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[Tribune] : Owona Nguini et la curieuse inversion propagandiste de la conspiration

Valère Bessala

Dans une tribune publiée dans les réseaux sociaux, l’administrateur civil, Valère Bessala revient sur la sortie du Pr Owona Nguini au sujet de la grève des enseignants. Dans son texte, Valère Bessala démontre que les limites des propos du professeur, et affirme que le problème des enseignants repose sur la volonté du régime en place.

Valère Bessala
Valère Bessala (c) Droits réservés

Le bledparle.com vous propose la sortie de l’homme politique

Owona Nguini et la curieuse inversion propagandiste de la conspiration : La victime ne peut devenir le bourreau dans le malaise des Enseignants !

J’ai lu la semaine dernière sur des plateformes, un billet bref, et suivi dans une chaîne de télévision de la place, Bnews1, dans son édition dominicale du 13 mars 2022, où le Pr. Mathias-Eric OWONA NGUINI, affirmait et confirmait la manipulation des enseignants et la conspiration qui a fait le lit dans leurs revendications.

 Si le Président de la République lui-même a dénoncé le complot…

Je suis d’accord avec mon jeune Maître sur un fait : le Cameroun est à l’ère de la conspiration. Elle dure depuis bientôt deux (2) décennies. D’ailleurs, le Président de la République nous en a alerté à plusieurs reprises. Inertie… bandits à col blanc… apprentis sorciers… Ce sont les termes de Paul Biya. Personne ne l’a obligé à les prononcer…surtout en des circonstances solennelles comme les adresses à la Nation du 31 décembre de l’année 2006, puis 2008…ou même d’un discours exceptionnel comme celui du 27 février 2008 en réaction aux émeutes dites de la faim. Le Président de la République lui-même a dénoncé le complot. Qui sommes-nous pour penser le contraire ?

Mais là où le propos du Maître heurte ma sensibilité…c’est lorsqu’il fait peser le soupçon d’une conspiration ourdie par les enseignants…NON…NON… NON et NON!!!

 Le Professeur… a luxé la maïeutique socratique…

Le professeur a apparemment apporté de très mauvaises réponses aux questions pourtant vraisemblablement très bonnes, qu’il a dû se poser dans son esprit. Cela était-il intentionnel ? Ou alors cela ne relevait-il que d’une inadvertance luxation et violente contorsion à la maïeutique socratique ?… Le jeune maître ne dit jamais rien pour rien. Il n’a pas pu se tromper. Il était donc dans l’intentionnel…mais comment et pourquoi ?

Le pourquoi ne nous intéresse pas… dans tous les cas… pas moi. Je m’intéresse au COMMENT de l’inversion de la conspiration ?

 Évacuons les préjugés !

Les enseignants ne conspirent pas. Ils n’en ont pas les moyens. Ils n’ont pas le temps de conspirer contre les institutions de la République. D’ailleurs tout a été mis en place par le Système pour qu’ils n’aient jamais les moyens… j’insiste sur les moyens… de fédérer leurs énergies et leurs forces pour constituer un bloc homogène : prenons quelques exemples :

– La dislocation du l’ex ministère de l’Éducation nationale en Éducation de Base et Enseignements Secondaires… Il fallait segmenter les strates de l’Éducation, afin d’éviter un effet de vases communicants dans la chaîne de revendications dans ce secteur.

– La fin de la systématisation des regroupements familiaux. Elle est la principale conséquence de la dislocation de nombreux couples dans ces corps et donc, de l’instabilité sociale et psychologique de beaucoup d’enseignants…

– Le traitement préférentiel des enseignants du Supérieur (même si leur situation n’est pas encore très enviable mais elle est préférable), dans le but manifeste de couper le pont de solidarité sociale et syndicale entre le bloc éducationnel supérieur et les deux(2) blocs inférieurs. Car le mécontentement des grands théoriciens du Supérieur aurait davantage affûté l’esprit vindicatif des strates inférieures et ainsi créé et préservé un effet domino permanent et plus violent dans le monde de l’Éducation…

