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[Tribune] À quoi devrait servir la DTN ?

Depuis le jeudi 13 avril 2023, Engelbert Mbarga est le nouveau directeur technique national. Il a été porté à cette fonction par le président de la Fecafoot, Samuel Eto’o Fils. À l’occasion de cette nomination, Claude Kana, historien du football camerounais, republie son article écrit 10 ans en arrière, dans lequel, il dit ce à quoi devrait servir la DTN.

equipe football dtn

Lebledparle.com vous propose l’intégralité du texte

Il y a 10 ans exactement, j’avais publié un article abondamment commenté sur camfoot.com, dans lequel je dressais les responsabilités que devrait assurer la DTN pour le rayonnement du football camerounais. Dix ans plus tard, j’ai l’impression de la Fecafoot m’a enfin entendu. Depuis sa création, la DTN est une coquille vide. Même le passage de Jean Manga Onguené, et Jean-Paul Akono, anciennes gloires du football camerounais a eu du mal à donner à cette structure ses lettres de noblesse.

C’est la raison pour laquelle le nouveau Président de la Fecafoot, Samuel Eto’o a procédé à la refonte, pour remettre de l’ordre dans la politique de formation et d’encadrement. « Pour mettre fin à l’amateurisme, et trouver des solutions aux problèmes d’organisation des sélections, les sélectionneurs sont assujettis à la DTN. Dorénavant, toutes les activités menées par les entraîneurs dans le cadre de leur fonction devront, avant leur mise en œuvre, recevoir le sceau de la DTN. Celle-ci devra être associée à toutes les étapes de leur travail depuis la présélection des joueurs jusqu’à la participation finale à une compétition. Il s’agit de donner à la DTN une place centrale, la place qu’elle mérite dans le projet de développement et de promotion du football. Une DTN appelée à donner un label au football camerounais et qui, dans un avenir très proche connaitra des aménagements ».

Je vous propose le contenu de mon article, écrit il y a exactement 10 ans, qui revient sur les devants de la scène aujourd’hui, preuve qu’entre-temps, rien n’a bougé. L’article est un peu long, mais sa lecture vaut le coup.

La philosophie de jeu, la question d’identité, et la préservation des acquis sont des notions abstraites que n’ont pas encore pu intégrer les fédérations africaines. Pourtant, dans une institution comme le Barça par exemple, les entraîneurs peuvent changer, mais la philosophie de jeu, celle qui a été initiée par le théoricien du football total, le néerlandais Rinus Michels en 1971, et son successeur Johan Cruijff restera toujours la même, alliant courtes passes, pressing, récupération et conservation du ballon, jeu à une touche, circulation rapide du ballon, mouvement perpétuel des joueurs, couverture mutuelle et utilisation des ailes pour une occupation maximale du terrain. En France, sous l’égide de José Arribas, Jean-Claude Suaudeau et Raynald Denoueix, le FC Nantes a développé un jeu vif et technique fondé sur le mouvement collectif et la rapidité d’exécution surnommé « jeu à la nantaise ».

Et le rapport avec les Lions Indomptables ? Vous me direz ! En effet, depuis trois décennies, ils sont connus en Afrique et partout dans le monde comme une équipe robuste, athlétique, au mental en acier, basé sur une assise défensive solide, imprimant volontairement à ses matchs un rythme de torpeur, quelque chose de difficilement définissable que les adversaires ont du mal à réaliser, se demandant seulement à la fin du match comment ils s’y sont fait prendre. Un jeu difficile à lire, un étau qui se resserre lentement, mais inexorablement et surtout à un rythme anesthésiant. Voilà les qualités qui ont fait la force du Cameroun, bref, l’ADN des Lions Indomptables. Ils ont d’ailleurs remporté la CAN 88 au Maroc avec juste quatre buts marqués, parce que la défense était infranchissable, ou fini la Coupe du Monde 82 avec un seul but encaissé. Et je pense que lorsqu’un nouvel entraineur arrive au Cameroun, le DTN doit, en tant que le garant de la continuité, lui exposer ce mode de fonctionnement qui nous est propre et qui constitue notre identité de jeu.

