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[Tribune] Cameroun: État totalitaire ?

Dans un brillant texte de Sa Majeste Célestin Bedzigui paru dans Mutations le 31 mars 2023 fait comprendre aux camerounais qui pensent que ce qu’ils vivent n’est pas quelque chose d’unique et que le Cameroun actuel fonctionne sur un modèle connu et étudié depuis des décennies.

Celestin Bedzigui2

Célestin Bedzigui dit que Le Cameroun n’est pas le Cameroun. Et nous l’explique bien en s’appuyant sur la thèse de Hannah Arendt et on comprend. Hannah Arendt affirme que le totalitarisme est avant tout une dynamique  de dénaturation de la réalité sociale, de dépersonnalisation des individus, de perte du sens et des valeurs, d’embrigadement collectif aveugle.  Le totalitarisme est un phénomène de « masses». Quelle différence entre la masse dont parle Hannah Arendt et les camerounais réduits en des groupes déstructurés, amorphes, et en cela prêtes à toutes les capitulations  et manipulations par les tenants du pouvoir. C’est la prééminence des préoccupations économiques, matérielles et alimentaires qui rendent possible la transformation du peuple en masses en détruisant les solidarités traditionnelles et l’attachement à des valeurs nobles. Le maintien de cet état d’esprit de désintéressement passe par le développement de stratégies d’affaiblissement de tout autre groupe autonome ou parti politique qui pourrait fournir une structuration mentale de substitution. Ce constat s’observe au Cameroun à travers  les entraves et les obstacles auxquels sont confrontés les partis politiques dit d’opposition.

L’élection le 12 Mars 2023 d’un Sénat monocolore, 70 Sénateurs sur 70 sièges à pourvoir captés par le seul parti RDPC, apporte ce qui pourrait être une réponse à notre questionnement liminaire et confirme ce dont il y a vingt ans, dans une tribune publiée dans Le Messager sous le titre «  Dérive totalitaire », je relevais déjà les indices. Je disais alors qu’à travers une normalisation de la vie et de la scène politique,  le régime menait le pays vers un totalitarisme qui se cachait derrière une  maldémocratie  qui faisait de la démocratie une simple question de procédure  au détriment de son appropriation par le peuple en tant que culture.

Lebledparle.com vous propose de lire la tribune intégrale

D’ après la grille d’ Hannah Arendt, le totalitarisme se  caractérise d’une manière clairement discernable:

  • un parti unique contrôlant l’appareil d’État et dirigé par un chef charismatique qui exerce un contrôle serré sur les trois pouvoirs de la République, cas du RDPC ;
  • une idéologie d’État promettant un avenir radieux, comme l’est l’émergence en 2035 ;
  • un appareil policier recourant à la terreur comme on en a eu l’illustration avec l’assassinat récent du journaliste Martinez Zogo ;
  • une direction centrale de l’économie ;
  • une domination dans les moyens de communication de masse ;
  • La violence d’État et la culture de la répression ;
  • La volonté permanente de séduction du Chef et une obéissante totale à sa personne.
Pour approfondir :   Cameroun : Près de 20 mille litres de carburant de contrebande saisis à Ngaoundéré

Il est important de noter ici que la différence entre un régime totalitaire et un régime autoritaire est que dans ce dernier on ne trouve aucune trace de la volonté du leader d’obliger les citoyens à adhérer à son idéologie. Telle était le cas pendant ses premières années du régime actuel qui de ce fait pouvait être  qualifié d’autoritaire.

Les choses ont ensuite évolué, avec l’offensive observée ces dernières années visant à ériger tout propos du Chef du RDPC  en fatiha   d’une idéologie conquérante, en même temps à faire de ses apparitions publiques  une célébration digne du culte babylonien du veau d’or devant lequel tout genou sur terre et au ciel doit se plier. Ainsi s’est constitué un parti-état qui associé au culte de la personnalité du Chef consacre définitivement l’instauration d’un État totalitaire au Cameroun.