– Le privilège de la contractualisation des enseignants au détriment de leur intégration directe dans le corps des fonctionnaires. Le résultat en est patent aujourd’hui. L’enseignant contractuel dont le statut est plus précaire préfère subir en silence les affres de la maltraitance de ceux qui sont à la tête de ces ministères, plutôt que de revendiquer ouvertement et de façon véhémente ce qui leur est pourtant anormalement refusé. Le politique s’était évertué en son temps à justifier cette préférence pour la contractualisation massive dans l’Éducation de base en mettant en avant les financements extérieurs de la Banque mondiale… mais l’observateur averti n’a jamais été dupe. La Banque mondiale octroyait des financements pour aider le Cameroun à rééquilibrer le rapport de l’offre jusque-là inférieure à la demande dans le bloc de l’Éducation de base. Mais elle ne contraignait pas nos gouvernants à choisir la contractualisation plutôt que l’intégration. Les raisons de ce choix étaient donc ailleurs… Il fallait exposer le maximum des effectifs de ce secteur à la précarité de la contractualisation, afin de se garantir la réussite aujourd’hui, de ce que le jeune Maître lui-même aime à nommer LE COUP D’ÉTAT SCIENTIFIQUE ;

– L’institution inexplicable du 1/3 ou 2/3 du salaire à la sortie de l’école. Pourquoi une mesure à l’origine transitoire est-elle devenue permanente et même définitive ? Pourquoi refuser une bourse à un élève pendant qu’il est encore à l’Ecole normale, et en même temps lui refuser l’accès à la totalité de son salaire, modique par ailleurs, une fois qu’il en est sorti ? Quand on sait avec quel empressement et qu’elle désinvolture les jeunes enseignants fraîchement sortis des écoles, sont largués à vue dans le pays profond, dépaysés, sans ménagement ni mesures d’accompagnement…on ne peut pas être excessif de dire et affirmer que la neutralisation des enseignants a été savamment ourdie et pensée…

– L’attribution curieuse de la gestion des concours d’entrée dans les écoles normales au ministère de l’Enseignement Supérieur. Quel était l’intérêt de rattacher la gestion des concours d’entrée dans les Écoles normales supérieures au Ministère de l’enseignement supérieur ? À qui profite-t-il jusqu’à date, l’organisation des concours dans ces écoles au détriment du ministère de la Fonction publique pourtant statutairement compétent ? Ce dernier est la structure gouvernementale en charge du recrutement de tous types d’agents sans exception dans la mécanique de l’Etat… pourquoi l’avoir délesté de cette compétence ? Certainement pour des raisons de manducation et de manipulation. Dieu seul sait quel affairisme tourne autour des concours dans ces Écoles. D’ailleurs, cette situation est similaire à celle des médecins dont le recrutement est aujourd’hui bloqué du fait de l’intervention inexplicable de ce même ministère dans le processus de recrutement dans ce corps. Et pourtant le ministère de l’Enseignement supérieur n’est que le pourvoyeur et le censeur des curricula académiques. Tout comme il n’est que chargé de la mise à disposition des personnels formateurs du Superieur dans ces écoles. Rien de plus. Il n’a rien à voir avec les recrutements à la Fonction publique de l’Etat.

Pour approfondir :   Les militants RDPC du Bamboutos disent non à la diaspora hostile à Paul Biya

 Les enseignants ne sont pas des comploteurs !

On ne peut donc pas traiter les enseignants de conspirateurs. On ne peut pas travestir ou inverser le sens de la conspiration. L’on peut encore admettre que leurs malheurs fassent le bonheur de certains récupérateurs. Mais pas jusqu’à penser et affirmer qu’ils seraient instrumentalisés…et donc qu’ils manquent de discernement et de jugeote pour savoir ce qui est bon ou mauvais pour eux. On peut instrumentaliser une cause, mais on ne peut instrumentaliser une personne qui demande justice sur ses souffrances.

La souffrance des enseignants a été savamment construite. Leur malaise a été minutieusement organisé.

 Haman Adama…Youssouf Hadidja…victimes du complot…

En effet, le secteur de l’Education a été investi et phagocyté par les conspirateurs depuis 2003. L’objectif était d’y ingérer les germes de la révolte sociale à travers non seulement l’affaiblissement du système éducatif, mais surtout la construction du malaise des personnels enseignants. La finalité étant de tirer et rendre la corde raide dans de ce secteur pour la casser au moment de donner le coup de grâce à Paul BIYA et aux institutions de la République. C’est pourquoi tous les ministres de la chaîne qui ne jouaient pas le jeu en ont été écartées. Citons les à l’Education de Base : madame Haman Adama (2004-2011) … madame Youssouf Adidja (2011-2015)…

Parce qu’elles ne faisaient pas  le jeu du patron du complot dans ce  secteur, le réseau a eu finalement raison de ces braves dames. Main basse a donc été faite sur ce département en y faisant nommer un affidé académique et universitaire du ministre en charge de l’Enseignement Supérieur. Il sortait pourtant du ministère des PME où il n’avait pas été si étincelant que cela.