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En 2010, je suis persuadé que si le Cameroun a échoué en Angola et en Afrique du Sud, c’est parce qu’à ce niveau, la DTN s’est avérée défaillante. En effet, pendant que toutes les équipes qualifiées pour la CAN réunissaient les joueurs pour le stage préparatoire dès le 26 décembre, Paul Leguen, à partir des plateaux de Canal+ où il commentait le boxing day, expliquait que 5 jours de préparation seraient largement suffisants. Le regroupement se fera finalement à Yaoundé le 6 janvier 2010, suivi d’un voyage pour Nairobi. La suite, on la connaît. On a vu l’entraineur des Lions procéder à 3 remplacements à la mi-temps de chaque match, et ne trouver un semblant d’homogénéité que lors du 4e match. Pourtant, à son retour, il a dit que si c’était à refaire, il recommencerait encore sa préparation le 7 janvier pour une équipe qui jouait son premier match le 12. Personnellement, j’ai été choqué. J’aurai souhaité simplement qu’il dise « Oui, j’ai un peu sous-estimé le niveau de la CAN » ou « Mes contraintes avec Canal+ ne me laissaient pas la possibilité de faire autrement ».

Autre comportement surprenant, en 21 matchs à la tête des Lions, Paul Leguen n’a jamais aligné 2 fois consécutivement la même équipe. Le faisait-il sciemment ? S’en est-il rendu compte ? Comment trouver l’homogénéité en laissant Matip sur le banc à tous les matchs de préparation pour le propulser titulaire dès le premier match de coupe du monde ? En tout cas, son échec en Afrique du Sud avec les Lions, incapables de glaner le moindre point me rappelle un autre entraîneur français, Henri Michel qui a échoué en 1994 pour n’avoir jamais pu s’imprégner des spécificités de jeu du Cameroun. Or, la DTN, contrairement à ce qu’on a pu voir ces dernières années doit guider l’entraineur, lui raconter l’histoire des Lions pour lui permettre de s’adapter, surtout s’il vit en Europe comme c’est devenu le cas.

Le DTN, sauf si je me trompe est censé établir une politique générale cohérente afin de permettre, à la manière du Barça une imprégnation de la tactique commune à toutes les catégories et aux entraineurs de mieux s’incorporer dans le contexte local. Or, comment en est-on arrivé à laisser Paul Leguen aller jouer le 4-3-3 en coupe du monde ? Je ne l’ai pas compris, et je ne le comprendrais sans doute jamais. Pour réussir la performance de 1982, Jean Vincent alignait une défense de 5 joueurs (Kaham – Njéya – Aoudou – Onana – Mbom) et un milieu défensif de trois joueurs (Kundé – Abéga – Mbida), un milieu offensif, Tokoto et un attaquant, Roger Milla. Ce système ultra-défensif nous a privés d’une qualification certaine en 1982, mais il permettait au moins d’éviter des défaites. En 1990, Valery NEPOMNIACHI alignait Tataw – Ndip – Massing – Ebwéllé en défense, mais avec 3 milieux défensifs, Kana Biyik – Kundé – Mbouh, Makanaky et Mfédé en milieu offensif et Omam Biyik en attaque. En 2000, Lechantre avait un milieu de 5 joueurs, Geremi – Etame – Foé – Olembé – Womé. Aller en coupe du monde jouer les Pays-Bas en 4-3-3, qui pis est en mettant Samuel Eto’o sur le côté porte un nom : C’est du Suicide.

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Entre le Samuel Eto’o qui joue avant-centre au Barça et marque 42 buts en une saison et celui qui joue sur le côté à l’Inter et marque 16 buts, Paul Leguen a choisi le second. Pas surpris qu’il se retrouve à Oman. Malheureusement, dans son suicide, il a entrainé le Cameroun, sans que ses supérieurs ne lui aient dit à aucun moment qu’on allait droit au mur. Le meilleur entraîneur, c’est celui qui a une maîtrise complète des qualités de ses joueurs, qui sait tirer le maximum de chacun et qui est capable de les faire cohabiter. Quand Leguen disait qu’il aligne chaque joueur au poste qu’il occupe en club, je trouve cela affligeant. C’est le modèle d’entraineur rigide, incapable de s’adapter et de sentir les coups. Le Cameroun a connu des ailiers comme Nguea Jacques et Paul Bahoken, Bonaventure Djonkep et Ernest Ebongue. Les derniers étaient Salomon Olembe et Rudolph Douala Mbella. Comment peut-on jouer le 4-3-3 lorsqu’on n’a pas de joueur de couloir ? Par-delà le système de jeu, qui à lui tout seul ne suffit pas pour gagner une compétition, c’est le problème de l’identité du jeu des Lions Indomptables même qui doit être posé. Depuis l’ère Lechantre qui avait appliqué le 3-5-2 avec succès (repris par Schaefer), nul ne peut dire aujourd’hui quel est le système appliqué. Plus que jamais, la DTN doit œuvrer pour permettre au Cameroun de conserver son identité, car Chelsea n’aurait pas pu battre le Barça en jouant le jeu du Barça.

Claude Kana

Historien du football

 


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