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Plaidoyer pour la définition du statut des artistes camerounais !

Serge Aimé Bikoi, journaliste dans le sillage de la polémique sur l’affaire Lady Ponce et Camtel par rapport au concert annoncé de Fally Ipupa, plaide pour la définition du statut de l’artiste camerounais. Lebledparle.com vous propose le texte intégral.

Bikoi S A

Au moment où il règne, depuis hier, un débat vif et controversé sur le positionnement de Fally Ipupa comme tête d’affiche à l’événement de Blue le 30 décembre prochain à Douala, il n’est pas opportun, en pareille circonstance, de basculer dans le jeu des pulsions, des opinions, des émotions, des représentations et des affects tant il y a une discussion sérieuse à remettre au goût du jour : celui du formatage du statut des artistes-musiciens locaux à la base. S’enliser dans un dans un débat doxique assorti de jugements de valeurs stéréotypés et clivés qui met en opposition de phase les pro Lady Ponce et les pro Fally Ipupa ou encore les pourfendeurs et les laudateurs de Camtel est oiseux. C’est, en réalité, faire émerger les discussions périphériques autour la cristallisation des jugements manichéistes pro tel et anti tel autre. Or en toile de fond, il y a un débat non seulement sur le procédé de fabrication des égéries de la musique locale, mais aussi et a fortiori celui de la définition du statut de l’artiste camerounais.

Le statut social de l’artiste, en termes définitionnels, doit, en principe, être régi par une loi votée au parlement camerounais, lequel devrait définir, de manière concrète, la qualité de l’artiste, fixer ses obligations professionnelles, ses droits, ses devoirs, ainsi que ses privilèges. De préférence, l’on parle du statut de l’artiste tout comme l’on évoque le statut des fonctionnaires et des agents de l’État relativement à l’ensemble des principes normatifs qui régulent la Fonction publique camerounaise. Autre exemple non des moindres, l’on parle du statut des journalistes, lequel a été conceptualisé et défini lors des Etats généraux de la communication en 2012.

Fondamentalement, le statut de l’artiste détermine les secteurs et catégories professionnelles, les procédures d’accès au statut et projette le théoricien et le praticien de l’art au sein de la société comme un travailleur salarié à reconnaître, à respecter et à rémunérer à sa juste valeur. Vu sous ce prisme, le déterminant principal qui spécifie le statut de l’artiste, c’est son œuvre, laquelle se vérifie à l’aune de ses productions et prestations intellectuelles diverses et diversifiées. Le deuxième déterminant structurant le statut de l’artiste est son cadre ou son secteur d’exercice de sa profession, lequel est réglementé par des normes, règles, valeurs qui régentent le fonctionnement du travail artistique. Le troisième déterminant, quant à lui, est la reconnaissance de ses pairs dans le champ artistico-culturel. Il est possible d’y introduire le quatrième déterminant, à savoir celui des consommateurs des produits artistiques. A ce giron, il y a des petits consommateurs, tels que les citoyens lambda qui sont de simples mélomanes, tout autant qu’il y a des grands consommateurs constitués, entre autres, des entreprises audiovisuelles, des sociétés de téléphonie mobile(Camtel, Mtn, Orange, etc), des bars-dancings, des snack-bars, des cabarets, des boîtes de nuit, bref l’ensemble des espaces de promotion de la culture dans sa globalité.

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Dans une société normalisée et gouvernée par une volonté politique des décideurs gouvernementaux, l’idéal de définition et de structuration du statut de l’artiste est possible. Mais dans la société camerounaise actuelle, où il y a une politisation de la gouvernance des sociétés de gestion collective de droit d’auteur et des droits voisins du droit d’auteur, dans le contexte contemporain où les gestionnaires des sociétés de droits d’auteur et leurs membres sont, en permanence, flagellés, divisés et spoliés, tout est fait pour dévaloriser, avilir et annihiler les artistes de manière sempiternelle. Les droits, les contraintes, le salaire, le cadre d’exercice de leur profession et les œuvres des artistes ne sont guère reconnus et agrégés à un statut conforme adopté par le parlement et promulgué par le chef de l’État. Histoire de faire des théoriciens et praticiens des arts hétérogènes des travailleurs rémunérés de manière décente. Résultat des courses : des artistes broient du noir, vivent dans un misérabilisme ambiant, s’enlisent dans une paupérisation chancelante et meurent, malencontreusement et malheureusement, dans le dénuement abject. Pourtant, ce sont leurs sonorités qui bercent, au quotidien, la naissance, l’enfance, la jeunesse, les périodes adulte et des 3ème et 4ème âges des catégories de la population. Sans que ces savants artistes ne perçoivent, en retour, le revenu dû à la besogne réalisée. Pour ne prendre que le cas de la catégorie B « Art musical », depuis l’érection de la Socinada(Société civile nationale des droits d’auteur) jusqu’à la mise en place de la Sonacam(Société nationale de l’art musical) en passant par la création de la Cmc (Cameroon music corporation) et la Socam(Société civile camerounaise de l’art musical), la gouvernance de ces entités de gestion collective de droit d’auteur est marquée du sceau d’un statu quo. Des querelles de chiffonniers par-ci et des guéguerres entre artistes par-là ; des jeux de prise de position des dealers et gate keepers par-ci et des enjeux de positionnement des meneurs et acteurs mercantilistes par-là ; des séries sporadiques et épisodiques de répartitions du revenu du droit d’auteur par-ci et des scènes de lamentations des milliers d’artistes par-là, l’agent causal étant le refus de souscrire au payement des milliards de Fcfa par des grands consommateurs connus de tous ; la corruption de certains fonctionnaires du ministère de tutelle qui coopèrent dans le jeu de la captation du pécule par-ci et l’embourgeoisement des réseaux de dilapidation des ressources pécuniaires des artistes par-là ; la connivence entretenue, depuis décennies, par les chefs de département ministériel des Arts et de la Culture successifs avec certains artistes maffieux par-ci et le mutisme cathodique du chef de l’État et de son appareil gouvernemental par-là.

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Chaque fois qu’il règne une relative accalmie après une assemblée générale élective d’une société de gestion collective de droit d’auteur, certains anciens gestionnaires desdites sociétés et leurs affidés, chantres de l’instrumentalisation des dindons de la farce, entrent  en scène, manipulent certains artistes et des Hommes de médias qui les suivent comme des moutons de Panurge et orchestrent la fausse symphonie des actions maffieuses. Question de piller, perpétuellement, l’argent du droit d’auteur et se le partagent entre copains et copines et entre frères et fraters. Entre-temps, la grande majorité encline à la contestation et à la protestation ne dispose que des fora WhatsApp et des mass médias pour crier son ras-le-bol le ventre vide. Diminués et exténués par le poids de la maladie, certains meurent les larmes aux yeux. Assommés par la conjoncture économique difficultueuse et asphyxiante, d’autres rendent l’âme dans le dépit et la mélancolie. Des cas sont, d’ailleurs, nombreux. Le problème que pose donc Lady Ponce est pertinent, intéressant et invite à débattre des questions et des problématiques de fond au-delà des jugements préconçus et polémistes diffusés sur la toile. Au-delà de l’évocation d’un problème social lié au malaise de la condition précaire des artistes-musiciens, il y a, fondamentalement, un problème sociologique portant sur la structuration du statut des théoriciens et praticiens de l’art musical. Faire tabula rasa de ce distinguo, c’est biaiser le débat sur les questions de fond. DOMMAGE !

Serge Aimé Bikoi

 


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