La conspiration par l’éducation à l’homosexualité !

Et pour les Enseignements secondaires…on a vu arriver une femme… la seule d’ailleurs qui a pu tenter et a réussi à expérimenter le plus grand crime dans l’Éducation qu’on ne pouvait jamais imaginer d’une femme. Introduire en septembre 2019 dans les programmes des tous petits en classe de 5e notamment, l’apprentissage des pratiques sexuelles contre nature et de tendance homosexuelle. L’on avait alors assisté en son temps à une levée unanime de bouclier de la quasi-totalité des acteurs politiques et sociaux. Le président du MRC, le Pr. Maurice KAMTO, en avait d’ailleurs manifesté une opposition véhémente. Le manuel fut retiré.

En plus d’être une autre affidée du même éternel ministre de l’Enseignement Supérieur, d’ailleurs comme son actuel homologue de Éducation de Base, elle avait officié au Ministère de l’Enseignement Supérieur. Comment ne donc pas comprendre la rétribution et la redevabilité de ces deux ministres à leur ancien ou actuel vrai patron, qui plus est, a été élevé comme une récompense par le Président de la République, au rang de Ministre d’Etat lors du remaniement de 2019?

 Une pensée meurtrie pour le regretté ministre et très gênant BAPES BAPES…

L’on peut d’ailleurs se souvenir pour ce département, de la mésaventure du regretté ministre BAPES BAPES, qui, encore en fonction, avait passé 24 h en cellule pour une nébuleuse affaire que seuls les initiés de la conspiration pouvaient comprendre.

Il n’avait eu la liberté dit-on, que grâce à l’intervention du Chef de l’Etat. Il avait été très gênant pour les complotistes, car ne voulant pas coopérer. De cette humiliation, le pauvre ne s’en était jamais remis. Mais le réseau avait réussi, non seulement à obtenir sa tête, mais surtout à le faire remplacer par l’un de leurs hommes liges qui maintenant officie aux transports…un autre cratère qui s’ouvrira bientôt.

Le secteur de l’Education a donc été gangrainé par les conspirateurs, au même titre que le secteur du commerce avec les inflations organisées, et bien d’autres encore.

 La multiplication des OTS n’est que le résultat logique du pourrissement…

La multiplication des OTS n’est donc pas le fait des enseignants ou de la récupération des acteurs politiques. Elle n’est que l’expression normale d’un effet domino subséquent et conséquent aux résultats malheureux de la gestion tatillonne des revendications légitimes des enseignants. Rien de plus. Et c’est l’effet souhaité, le résultat escompté par les conspirateurs. D’ailleurs, il ne suffit qu’à voir comment leurs complices en charge de la gestion de ce dossier tournent en rond, afin de gagner du temps, d’envenimer la situation et ainsi permettre un embrasement. Sortons sur la question de moyens financiers…

 Les impôts financent à peine nos guerres au Cameroun…

Le Pr. OWONA NGUINI estime et affirme mordicus que l’Etat n’a pas les moyens de payer d’une seule traite les presque 200 milliards de dette aux enseignants. Il prend pour principal motif les contraintes sécuritaires entre autres. Là encore la vérité manque au rendez-vous. Le budget de l’Etat finance les dépenses sécuritaires pour à peine 10%. Donc l’Etat peut et doit payer les enseignants Ruby sur ongle. Pourquoi ? Bonne question. Essayons-nous à une réponse.

Pour approfondir :   Jean-Pierre Bekolo : « je découvre que la mise à sac des ambassades du Cameroun en Europe les a vraiment touché »

 Au-delà de la théorie des Finances publiques…

Les théoriciens des amphithéâtres enseignent que le budget de l’Etat s’établit et s’équilibre en deux compartiments que sont les recettes et les dépenses. Pour ce qui est des dépenses, elles se catégorisent en dépenses de fonctionnement et en dépenses d’investissement. C’est toujours une vérité. Mais la réalité est encore plus expressive.

 Les salaires font l’objet d’un traitement à part dans le budget de l’Etat

En effet, sur le plan pratique, et en marge de la théorie, le budget de l’Etat, dans son volet dépenses, est élaboré en trois (3) compartiments.  Les dépenses d’investissements, les dépenses de fonctionnement et les salaires.

