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Dieudonné Essomba : « Les Haouassa d’Obala sont assimilés aux autochtones, puisqu’ils n’ont plus d’autre origine identifiable »

Dieudonné Essomba : « Les Haouassa d’Obala sont assimilés aux autochtones, puisqu’ils n’ont plus d’autre origine identifiable »

Le projet de loi sur l’intégration nationale en cours d’examen à l’Assemblée nationale divise les Camerounais. Plusieurs observateurs de la société civile dénoncent cette disposition qui stipule en son article 246 (alinéa 1), que «le Maire de la Ville est une personnalité autochtone de la Région de rattachement de la Communauté Urbaine».


Dieudonné Essomba : « Les Haouassa d’Obala sont assimilés aux autochtones, puisqu’ils n’ont plus d’autre origine identifiable »
Dieudonné Essomba (c) Droits réservés

L’économiste Dieudonné Essomba, connu pour son penchant fédéraliste, s’est évertué à analyser les tours et les contours de cette loi qui selon lui « trahit le caractère irréaliste de l’État unitaire et son unité nationale ».

Lebledparle.com vous propose dans son intégralité, l’analyse du statisticien Dieudonné Essomba.

AUTOCHTONIE : CE QUE J’APPROUVE ET CE QUE JE DÉSAPPROUVE

L’autochtone est une notion extrêmement claire aux Camerounais, n’en déplaise à ceux qui veulent y bâtir une stérile casuistique pour des raisons justement communautaristes.

Et il n’y a aucune intelligence à s’y opposer. Et quand cette contestation prend une allure communautaire, bien loin d’atténuer le problème, elle ne fera que durcir la méfiance et rendre le concept d’autochtonie plus intégriste encore. De toute façon, ce n’est pas cela qui ne changera ni les Camerounais dans leur grande majorité pour qui ce concept parait naturel ni le Parlement pour qui il ne s’agit même pas d’un point de débat.

L’autochtonie est définie par le village du père, et à défaut, de celui de la mère. On peut l’élargir à ceux qui, ayant abandonné les villages de leurs ancêtres, se sont installés définitivement dans une autre région et n’ont pratiquement plus d’attache avec leurs communautés-mères. C’est le cas des Betis, Bassa, Bafia et autres qui se sont installés au Sud-ouest et n’ont plus le moindre lien avec leurs tribus primitives. D’ailleurs, certains d’entre eux sont les plus excités dans la sécession armée et on voit bien que pour eux, ils ne font plus partie des tribus initiales.

De même, les Haouassa d’Obala sont assimilés aux autochtones, puisqu’ils n’ont plus d’autre origine identifiable. On peut en dire autant des Bamileke du Moungo.

Le recours à l’autochtonie trahit le caractère irréaliste de l’État unitaire et son « unité nationale ». En posant comme principe que le Camerounais est partout chez lui sur le territoire national, l’État unitaire a en réalité empêché tout effort d’intégration entre les populations immigrées et les populations autochtones. Ce principe a été plutôt interprété comme un appel à la tolérance et à une cohabitation pacifique des Communautés, plutôt que la fusion et la création des Communautés nouvelles.

Loin de brasser les populations, les migrations se sont traduites concrètement par la dissémination et la multiplication des colonies tribales sur tout le territoire national, colonies qui gardent leurs attaches avec la Communauté-mère dont elles se présentent comme des têtes de pont, et par suite, des occurrences objectives de fiction et de sources de tensions.

À travers des coalitions tribales secrètes ou ouvertes, ces colonies ont développé une compétition extrêmement intense pour le contrôle politique des villes.

En réalité, la République a été instrumentalisée par les tribus pour poursuivre des projets hégémonistes soigneusement dissimulés derrière des concepts républicains.

On ne pouvait laisser prospérer un tel modèle sans courir des risques sérieux de confrontation entre les tribus, et, dans son principe, le recours à l’autochtonie est une salutaire exigence de survie de l’État. Il ne sert absolument à rien de gloser là-dessus.

Par contre, c’est la manière dont ce concept est adopté qui pose problème. On ne peut pas, d’un côté, parler d’unité nationale, d’égalité de citoyen et de « Camerounais partout chez lui », et d’autre part, introduire des dispositions qui violent ces principes. On est d’autant plus fondé à critiquer la méthode qu’il n’existe pas dans notre arsenal de loi des définitions portant sur les communautés sur lesquelles va s’appliquer ce concept, des régions dont ces communautés sont autochtones.

En réclamant la Fédération, nous savions pertinemment que nous en arriverions au concept brut et informel d’autochtone et non à sa version plus évoluée de « citoyenneté ».

La citoyenneté interne est le lien qui rattache chaque citoyen à un État fédéré. Dans la plupart des Fédérations, le citoyen est un autochtone ou un résident de longue date ayant réalisé certaines conditions de résidence.

Cette définition est ouverte, parce qu’elle permet un changement de statut, alors que la notion d’autochtones qui est totalement fermé : vous pouvez changer de citoyenneté, mais vous ne pouvez pas changer votre statut d’autochtone.

Toutefois, ceux qui se plaignent aujourd’hui ne sont qu’au début de leur peine, car le pire est à venir. C’est des recrutements dans les Fonctions publiques Régionales qu’ils verront le corrigé de l’autochtonie et regretteront la citoyenneté.

J’aimerais assister au spectacle d’un individu allant déposer son dossier dans un recrutement d’instituteur dans une Région où il n’est pas originaire.

Il verra alors ce qui est arrivé au chien qui allait voler la viande d’un Maguida muni d’un coutelas tranchant !

Dieudonné ESSOMBA

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