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Cameroun : Introspection lucide des dysfonctionnements du vivre ensemble

Raoul Sumo Tayo

Dans une tribune publiée sur Facebook le vendredi 25 septembre 2020, le Dr Raoul Sumo Tayo fait une introspection lucide des dysfonctionnements du vivre ensemble au Cameroun. L’expert des questions de guerre et de sécurité montre que le régime de Yaoundé s’appuie sur la division pour se perpétuer.


Raoul Sumo Tayo
Dr Raul Sumo Tayo – DR

Lebledparle.com vous propose l’intégralité du texte.

Les évènements de ces derniers mois dans notre pays nous imposent de faire une introspection lucide des dysfonctionnements du vivre ensemble.

Schmitt l’a dit : discerner l’ami de l’ennemi est l’acte politique fondamental. Une réflexion sur l’ennemi ramène donc aux fondamentaux : Eris le conflit retrouve sa place à côté d’Eros comme juge de la grandeur de l’État et de la valeur des hommes : « il est bien clair qu’un homme sans ennemi est un homme dans destin et qu’une nation sans ennemi est une nation sans histoire » Régis Debray. Une nation se construit donc en désignant un ennemi. La confrontation qui en découle est la forge de l’identité. Un nous se pose en s’opposant à un eux, comme le moi à un non-moi.

Transposées au contexte camerounais, ces réflexions sur la figure de l’ennemi renvoient à quelque chose de dramatique et d’abject : une tradition de désignation de l’ennemi intérieur. Cette mécanique a permis au pouvoir colonial de s’imposer et de perdurer. Aujourd’hui, elle permet ce que l’un des plus grands intellectuels camerounais de sa génération appelle « gouvernement perpétuel » suivant un modèle devenu classique « diviser pour régner ». Cette mécanique permet également de désigner à chaque fois des bouc-émissaires à notre incapacité à résoudre nos problèmes de base. Des analyses pointues ont démontré que les mécanismes de la division par l’opposition des appartenances primaires et les logiques de bouc-émissaire sont le fait des régimes en place, et non des oppositions qui, généralement relativisent les divisions ethniques : « quand on est ensemble et qu’on s’oppose à un pouvoir illégitime, on se serre les coudes. On n’a pas tendance à exacerber nos divisions, on fait « l’union fait la force ». Qui c’est qui fait la division, c’est le monsieur en haut ».  De Hitler à Ali Abdallah Saleh, de François Bozizé, à Hafez el-Assad et son fils Bachar dit « le boucher de Damas », il est constant que c’est toujours le pouvoir qui injecte le virus de la division par la confessionnalisation ou la tribalisation pour bénéficier de la division, comme l’a souligné François Burgat.

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La démarche classique consiste à tribaliser les postures banalement oppositionnelles. On dissout les contradictions dans leur supposée oppositions aux fondamentaux de la nation. Ainsi, quand vous dites, par exemple, « où est passé l’argent de la CAN » on vous traite de tribaliste, de taliban, on vous catégorise, on vous regarde dans une territorialité qui n’est pas toujours la vôtre. Cette perception tendancielle du contestataire en ennemi institutionnalise l’exclusion et l’intolérance. On est clairement dans ce que Laurent Extermann appelle « processus de globalisation de la contestation », qui consiste non pas à s’intéresser aux objets soumis à la contestation, mais à s’employer à disqualifier les agents de la contestation, à les stigmatiser comme des éléments cherchant à subvertir et à détruire les institutions. Très souvent, il s’agit d’éluder toute discussion sur les points contestés et à discréditer les agents de la contestation suivant une démarche appelée « criminalisation par totalisation ».  On joue sur les peurs, plus ou moins légitimes de certains secteurs de l’opinion publique. On est clairement dans le schéma de l’excommunication religieuse et de l’inquisition qui pourrait en découler : l’ennemi étant désigné, il est rejeté hors du cercle des fidèles et ne jouit plus, dès lors de la protection du groupe des fidèles, et tous les coups seront permis, voire encouragés contre lui.

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Bonne journée


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