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Liberté de la Presse : Le Cameroun parmi les pays les plus dangereux au monde, selon RSF

Doté d’un paysage médiatique parmi les plus riches du continent, le Cameroun n’en est pas moins l’un des pays les plus dangereux d’Afrique pour les journalistes, relève Reporter Sans Frontières. Selon l’ONG dans son classement 2024 des pays respectant la liberté de la presse, les journalistes et autres professionnels de l’information évoluent  au Cameroun dans un environnement hostile et précaire. Le cas Martinez Zogo, le journaliste enlevé et assassiné en janvier 2023, brandit comme la preuve de ce mal être de l’activité journalistique dans le pays.

Photomontage - La presse encore en danger au Cameroun, By LBP – © Leblesparle.com
Photomontage - La presse encore en danger au Cameroun, By LBP – © Leblesparle.com

En 2024, le Cameroun décroche la 130e place des 180 disponibles en matière de respect de la liberté de la presse, selon RSF. Comparativement à 2023 où il était classé 138/180, il faut reconnaitre que le pays a quelque peu évolué, avec ses 8 places gagnées dans le ranking RSF de cette année. Toutefois , le pays reste décrit par l’ONG comme l’un des pays les plus dangereux au monde pour le métier de journaliste.

Liberté de la presse : Le Cameroun classé 130e pays par Reporters sans frontières en 2023 - Capture d'écran By LBP
Liberté de la presse : Le Cameroun classé 130e pays par Reporters sans frontières en 2023 – Capture d’écran By LBP

Hostilité à la critique

Au Cameroun, parmi les titres les plus emblématiques il y a les quotidiens privés Le Messager, Le Jour et La Nouvelle Expression, l’hebdomadaire privé La Voix du Centre et le quotidien public Cameroon Tribune. Les radios et télévisions privées sont très nombreuses : Equinoxe (radio et TV), Balafon (radio et TV), Canal 2 International (TV), Radio Tiemeni Siantou et Royal FM figurent les plus connues. La radiotélévision publique CRTV demeure un média d’État au service de la communication du régime de Paul Biya. Cependant, malgré le nombre important de médias (plus de 600 journaux, environ 200 radios et plus de 60 chaînes de télévision), la production d’une information indépendante et critique selon RSF, reste un parcours du combattant au Cameroun.

Selon l’ONG dans son rapport parcouru par Lebleparle.com, « il est impossible d’adopter une ligne éditoriale critique et indépendante sans faire face à d’importantes menaces et pressions lorsque les intérêts du pouvoir et de ses représentants sont en jeu ». Alors le contexte politique est dominé par le chef d’État qui domine toutes les instances, RSF estime que c’est ce climat qui alimente l’autocensure et entraîne l’alignement de la plupart des médias sur les positions des autorités ou de certaines personnalités qui leur sont proches. Pire encore, note RSF, le président de la République est celui qui nomme, par décret, tous les responsables des médias gouvernementaux et tous les membres du Conseil national de la communication (CNC), l’organe de régulation des médias.

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Des lois « contournées»

A encore RSF les différentes lois, dont celle régissant la liberté de la presse depuis 1990, sont largement contournées pour être mises au service de la répression du journalisme. La dépénalisation des délits de presse n’est pas encore à l’ordre du jour, et l’accès à l’information, de même que la protection des sources, ne sont pas garantis dans les faits. Il est fréquent souligne l’ONG, que des professionnels des médias soient traduits devant des tribunaux d’exception, à l’instar de l’ex-directeur général de la CRTV, condamné en décembre 2022 à 12 ans de prison ferme et à une lourde amende pour “détournement de fonds publics”, après presque sept ans de détention préventive – qualifiée d’arbitraire par l’ONU. Par ailleurs, Reporter Sans Frontières relève que la loi antiterroriste de 2014 et un tribunal militaire avaient été utilisés en 2015 pour maintenir en prison le correspondant de RFI pendant deux ans et demi.

Contexte précarisé et paupérisé

Dans son classement 2024, il n’a pas échappé à RSF que les journalistes camerounais, notamment ceux de médias privés, travaillent dans des conditions de précarité extrême, ce qui nuit considérablement à leur indépendance. L’aide à la presse existe, reconnait l’ONG, mais son montant est jugé insuffisant et sa distribution dépend de l’alignement des médias sur les positions défendues par le régime, regrette-t-elle. Des proches du pouvoir peuvent également créer des médias de toutes pièces pour affaiblir économiquement un autre titre critique devenu gênant, note RSF.

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RSF: « Le journaliste Camerounais en danger permanent »

Exactions sur la presse au Cameroun : Pointage de Reporter Sans Frontières
Exactions sur la presse au Cameroun : Pointage de Reporter Sans Frontières

D’après Reporter Sans Frontières, au Cameroun le danger est permanent pour les journalistes, notamment pour ceux adoptant une ligne critique ou indépendante. Les journalistes sont régulièrement exposés aux attaques verbales et physiques, aux arrestations et détentions arbitraires, aux procédures-bâillons, aux enlèvements et aux risques d’assassinat. « L’assassinat en mai 2023 d’Anye Nde Nsoh à Bamenda révèle à quel point les journalistes travaillent dans l’insécurité dans les régions anglophones, qui s’opposent depuis plusieurs années au pouvoir central de Yaoundé », releve l’ONG.

Martinez Zogo

Il s’agit là d’une affaire qui a plombé le Cameroun dans le classement 2024 de RSF. Selon l’ONG, « le corps sans vie et gravement mutilé de Martinez Zogo a été retrouvé cinq jours après son enlèvement en janvier 2023. L’un des commanditaires présumés de son assassinat, l’ancien chef des opérations de la Direction générale des recherches extérieures, a été arrêté en même temps que plusieurs autres complices. Mais l’enquête est loin d’être terminée », regrette l’institution non gouvernementale qui n’oublie pas que « nombre de journalistes connus font l’objet d’une surveillance. Le degré d’impunité pour les auteurs d’actes de violence envers les journalistes reste fort dans le pays».


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