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Protais Ayangma : « Le pouvoir doit discuter et transiger avec Ayuk Tabe et les autres »

Protais Ayangmaa

Le Directeur général d’Afrique Centrale du Groupe Colina et à la Direction générale de Colina-Cameroun, Protais Ayangma dans son éditorial signé du 6 janvier 2020 paru dans les colonnes du journal Mutations, s’invite dans le débat de la crise sociopolitique qui sévit dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest.

Protais Ayangmaa
Protais Ayangma (c) Droits réservés

Outre la crise anglophone, le président du Conseil d’Administration du quotidien Mutations fait un rand-up sur l’actualité politique de 2019, et appelle à la paix.

Lebledparle.com vous propose dans son intégralité, l’éditorial de Protais Ayangma.

Que la paix règne au Cameroun.

Tous les observateurs de la vie politique camerounaise sont d’accord sur un fait : l’année 2019 aura été une année sombre. Non tenue de la Can, durcissement de la crise du Nord-Ouest – Sud-ouest, crise post-électorale, catastrophes de tous genres (incendie de la Sonara, éboulement de Gouache, hécatombes routières…). La coupe est pleine !

Mais tel le roseau de la fable, le Cameroun a plié, mais n’a pas rompu, à la surprise de maints observateurs, compte tenu de la puissance et de la récurrence des rafales qui se sont abattues sur le pays. Mais cette forte résilience ne doit pas nous abuser car le pays est à bout et a atteint les limites extrêmes de sa résistance. Et nous n’avons d’autre option aujourd’hui que la paix. Nous devons donc concentrer toutes nos forces, nos énergies, nos intelligences à la résolution de la crise du NoSo.

Nous devons surcapitaliser sur les quelques signaux bien faibles émis par le gouvernement même s’ils sont parfois immédiatement contrariés par des signaux contraires, brouillant toute visibilité et toute lisibilité de la politique du gouvernement.

Certes le Grand dialogue national n’a accouché que d’une petite souris, mais elle peut et doit être cette étincelle qui va, grâce aux efforts de tous, permettre le retour à une paix durable.

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Trop peu, trop tard ont pu penser, non sans raison, certains. Mais nous devons nous accrocher à la plus petite lueur d’espoir, fut-elle évanescente, et la raviver. Dommage que le chef de l’État, lors de son dernier message à la nation, soit resté dans une logique guerrière, alors que les derniers actes (Grand dialogue, arrêt des poursuites…) laissaient plutôt penser que nous étions dans une logique d’apaisement.

La paix, contrairement à la guerre est un construit. Parfois par petites touches. Nous devons rétablir la confiance, mise à mal par des promesses non tenues, des gentlemen agreement bafoués, des attitudes condescendantes… La grande et très coûteuse messe du dialogue national doit laisser la place à de petits dialogues, plus restreints, plus discrets, et même secrets, avec les véritables représentants des sécessionnistes. Le pouvoir doit discuter et transiger avec Ayuk Tabe et les autres. Il n’y a pas d’autre solution. Et nous finirons tôt ou tard par là. N’en déplaise aux bellicistes et autres pyromanes déguisés en pompiers.

Les personnalités les plus clivantes et controversées et qui cristallisent la colère des sécessionnistes doivent être écartées et éventuellement recasées dans nos nombreuses représentations diplomatiques aujourd’hui sans plénipotentiaire.

L’élite anglophone modérée, jusqu’à présent silencieuse, doit donner de la voix et s’impliquer dans le processus de paix. Elle ne plus laisser le terrain à des charlatans qui n’ont aucune légitimité.

De même que la diaspora anglophone, très puissante et très influente, et dont le rôle et le statut doivent être valorisés. Elle a les moyens de faire terminer cette guerre. C’est elle (la diaspora) qui la finance et qui l’inspire. Elle est donc une partie de la solution et des discussions de haut niveau (Premier ministre, très proches collaborateurs du chef de l’Etat) doivent être engagées avec elle sans délai et sans conditions.

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Plutôt que des caravanes d’aide alimentaire dont la gestion reste questionnable, la reconstruction, notamment des écoles, des hôpitaux, pourrait déjà commencer dans les zones sécurisées pour mitiger cette impression de désolation et d’abandon et pour montrer que la vie finalement est au-dessus de la mort. J’ai vu au Liban les bâtiments et les rues reconstruites après chaque bombardement.

La paix doit être pour tout Camerounais un impératif catégorique, un défi obsessionnel, une idée fixe dont nous devons tous poursuivre la réalisation avec acharnement.

Tous les Camerounais devraient donc, à l’image de ce censeur romain Caton qui voulait tellement que Carthage soit détruite, qu’il ponctuait tous ses discours de « delenda Carthago », Eh bien nous aussi si toutes nos pensées convergeaient vers cet objectif, si tous nos discours commençaient et se terminaient par « Que la paix règne au Cameroun », la force de cette suggestion partagée, pourrait devenir réalité. Comme Carthage a fini par être détruite.

Nous pourrons alors une fois la paix retrouvée, relancer avec force et vigueur notre économie et retrouver les chemins de la croissance et du progrès social.

Bonne et heureuse année 2020.

QUE LA PAIX RÈGNE AU CAMEROUN !

Protais Ayangma


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