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Hécatombe de Dschang : Rescapé, le chauffeur du bus relate les circonstances de l’accident et répond à ceux qui l’accusent d’avoir surchargé

Acideri

Beaucoup de choses se disent à la suite de l’accident de circulation qui a causé 55 morts et 27 blessés au niveau de la falaise de Dschang au petit matin du 27 janvier 2021. Selon une certaine opinion, le bus de transport en commun de l’agence Menoua voyage qui est entré en collision avec un camion transportant du carburant, avait à son bord 82 passagers au lieu de 70 places. Interrogé depuis son lit à l’hôpital régional de Bafoussam par le quotidien Le Messager, parution du 1er février 2021, Pierre René Kana, conducteur du bus dévoré par les flammes, a retracé les circonstances de la tragédie tout en niant l’idée de surcharge qui n’a de cesse d’être brandie comme l’un des mobiles de l’accident qui s’est mué en un grave incendie occasionnant un lourd bilan humain.  

Acideri
Image de l’accident-capture d’écran

Vous êtes le chauffeur du bus dans lequel 53 personnes ont trouvé la mort au petit matin du 27 janvier 2021. Qu’est-ce qui s’est passé ?

 Nous avons fait un voyage sans problème de Douala jusqu’à l’entame de la falaise de Dschang. Avant cela, nous nous sommes arrêtés à Melong pour faire descendre deux passagers. Notre deuxième arrêt a été effectué à Santchou ville où un autre passager est descendu. Avant d’y arriver, nous avons eu un contrôle à l’entrée de la ville de Santchou. L’un des gendarmes est effectivement entré dans le bus pour vérifier les identités des passagers et aussi observer un éventuel cas de surcharge. Il y avait juste un matelas que mon aide avait déposé dans l’escalier arrière du bus. C’est le seul échange que nous avons eu avec le gendarme qui interrogeait la présence du matelas à l’intérieur du bus. Je lui ai expliqué que nous avons failli perdre ce matelas au cours du voyage, raison pour laquelle nous l’avons mis à cet endroit. C’est ainsi que nous sommes repartis de ce poste de contrôle. C’est ainsi que nous avons traversé la ville de Santchou. Nous n’avions pas fait cinq kilomètres dès l’entame de la falaise que j’ai vu un camion qui descendait à vive allure avec les pleins phares. Le camion avait déjà abandonné le côté droit de la route et roulait sur notre côté. Le bus qui roulait dans le sens de la montée ne pouvait pas facilement être manœuvré dans l’optique de l’esquiver. Nous roulions à une vitesse très réduite en montant alors que lui descendait à vive allure. C’est ainsi que le camion a percuté le bus. Ce qui m’a surpris est qu’à peine l’impact, il y a eu un grand feu. Un énorme champignon enflammé. C’est par instinct de survie que j’ai pu casser le pare-brise. J’ai réussi à sortir du véhicule et je me suis mis à aider d’autres personnes à s’extraire du véhicule qui était déjà en flamme. A un moment, les flammes sont arrivées à mon niveau et j’ai pris un peu de recul. J’ai juste constaté que je ne parvenais pas à marcher. Il a fallu que je rampe jusqu’au goudron. J’ai repris connaissance à l’hôpital. C’est après coup que l’on m’a appris que le camion qui a percuté mon bus transportait du carburant. Je pense que c’est le bon Dieu qui m’a sorti de là. C’est un miracle que je sois là aujourd’hui.

Conducteur d’un bus dans lequel autant de personnes ont perdu la vie, comment vous sentez-vous en ce moment ?

 Je suis traumatisé. Les mots me manquent. Je ne pouvais plus rien y faire. Je ne disposais même plus d’un téléphone pour appeler à l’aide.

Connaissiez-vous quelques personnes dans le bus ?

 J’avais à bord un militaire qui était assis à mes côtés depuis le départ du bus de Douala. Lui aussi s’en est sorti. Je pense qu’il n’est même pas allé à l’hôpital. C’est la seule personne que je peux physiquement remarquer. Je transporte de nombreuses personnes au quotidien et ce n’est pas évident de marquer des visages.

Est-ce que certaines images de ces moments vous reviennent souvent depuis que vous avez repris connaissance ?

 Je dors difficilement. Chaque fois que j’ai un instant de sommeil, je revis cette scène. C’est comme si cet accident se déroule à cet instant même. C’est un cauchemar permanent.

Vous avez une longue expérience dans le transport. Pensez-vous pouvoir reprendre la route un jour ?

 Je ne sais pas. Je ne peux le dire en ce moment. Ce qui me préoccupe c’est de recouvrer la guérison et essayer de laisser tout ceci derrière moi. J’ai des côtes cassées. Je ne sais pas le temps qu’il faut pour que je me rétablisse. Les médecins indiquent que j’ai les poumons qui sont aussi touchés.

On invoque des cas de surcharge dans le bus que vous conduisiez…

 Il semble que des gens disent que le bus était en situation de surcharge. Je veux juste rappeler que non loin de l’entame de la falaise il y a un poste de contrôle de la gendarmerie. Je ne sais pas pourquoi c’est aussi compliqué. Ceux qui parlent de surcharge peuvent rentrer au dernier poste de contrôle que nous avons traversé pour avoir toute l’information sur l’état du bus que je conduisais. Je vous répète que l’élément de la gendarmerie est entré dans le bus. S’il y avait surcharge, il ne nous laisserait pas partir de là. Il faut aussi vous dire que nos bus sont dotés de Gps. Ceux qui disent certaines choses peuvent rentrer dans nos différentes directions pour consulter notre parcours depuis le départ de Douala. Dans de telles circonstances, beaucoup de gens parlent des choses qu’ils ne connaissent pas. Quand nous portons une surcharge, ça se signale à la direction.

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