L’impératif d’une rectification de la trajectoire

Dans un contexte de marasme économique prononcé, la tentation  d’un Etat fort, à l’image de celui que l’ancien régime semble avoir gagné l’esprit du régime actuel. En réalité, le système totalitaire pour autant où il ne résout pas les problèmes cruciaux des populations, la santé primaire, l’eau, la salubrité, les conditions de déplacement, la sécurité fait plutôt prendre conscience aux populations de ce que l’Etat est défaillant, sa superstructure forte en apparence révélant plutôt un État faible et fragile.

Mais pour renforcer cet Etat et faire face aux évènements imprévus, telles que de nouvelles attaques sécessionnistes d’ampleur, des émeutes incontrôlables ou la vacance provisoire ou définitive de la présidence de la République, le pays se doit de consolider ses institutions en respectant et en mettant en œuvre sa Constitution. En effet, la dérive totalitaire actuelle a peu de chances d’aboutir à l’établissement d’un régime comparable à celui de Ahidjo: les divisions politiques et socioéconomiques sont nombreuses et la liberté de ton s’est installée dans les médias au cours des dernières décennies. Les tentatives visant à restaurer un climat de peur parmi la population rencontrerons de fortes résistances pouvant même susciter des mouvements de révolte populaire. La gouvernance n’en sera pas plus efficace et les conflits étouffés finiraient par ressurgir de manière plus violente.

En définitive, en se laissant griser par l’idée d’établir un pouvoir absolu et monolithique, l’État totalitaire actuel a contribué à la formation d’un État fragile dans lequel une élite minoritaire survit dans une nacelle détachée du peuple très largement majoritaire.

Pendant ce temps, des éléments clés de la Constitution de 1996 tardent à être mis en œuvre lorsqu’ ils ne sont pas rapportés ou objet d’une application  vidée de leur contenu.

Les instances constitutionnelles indépendantes incarnant les principes d’intégrité, d’impartialité et de neutralité, considérés dans le sillage de la Tripartite comme un antidote aux maux de l’administration publique, sont inopérantes, et les instances administratives indépendantes en exercice manquent d’autonomie.

Le processus de décentralisation s’enlise. Il devrait se traduire notamment par un transfert effectif de compétences, mais suscite les craintes de nombreux responsables politiques et hauts fonctionnaires qui considèrent qu’il affaiblira le pouvoir central.

Alors que l’écart se creuse entre les principes constitutionnels et la réalité du jeu politique actuel, il est vital d’envisager un débat sur la révision de la Constitution qui réduirait la concentration du pouvoir des mains de la Présidence de la République afin d’éviter d’ouvrir cette boîte de Pandore au moment d’une alternance dont la proximité est désormais inévitable.

La Cameroun entre dans une période d’incertitude politique. Et comme cela a été le cas pour d’autres systèmes totalitaires,  l’effondrement de l’État pourrait être brutal. La concentration du pouvoir entre les mains d’un seul individu reposant sur  une élite qu’il a pendant quarante ans constitué donne une illusion de solidité. Que nenni. Il s’agit d’un piège qui doit être désamorcé pour que l’illusion entretenue par certains d’une possible transmission en gré à gré du pouvoir ne vienne «centraficaniser »le Cameroun.

L’opposition doit quant à elle s’atteler à s’unir pour  réclamer les réformes de la Constitution pour que soient renforcées les conditions d’une alternance politique pacifique. Il demeure ainsi prioritaire :

  • D’organiser les prochaines élections après un consensus sur le bon fonctionnement de l’instance supérieure de leur supervision ;
  • De renforcer l’indépendance de la Cour constitutionnelle;
  • De s’assurer du bon fonctionnement des instances constitutionnelles sans les vider de leur contenu ;
  • Et d’accroitre l’indépendance politique, l’autonomie financière et administrative du Parlement.

Ainsi devra être mis fin à l’État totalitaire au Cameroun et éloigner les périls dont il est porteur.

Sa Majesté Célestin Bedzigui, Président du PAL, Élu local.

 


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