Pourquoi le traitement des salaires est-il excentré des dépenses de fonctionnement ? Pour une double raison technique et politique.

 Sur le plan technique, mélanger le traitement salarial aux autres dépenses de fonctionnement, est susceptible de gripper la mécanique exécutive du budget et ainsi ouvrir une voie royale à des amalgames volontaires ou intentionnels acquis aux nuisances éparses du système et du régime. L’Etat préfère donc singulariser le traitement des salaires afin de se garantir une clarté et une visibilité parfaites, non seulement sur le processus de traitement des salaires, mais surtout sur les forces agissantes et les agents intervenant dans ce processus.

 Sur le plan politique, cette option permet de tenir en liesse le Ministre en charge de ce secteur qui tient à la fois le volet élaboration et le volet exécution de ce même budget. C’est d’ailleurs cela à titre principal, qui fait de lui le ministre le plus puissant, en tant qu’il tient les cordons de la bourse à l’entrée (les recettes) comme à la sortie (les dépenses).

 À chaque ministère, la gestion de la solde de ses personnels !

Cela étant, la masse salariale est donc arrêtée à chaque début d’exercice budgétaire à travers la Loi de Finances qui n’est que l’expression, chapitre par chapitre (ministère par ministère) des actifs en effectifs de l’Etat. Si l’on part de ce que la gestion des ressources humaines et de la solde a été déconcentrée depuis 2012 par un décret du Premier Ministre, l’on n’a pas besoin d’être un magicien pour comprendre que c’est chaque ministère qui tient le fichier matériel de ses effectifs qu’il emploie, contrôle sa masse salariale qu’il défend lors des arbitrages budgétaires, et gère leur solde sectoriellement.

 Le Mboma a t-il avalé l’argent des enseignants ?

En langage facile, et pour le cas d’espèce, c’est le ministère de l’Education de Base et le ministère des Enseignements Secondaires qui gèrent la solde et les accessoires de solde de leurs personnels enseignants. Le MINFI ne fait que payer par virement ou par bon de caisse. D’où vient-il donc que les enseignants, seulement les enseignants, soient payés des années durant au 1/3 de leur salaire ? D’où vient-il que pour beaucoup, il n’aient jamais bénéficié du paiement d’aucun avancement, bien que détenant par devers eux des arrêtés les y donnant droit? Qu’a-t-on fait de ces provisions salariales pourtant arrêtées chaque année dans la Loi de Finances ? Les a-t-on utilisées dans le MBOMA?

La question du MBOMA ou des salaires fictifs est d’autant plus importante à ce niveau, qu’elle Interroge sur l’origine ou la source de ces multiples salaires versés indûment à d’autres agents publics ou privée. Simple hypothèse parmi tant d’autres : si la solde et les accessoires de solde des enseignants n’ont pas été régulièrement liquidés toutes ces années, et compte tenu du traitement spécial des salaires dans le budget, alors l’on ne serait certainement pas très lunatique, en déduisant que le MBOMA serait aussi passé par là.

 Un Teacher’s Gate qu’il faut punir!

Cette situation scabreuse donne peu à entrevoir une quelconque réponse intelligible susceptible d’excuser ou de dédouaner ces conspirateurs. Si cet argent, bloqué chaque année à titre de salaire, n’a pas été payé, c’est qu’il est forcément toujours à l’endroit où l’on l’a logé…c’est à dire…dans les lignes de ces ministères. Si rien n’a été payé année après année, et que cet argent a été utilisé à d’autres fins,  alors nous sommes là dans un autre scandale financier de notre pays…une sorte de TEACHER’S GATE.

 Le Pr. Owona Nguini donne-t-il finalement raison à Dieudonné Essomba ? Le Pr. Owona Nguini, le jeune Maître, a donc surement raison de continuer à théoriser la conspiration et le complot…mais…mais… mais pas de l’inverser. Pas de transformer la victime en bourreau.

Les enseignants sont dans leur bon droit…10ans et plus à gémir…ils ont trop supporté… L’Etat doit leur payer leur dû…CASH…ruby sur ongle…et sans histoire…il en a les capacités.

Au cas contraire l’on donnerait raison à l’aîné Essomba Dieudonné…qui pense que le Cameroun est en faillite ( financière s’entend)…ce qui reste une contre vérité…en tout cas pour ce qui nous concerne…nous la Jeunesse qui soutenons un CAMEROUN DEBOUT, …cela est inimaginable.


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