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Point de vue : Le « Roi Sokoudjou comme Roi Salomon ? »

SM SJR Bamendjou

 Le Prêtre Jésuite Ludovic Lado a publié le samedi 25 juillet 2020, sa chronique dominicale sur les textes proposés par l’Eglise catholique romaine dans le cadre du 17ème dimanche du Temps Ordinaire, année liturgique « A ». Il se pose la question de savoir si le Roi des Bamendjou est comme le Roi Salomon présenté dans la première lecture. Cette chronique s’inspire de la sortie du Préfet des Hauts-plateaux qui a menacé sa Majesté Sokoudjou Jean Rameau, une semaine après la rencontre qu’il a eu dans sa chefferie avec certains leaders politiques et de la société civile.


SM SJR Bamendjou
SM Sokoudjou Jean Rameau – capture photo

Lebledparle.com vous propose l’intégralité de la chronique.

CHRONIQUE DOMINICALE-25-07-2020

ROI SOKOUDJOU COMME ROI SALOMON?

Les lectures de ce dimanche nous donnent l’occasion de méditer sur les rois et les royaumes, en particulier le royaume des cieux, pour lequel on devrait être prêt à tout vendre. Curieusement, je suis plutôt habitué à voir les humains prêts à tout vendre, y compris son âme au diable, pour conquérir les royaumes terrestres et s’y éterniser. La situation du Cameroun n’est pas loin de là ! J’ai été vraiment amusé cette semaine qui s’achève de tomber sur une lettre d’un préfet, un auxiliaire de l’administration coloniale, qui menaçait le Roi Sokoudjou. Dans la même foulée j’apprenais ce samedi qu’un sous-préfet venait de tuer sa copine (à ne pas confondre avec les missiles de Leila Mbombo) quelque part au Biyaland où, au cours de la même semaine, un gendarme a été assommé d’une latte par des gérants de toilettes qui lui réclamaient 100 FCFA. Si on y ajoute la saga de ce ministre qui s’ingère dans la gestion des universités pour empêcher à un étudiant de soutenir sa thèse de doctorat, ou encore l’épisode de « More women (ou money) in Politics » on est en plein dans un feuilleton de rois-fous.

Dans un tel environnement pollué, ça fait plaisir de lire la première lecture de ce dimanche, qui fait rêver d’être gouverné par un roi comme le roi Salomon à qui Dieu dit : «demande ce que je dois te donner » et dont la réponse est : « Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? »  Cette espèce de rois existe-t-il encore sur la terre des hommes, au Cameroun ? Toujours est-il que la demande de Salomon plut à Dieu qui lui répondit : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi.» (1ère lecture).

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Un bon leader ne peut pas demander mieux, l’esprit du discernement pour distinguer le mal du bien et bien gouverner son peuple. Je viens justement de publier deux livres, l’un sur le discernement spirituel et l’autre sur la gestion optimale de ses émotions. Justement pour bien gouverner, diriger, il faut bien décider. Gouverner c’est décider ! Et pour prendre de bonnes décisions, il faut discerner.  Mais pourquoi discerner ? Justement pour chercher la volonté de Dieu qui fait de nous des citoyens de la cité céleste où Dieu gouverne son peuple avec droiture, du royaume des cieux : « ma nourriture est de faire la volonté de mon père qui est aux cieux ». Le royaume des cieux dont il est question dans l’évangile est justement le royaume de ceux qui se soucient que la volonté de Dieu soit faite sur la terre comme aux cieux. Un chrétien qui néglige le discernement néglige la volonté de Dieu et sa vie devient une navigation à vue. Que ne demandons-nous pas à Dieu ? Longue vie, santé, richesse, prospérité, succès, etc. Mais peu demandent le discernement pour chercher, trouver et faire la volonté de Dieu. 

Pour bien discerner, il faut apprendre aussi à écouter ses émotions, son cœur, d’où le concept d’intelligence émotionnelle. Dieu nous parle à travers notre cœur, nos émotions. Mais il faut apprendre à les décoder.  Cette semaine, un camerounais a perdu sa vie à cause d’une bagarre pour 100 FCFA. Ce qui leur a manqué c’est l’intelligence émotionnelle. L’intelligence émotionnelle peut sauver des vies. Je partage avec vous quelques leçons que quelqu’un d’autre m’a aidé à tirer de l’incident tragique de l’agence de Finexs Voyage. C’est une petite et belle leçon d’intelligence émotionnelle: 

1- Si quelqu’un vous provoque, quittez immédiatement les lieux en lui donnant virtuellement raison car vous ne savez Jusqu’où peuvent aller ses humeurs ;

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2- Éviter de trop insister dans une dispute quelle qu’elle soit ;

3- Sachez qu’il y a des gens qui n’ont rien à gagner ni à perdre de leurs vies et qui peuvent sans remord aucun, mettre fin à la vôtre ;

4- N’essayez pas toujours de montrer que vous avez raison. Certains en sont bêtement et jalousement allergique ;

5- Quand un débat tourne aux éclats de voix et injures, s’en extraire est l’unique solution. Les êtres humains souffrent de nos jours de beaucoup de maux et deviennent de plus en plus nerveux (galère ; misère ; désœuvrement ; inégalités sociales criardes ; consommation de stupéfiants et autres traumatismes…) ;

6- En chaque être humain, somnole un diable ;

Mais en chacun de nous somnole aussi l’Esprit de Dieu et le discernment consiste justement à distinguer en nous la voie du diable de celle de Dieu. En effet, le discernement est un travail permanent de tri : « Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. » (Evangile). Ma prière est que ces deux livres accompagnent ceux qui en useront dans ce tri qu’est le discernement. Ces deux livres, disais-je, sont  le fruit du confinement imposé par Covid-19 qui ces derniers mois a bouleversé mes plans et trajectoires. Mais, comme le dit la seconde lecture de ce dimanche, «Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien ». Même Covid-19, j’ose le croire. Vivement que les frontières rouvrent et que la vie circule.

Ludovic Lado SJ


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