoir à une jeunesse éloignée de tous les cercles de décision et appareils politico-administratifs. Un signe sensible de l’héritage aurait dû être leur nomination comme secrétaires généraux de ministères, ministres délégués…pour des besoins d’apprentissage. En dehors de tout renouvellement des élites, d’un recrutement massif et d’une circulation des jeunes cadres au sein des appareils d’État, un tel discours reste creux et spéculatif, inconséquent et difficilement comptable.

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Le président invite par ailleurs les jeunes partis à la conquête du monde de revenir construire le Cameroun. N’est-ce pas un étrange paradoxe pour un président qui se refuse à adopter la double nationalité ?

Au-delà du climat des affaires à haut risque, il y a effectivement comme un paradoxe entre, l’invitation au retour des camerounais de la diaspora et le verrouillage juridique d’un régime de nationalité exclusive. Ensuite, on ne saurait valider empiriquement la binationalité sportive et la rejeter sur le terrain électoral et managérial. Cela trahit en réalité la peur du régime de faire face à une légion étrangère qui pourrait tirer avantage de sa multipositionnalité géoculturelle, de sa couverture juridique parallèle et des ressources économiques et relationnelles internationales associées à la résidence dans les pays développés et démocratiques pour obtenir des changements brusques au Cameroun.

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Propos recueillis par Jean De Dieu Bidias


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