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Suspension des recrutements au cycle doctoral dans les universités du Cameroun : un sens au coup de semonce du gouvernement

Le Ministre d’Etat, ministre de l’enseignement supérieur, Chancelier des ordres académiques, le Pr. Jacques Fame Ndongo a suspendu les sélections en thèse pour l’année académique prochaine, sous réserve d’un ensemble de conditions. Dans un texte publié sur son compte Facebook, l’Universitaire Joseph Keutcheu fait une analyse holistique de la situation. Le professeur agrégé de sciences politiques appel à la mutualisation des efforts pour un réel financement des recherches des thésards. Lebledparle.com vous propose le texte intégral.

Recteurs Universites Cameroun
Des Recteurs d'Université au Cameroun - DR

J’ai suivi avec une attention soutenue les échanges qui ont eu lieu depuis mercredi 19 juillet 2023 au sujet de la suspension, dans les universités d’Etat du Cameroun, des admissions en première année de Doctorat/PhD pour l’année académique 2023/2024.

J’ai aperçu l’information en ligne à partir de la publication d’une lettre du MINETAT/MINESUP adressée à ce sujet eu Recteur de l’Université de Dschang. Presqu’instantanément, j’ai vu défiler un flot de commentaires : les uns exprimant un sentiment de frustration, les autres un sentiment de satisfaction. Mais tous convergeaient sur l’idée que le Prof. Jacques Fame Ndongo vient de fermer l’Université à Dschang parce qu’une université sans cycle de doctorat n’en est plus une. Beaucoup plus malicieuses, certaines opinions tendaient à faire croire que le Prof Roger Tsafack Nanfosso avait pour mission faire fermer cette université et que sa mission est donc terminée.

La publication, presqu’une heure plus tard, d’autres lettres relatives à la même mesure dans d’autres universités, a fait prendre conscience, aux uns et autres, de ce que leur appréciation était sinon erronée, du moins maladroitement tendancieuse. Mais le débat concernant l’UDs ne s’est pas arrêté; au contraire, les entrepreneurs du « pire à Dschang » – malgré certains de ses résultats flamboyants qui sautent pourtant aux yeux – ont réorienté les discussions vers le paiement des soutenances. Là encore, l’UDs a été mise à l’index. Ce qui m’a étonné c’est que, alors même que les enseignants d’autres universités semblaient relativiser, certains de Dschang faisaient croire qu’il n’y a que chez eux que des étudiants préfinancent les soutenances de thèse.

On pourrait chercher à répondre à la question de savoir pourquoi seulement Dschang. J’ai ma petite idée là-dessus et je pourrai la signaler à une autre occasion. Mais déjà, je voudrai ici rappeler ce qui est une évidence, à partir des témoignages recueillis auprès des collègues et des étudiants. Le préfinancement des soutenances des thèses de Doctorat/PhD est un phénomène ancien; il a seulement pris de l’ampleur ces dernières années. Ce phénomène concerne toutes les universités du Cameroun et, d’évidence, aucune d’elle ne dispose de la provision suffisante pour payer à temps les charges de direction et de soutenance.

Le gouvernement a récemment demandé aux universités de centraliser, pour transmission à la Primature, des statistiques générales relatives à la gestion des parcours en thèse et des soutenances. Ces statistiques devaient permettre d’apprécier les effectifs et les capacités (financement, encadrement intellectuel, infrastructures de formation, aptitudes des doctorants, …) des universités. L’on peut ainsi penser que c’est donc logiquement que le MINETAT/MINESUP a répercuté la décision de la Primature aux universités. Il s’agit, de notre point de vue, d’une mesure de régulation, le temps pour le gouvernement de voir clair et d’apporter des solutions durables aux problèmes que pose la gestion du Doctorat/PhD au Cameroun.

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Parmi ces problèmes, nous pouvons citer : le déficit de financement de l’encadrement et des soutenances, la faiblesse de l’encadrement en termes d’enseignants de rang magistral dans certaines spécialités et dans certaines universités, le manque de lisibilité des parcours entre l’inscription en thèse et la soutenance, le flou en ce qui concerne les débouchés après la thèse, etc.

Sur le premier point, il convient de rappeler que l’Etat a fixé les droits universitaires à 50 000 FCFA par an, ce qui donne au bout de trois ans 150 000 FCFA. Cette modeste contribution devait être profondément soutenue par une subvention de l’État. Sur le troisième, quelques rares comme l’UDs ont normalisé le séjour en thèse conformément aux Directices CEMAC et à la règlementation nationale sur le fonctionnement du système LMD mais beaucoup d’autres évoluent dans un clair-obscur et on ne sait pas toujours en combien d’années l’on doit y faire une thèse. Sur le quatrième, presque tous les titulaires du Doctorat n’ont pour débouché principal que l’enseignement au supérieur. Ils font pression sur le gouvernement, n’hésitant pas à envahir la rue, pour être recrutés dans les universités. C’est sans légitime mais cela fait réfléchir.

Pour en revenir au préfinancement des soutenances par les étudiants qui semble cristalliser l’attention, il y a véritablement lieu de préciser les responsabilités. Commençons par rappeler qu’il n’est pas normal qu’un candidat prenne en charge le jury d’une soutenance dans l’état actuel de notre règlementation. Mais reconnaissons que la responsabilité lui revient en premier : certains étudiants, ayant terminé leurs thèses, forcent toutes les portes, en proposant de prendre en charge le jury, pour soutenir parce qu’ils ne veulent pas rater telle ou telle opportunité. En deuxième lieu, la responsabilité est celle du directeur des recherches : presqu’aucune initiative de préfinancement par l’étudiant ne lui échapperait; au contraire, certains directeurs sont bien souvent les entrepreneurs de cette démarche puisque ce sont eux qui doivent contacter les collègues membres du jury. Troisièmement, une part de responsabilité revient aux établissements qui n’approvisionnent pas en conséquence les lignes budgétaires dédiées aux soutenances;  ils proposent à la sélection par le Conseil scientifique des écoles doctorales, un nombre de candidats nettement supérieur à leurs capacités. Quatrièmement, la faute peut être imputée aux universités qui, en Conseil, ne se rassurent pas des capacités réelles des établissements avant de leur concéder des admissions au cycle de Doctorat/PhD. Cinquièmement, on peut reprocher à l’État de ne pas subventionner assez les universités pour faire face aux charges académiques. La subvention suffit  à peine pour faire face à certaines charges incompressibles : salaires des personnels, impôts et taxes divers, charges sociales (CNPS et Assurances diverses), factures d’eau et d’électricité, etc.

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Au-delà de la documentation que le Minesup demande aux universités de fournir, des solutions concrètes et urgentes doivent être trouvées à ces principaux problèmes. Nous savons que le gouvernement en a conscience. Peut être est ce l’occasion d’ouvrir un large débat et de tenir les états généraux de l’enseignement supérieur camerounais. La contribution du gouvernement qui doit déjà payer la dette académique existante est déterminante pour la suite. Mais aussi les syndicats de l’enseignement et de la recherche sont attendus. C’est ici que doit se manifester, au-delà du syndicalisme de redistribution, un syndicalisme de production. La question sera celle de savoir comment produire ensemble ce que nous devons redistribuer équitablement. Enfin les associations et les milieux socioprofessionnels, les membres de la communauté universitaires considérés individuellement ou collectivement, doivent être appelées à la table des discussions.

Voilà ce que je pense du débat en cours.

Salutations républicaines.

 


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