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Région du Sud : L’entreprise Camvert veut expulser les populations de Niete et Campo de leurs terres

Région du Sud : L’entreprise Camvert veut expulser les populations de Niete et Campo de leurs terres

Dans son rapport de décembre 2021 relatif au projet d’exploitation forestière de plus de 60 mille hectares de terres dans les localités de Niete et Campo dans la région du Sud, l’ONG Green Peace Africa lève le voile sur la face cachée de cette initiative portée par l’entreprise Camvert du Camerounais Aboubakar Al Fatih, militant du parti au pouvoir, le RDPC.

Région du Sud : L’entreprise Camvert veut expulser les populations de Niete et Campo de leurs terres
Projet Camvert (c) Droits réservés

Le document de 29 pages présenté à la presse le 8 décembre dernier est fort révélateur. Point par point, il démontre comment l’entreprise Camvert viole d’une façon flagrante et en tout impunité, les droits des communautés autochtones en détruisant leur forêt sous le fallacieux prétexte de la volonté du chef de l’État.

En effet, apprend-on, il y a environ deux ans, la société Cameroun Vert (Camvert) a commencé à raser 1 700 ha de terres situées à proximité du parc national de Campo-Ma’an, pour créer à terme une plantation de 60 000 hectares de palmiers à huile. À coup d’argent, de nourriture, et de trafic d’influence, souligne le document de Green Peace, la structure dirigée par Aboubakar Al Fatih tente de convaincre les populations de déguerpir de leurs terres pour se trouver un espace ailleurs.

En octobre 2020, un mois après le début de l’épépinage, plusieurs communautés Bagyeli ont déposé plainte auprès du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale des Nations unies (CERD) pour protester contre le déclassement « illégal de la concession forestière remplacée par la plantation Camvert », qui selon elles, « n’a pas respecté ni protégé les droits des populations autochtones Bagyeli sur leurs ressources naturelles, leurs terres et leurs territoires coutumiers, et il repose sur une non-reconnaissance discriminative de la propriété foncière et de l’usage des terres coutumières des populations autochtones», lit-on.

Violation des droits des communautés par Camvert

Le rapport de Green peace en sa page 18 révèle sur la base des travaux de cartographie participative réalisés de mai à septembre 2021 dans neuf villages des arrondissements de Niete et Campo, il apparait que « les droits fonciers des communautés sont restreints à l’extérieur de la plantation et leurs droits d’usage sont niés à l’intérieur de celle-ci ».

Cette zone, poursuit le document, est déjà sous pression du fait de la présence de la plantation d’hévéas Hevecam, la société sœur de Sudcam, ainsi que du Parc national de Campo Ma’an et du Parc national marin nouvellement créé.

« À Doum Essamebenga, Nkoelon et Mvini, comme dans beaucoup d’autres villages, la superficie des terres coutumières a été réduite par Camvert, qui a déplacé plusieurs fois les limites de la plantation. Selon la Loi sur la forêt de 1994, les communautés jouissent de droits coutumiers à l’intérieur des concessions forestières. Or, si la zone est cédée à Camvert, les populations locales craignent de devoir renoncer à ces droits sans obtenir en contrepartie de compensation claire et adéquate », peut-on lire.

Fausses promesses et achat des consciences

Camvert s’est lancé dans une grande campagne de santé dont les opérations ont duré 2h30, pendant lesquelles 2 500 personnes étaient censées avoir été examinées par une équipe médicale (dépistage de maladies bucco-dentaires, d’hépatites, de l’hypertension artérielle, d’IST et du VIH SIDA).

« Les promesses d’équipement des écoles de bancs, de livres et d’autre matériel par la société pour l’année scolaire 2021-2022, demeurent non tenues », indique le document.

Interrogé en septembre 2021 sur l’impact du programme de proximité de Camvert sur le quotidien des populations, un habitant sous couvert anonymat dans le rapport renseigne « Ce programme ne nous aide pas, il nous scandalise. C’est un échange totalement inégal. Une sorte d’échange colonial lors duquel un père vend son fils pour avoir du sel. Il n’y a aucune égalité dans ce genre d’échange. »

Presque tous les villages font état d’une multiplication alarmante des conflits avec des mammifères en quête de quoi se nourrir. Les communautés évoquent également une baisse considérable de leurs récoltes.

Un membre de la communauté Bagyeli, qui a reçu 20 000 FCFA en échange de sa signature, témoigne : « Camvert m’a demandé de signer un papier sans le lire. Après, d’autres personnes sont venues me dire que j’avais signé une autorisation d’allouer notre forêt à Camvert au nom de toutes les communautés Bagyeli de la forêt de Campo. Je n’en sais rien. Je suis pygmée et j’ai signé parce qu’on m’a trompé. »

Aussi, apprend-on, Camvert a également lancé un programme destiné à de petits planteurs associés, censé impliquer 5 000 hectares de plantations communautaires. Pourtant, « beaucoup de personnes nous ont dit que leur village ne disposait pas de terres à céder à ce programme lequel, initialement devait être mis en œuvre sur la plantation principale que Camvert convoite ».

À Mabiogo, où des terres ont déjà été défrichées pour installer une de ces plantations, des habitants racontent n’avoir reçu aucune information sur la suite du projet. « Ils ne savent ni les quantités ni les prix que Camvert appliquera dans l’achat de leur production », peut-on lire.

Une nouvelle approche de l’entreprise consiste à susciter l’intérêt individuel des membres des communautés en leur demandant de mettre à disposition leurs terres en lieu et place de l’approche communautaire jusque-là pratiquée.

Le document que nous avons parcouru se termine par quelques recommandations à l’endroit des autorités. En claire, Green Peace dans sa politique de protection de l’environnement, invite les pouvoirs publics à mettre fin, et ce de façon immédiate, à « l’initiative de Camvert, à Confier à un tiers la réalisation d’une étude indépendante sur la biodiversité et l’impact dans les zones concernées et rendre ses résultats publics ; à Cesser de favoriser les grands accords fonciers, d’une part en arrêtant d’intervenir directement dans les ventes et les baux, d’autre part en mettant un terme aux politiques publiques favorables aux investisseurs de l’agrobusiness… »

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