Wilfried Ekanga : « le Cameroun est dans un état de coma cérébral en phase terminale »

Dans une publication sur sa page Facebook, ce jeudi 15 août 2019, Wilfried Ekanga, analyste politique parle des lois. Selon lui, il y a des lois injustes qu’il ne faut pas respecter. Dans le contexte camerounais ce type de loi existe et les libertés sont barricadées. Lebledparle.com, vous propose l’intégralité de sa tribune libre.

Wilfried Ekanga - capture photo

LA TERRE VUE DU CIEL

« Il faut respecter les lois »

Si la loi te demande de sauter d’un immeuble et de te briser la nuque, le feras-tu ?

Si la loi te dit d’assassiner ta mère et de violer ta voisine, vas-tu t’y conformer ?

Saches donc qu’il y a des lois injustes. Ce n’est pas parce qu’une chose est écrite qu’elle est forcément bonne. Il arrive souvent que ceux qui l’ont écrite soient animés de mauvaises intentions et poursuivent des intérêts particuliers. Ça s’appelle L’ABUS D’AUTORITÉ. Et il arrive que ceux qui ont l’autorité répriment le bas peuple, alors que celui-ci exerçait un simple droit prévu par la loi. Ça s’appelle L’ABUS DE POUVOIR.

A présent, toi cher Camerounais, tu sais exactement là où tu te situes.

Les supposés « dirigeants » qui règnent d’une main de fer sur 25 millions de personnes et préfèrent se comporter comme un gang de malfrats ont misé sur l’intimidation et la vampirisation pour faire dire à leurs fidèles, des choses auxquelles ils ne croient pas eux-mêmes. C’est ainsi que, tous les soirs dans les débats télévisés, un RDPCiste zélé vient vous expliquer « la rigueur de la loi », comme un kangourou ivre. Une loi qu’ils sont les premiers à fouler aux pieds.

La Crevettonie : pays où on se fait arrêter par un mandat de perquisition, et incarcérer et torturer par signature préfectorale de garde à vue administrative.

En 1791, une femme nommée Olympe de Gouges rédige la « Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne », pour protester contre la « Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen » de 1789 qui, comme son nom l’indique, ne concernait ..: que les hommes. Le texte de 1789 était donc légal, mais injuste. De même qu’en 1917, les femmes se lèvent en Russie pour protester contre la guerre et pour la reprise de l’activité économique ainsi que leurs droits. Avant que le président Lénine n’en fasse la commémoration peu de temps après, les textes anciens étaient alors légaux, mais injustes.

En 1930 en Inde, Mahatma Ghandi décide de marcher sur 386 kilomètres jusqu’à la Mer d’Arabie, contre l’impôt britannique sur le sel. C’est ce qu’on a appelé « La Marche du Sel » du 12 mars 1930. C’était une loi légale, mais injuste et impérialiste.

Par ailleurs, le 1er décembre 1955, Rosa Parks, noire-américaine de Montgomery dans l’Etat de l’Alabama ( USA ), refuse de céder la place à un Blanc dans le bus. C’était une loi légale, mais injuste et dégradante. Et en 1990, Nelson Rohilala Mandela sort de prison pour mettre fin - du moins en partie -, au régime ségrégationniste de l’Apartheid. Encore une disposition légale mais totalement sauvage et insultante.

Le plus drôle c’est qu’aujourd’hui, tous les zombies qui vous disent « il faut respecter la loi » sont de grands fans de Nelson Mandela, Rosa Parks ou Ghandi. Ils célèbrent également la Déclaration des droits humains, oubliant que ceux qui les ont rendus possibles ont dû briser des codes pour y parvenir.

C’est le symptôme par excellence d’un pays en état de coma cérébral en phase terminale. Une absence de logique et un obscurantiste impressionnants.

Retenons-le pour de bon : les lois sont dynamiques. Elles bougent, elles évoluent. Elles ne sont pas figées dans le temps comme des statues de bronze. On ne légalise pas une injustice pour demander ensuite de l’accepter. Le futur 3ème Président des Etats-Unis Thomas Jefferson l’a fait savoir alors qu’il luttait pour l’indépendance de son peuple : « Quand l’injustice devient une loi, la résistance est un devoir »

« When injustice becomes law, resistance is a duty »

Le plus drôle c’est que le MRC est plus victime d’abus de pouvoir qu’il n’enfreint lui-même la loi. Le Cameroun est juste un asile géant où on vous rejette 800 demandes de réunions et où on vous demande de l’accepter en souriant, pendant que le régime organise ses meetings de « tournage de dos » avec l’encadrement des forces de l’ordre. Si ce n’est pas de la sorcellerie, éclairez-nous vous-mêmes sur le sujet.

C’est terminé ! Ce que nos parents acceptaient, nous ne l’acceptons plus.

Seuls les imbéciles prennent cela pour une défiance. Pourtant, nous ne faisons que faire valoir nos droits, même si ça a du mal à rentrer dans leurs têtes. C’est normal, car dans une république de malfrats qui ne connaît que violence et terreur, revendiquer ses droits est appelé « provocation. »

OUVRE LES YEUX

Regarde bien : je suis en Allemagne, à Berlin. Ici, je ne connais ni les délestages, ni les coupures d’eau. Quasiment toutes les artères de la ville sont à six voies, même dans les quartiers pauvres. Il n’y a pas de boue, pas de poussière, et des voitures de police font la patrouille toutes les 20 minutes. Non pas pour réprimer les gens, mais pour les protéger et réagir vite en cas de danger. Je peux me balader à pied entre minuit et 6 heures dans toute la ville mon portable à la main, sans craindre qu’il m’arrive quoi que ce soit. Et quand aux transports : le métro, le RER, le bus, le tramway, le vélo public ou le taxi sont un buffet au choix pour aller où je désire.

Tu dois donc te poser la question : pourquoi nous nous compliquons encore la vie à nous occuper du Cameroun ? Qu’est-ce qui me pousse à risquer l’interdiction de rentrer dans mon pays sous peine de prison, et même ma propre vie, pour un peuple qui me combat même en retour ? Où prenons-nous l’énergie de résister et de continuer à combattre la démocrature camerounaise ?

Une seule réponse que je peux te donner : LE PATRIOTISME, le vrai. Celui qu’on pratique parce qu’on veut le même cadre de vie pour nos frères que vous êtes. L’Allemagne n’est pas chez nous. Alors j’aurais été bien heureux si l’infrastructure que j’ai décrite plus haut était au Cameroun. Hélas au Cameroun, c’est bien le contraire, et vous en êtes les témoins vivants. J’ai même appris que depuis une semaine, ENEO fait l’étalage de tout son talent en matière d’obscurité dans la ville rougeâtre que nous appelons « capitale »

En un mot : RIEN NE MARCHE là-bas, et seuls les biyayistes parviennent par on ne sait quel tour de magie à voir une « république exemplaire en construction. ». Nous ici dans la diaspora, nous ressentons un devoir d’utilité, la mission de sortir de notre confort pour vous assister dans cette souffrance que tous essayent de nier, mais qui est bien là.

Car le confort pour moi n’a de sens que lorsqu’il est général. Je ne prends aucun plaisir au luxe européen tant qu’il n’y a pas le même chez moi. Et tant que le Cameroun se portera mal, je me suis engagé à déclarer sans cesse coupables, ceux qui en sont responsables.

Celle-là, c’est ma loi personnelle. Et elle est légale ... et juste.

EKANGA EKANGA CLAUDE WILFRIED

( En sortant de l’église dimanche prochain, souviens-toi que tu aurais accusé ton cher Jésus d’ « hostilité à César » si tu avais été présent )

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