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Chronique : « le Cameroun n’est plus réellement un et indivisible »

Drapeau Cameroun

Dans une chronique publiée sur son mur Facebook ce mercredi 22 mai 2019, le chercheur en sciences sociales, Richard Makon parle de l’unité dans la désunion. Le juriste internationaliste peint le passé glorieux du Cameroun en ce qui concerne la célébration de la fête de l’unité nationale. Hélas, l’expert en développement fait le constat cela selon lequel, les données ont changé. Le Cameroun jadis invincible n’est plus un et indivisible, c’est le temps de la perméabilité. Lebledparle.com, vous propose l’intégralité de la chronique de Richard Makon.


Drapeau Cameroun
Drapeau Cameroun – DR

L’UNITÉ DANS LA DÉSUNION

Il fût un temps où la célébration de la fête nationale était un moment particulier pour tous les camerounais. Qu’ils soient du Nord ou du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, qu’ils soient francophones ou anglophones, qu’ils soient domiciliés sur le triangle national ou résidant à l’étranger, quelques soient leurs ethnies ou leur religion, les camerounais se retrouvaient d’un seul cœur, par-delà leurs différences et leurs divergences, pour célébrer ce qu’ils avaient de plus cher, leur patrie, et chérir ce qu’ils avaient de plus fragile, l’unité de leur nation qui avait connu les affres de la colonisation, des luttes d’indépendances et les blessures de la démocratisation.

Il fût un temps où la célébration de la fête nationale, au-delà des révisionnismes historiques toujours présents, des allégeances idéologiques et des appartenances politiques, était une occasion de ferveur patriotique autour de l’idéal commun d’unité. Un temps où les hommes et les femmes du pays tout entier, de la ville à la campagne, propres dans leurs plus belles tenues, parés de leurs plus beaux atours, la main dans la main, les regards émus, les yeux sertis de rayons d’espoir, participaient aux célébrations du 20 mai les cœurs emplis de joie et de gratitude.

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Comme il était alors beau ce temps-là, lorsqu’enfant, on était hypnotisé par l’écho des coups de canon et l’éclat des feux d’artifice, ce temps où l’on était pris de paralysie à l’écoute des chants patriotiques du peuple qui fendaient le ciel et défiaient les astres, de l’hymne national que fredonnaient les soldats, telle une mélopée virile, leurs armes portées comme des bouquets de fleurs parfumant les territoires de notre liberté.

Chaque 20 mai nous rappelait alors le chemin parcouru par notre peuple et les sacrifices consentis par nos illustres devanciers pour que notre pays reste uni, regardant dans la même direction, espérant des soleils nouveaux, prêt à engager de nouvelles odyssées et à livrer de nouvelles batailles pour garantir cet héritage à notre progéniture.

Chaque 20 mai nous rappelait alors notre dette, individuelle et collective, envers cette terre, envers ses peuples, envers ses enfants, envers son histoire et sa culture.

Tout n’était pas parfait, certes, la laideur contagieuse de la corruption maquillait déjà certains visages, l’odeur putride de l’injustice empestait déjà ici et là, l’écho sourd de certaines frustrations enfouies venait gêner, de temps en temps, la quiétude des matins de bonnes saisons, mais la paix qui régnait malgré tout dans notre maison commune et les sourires d’enfants jouant dans l’innocence de nos rues, obligeaient à espérer en des lendemains meilleurs.

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En ces temps-là nous étions invincibles, le Cameroun était réellement un et indivisible.

Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les choses ont changé ! De l’eau a coulé sous le pont de notre patrie, balayant par ses flots les anneaux de nos alliances, brouillant dans nos yeux déjà larmoyant les flancs de l’horizon de nos rêves de progrès dans la liberté et la fraternité.

Les choses ont bien changé depuis. Les sceaux de l’Etat sont profanés, le bien commun est privatisé, des tribus sont stigmatisées, les enfants d’un même pays se battent jusqu’à la mort, et rien ne semble pouvoir enrailler cette spirale infernale, stopper ces sirènes de l’apocalypse.

Le mal semble s’être installé durablement, le diable a décidé d’élire domicile chez nous, nous qui sommes devenus perméables à la noirceur de notre siècle.

*Chronique précédemment parue à ‘‘Mutations’’


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