in

Tribune : Un jeune camerounais fatigué des dérives sur les réseaux sociaux écrit à Paul Biya

Arouna Biya

Arouna Pountougnigni Mfenjou, expert en technologies de l’information et de la communication en a marre de voir les dérives sur les réseaux sociaux et demande au président de la république de prendre des mesures visant à éduquer les camerounais à la bonne utilisation des réseaux sociaux.  Dans la lettre ouverte adressée au Président de la République, le jeune camerounais pense que la socialisation des camerounais à l’utilisation des réseaux sociaux urge.


Arouna Biya
Arouna Mfenjou et Paul Biya – Mtg Lebledparle

Ci-dessous l’intégralité de la tribune.

 » Lettre ouverte à son excellence Paul Biya, Président de la république sur l’impérieuse nécessité de socialiser les camerounais à l’utilisation des réseaux sociaux.

Excellence Monsieur le Président,

Le choix de m’adresser à vous à travers une lettre ouverte, ne saurait être vu comme de l’irrespect ou de la condescendance.

J’aurais aimé vous parler autrement si jamais c’était possible. Ce choix se justifie par le fait qu’il n’est pas aisé encore moins facile de vous rencontrer. Le choix des réseaux sociaux comme canal de diffusion de cette lettre aussi n’est pas anodin : vous y avez des comptes auxquels je suis abonné.

 Si j’ai pris sur moi de vous parler Monsieur le Président,

 C’est pour vous faire part non seulement de la façon dont nos compatriotes utilisent les réseaux sociaux, mais aussi sur l’impérieuse nécessité de mettre sur pied une filière (non pas une module comme tel est le cas dans quelques rares établissements) de socialisation des camerounais à l’utilisation des réseaux sociaux.

Votre Excellence,

Si l’émergence des réseaux sociaux a substantiellement modifié les façons d’agir, de penser et de faire des individus dans les sociétés contemporaines, la façon dont les réseaux sociaux sont utilisés au Cameroun inquiète. Pour preuves, depuis le déclenchement de la crise sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en 2016, les discours de haine dictent de plus en plus leur loi sur les réseaux sociaux.

Cette situation a atteint sa vitesse de croisière en 2018 avec la dernière élection présidentielle. Ladite élection était assez particulière. Sa spécificité résidait non seulement dans sa forte digitalisation, mais davantage dans la tribalisation de l’adversité politique. Y étant, les discours de haine structurés autour des concepts/expressions tels :

– sardinard

-tontinard

– cabris

– meute

–  taliban

– Kerozène

– kerozénard

– néo-kérosène

– indic

– Koagne kérosène

– sardinavie

– secte tribale etc….étaient abondamment mobilisés comme arguments politique.

Ces concepts suggèrent de se rendre compte qu’il existe une manufacture de la haine sur les réseaux sociaux.

Pour approfondir :   Quand Gucci se lance dans la commercialisation de la « Tckaka »

Autrement dit, si la prolifération de ces discours pouvaient paraitre banale, les expressions qui y sont utilisées renseignent à suffire qu’il y’a une certaine construction consciente et réfléchie de la haine en ligne dans notre cher et beau pays. Chose qui est d’ailleurs très dangereux.

Monsieur le Président,

L’examen du baccalauréat de cette année a été émaillé par la publication des épreuves sur les réseaux sociaux ce qui a d’ailleurs conduit certains de nos compatriotes dans le tristement célèbre pénitencier de Kondengui !

 Monsieur le Président,

Si le jeune Kevin Ngassam avait eu une éducation liée à l’utilisation des réseaux sociaux, il n’aurait certainement pas partagé l’épreuve du baccalauréat sur ces plateformes. Beaucoup de camerounais une fois sur les réseaux sociaux, ont l’impression qu’ils sont dans un espace de non droit. Ils estiment même aujourd’hui qu’ils ont une double identité : une identité sociale qui est guidée par l’arsenal juridique du Cameroun et l’identité numérique qui obéit exclusivement aux logiques et aux rationalités des internautes une fois qu’ils sont sur Facebook, Twitter, Instagram etc.

Votre Excellence,

Bien qu’il existe depuis le 24 décembre 2019, une loi pénalisant l’outrage à l’ethnie ou à la tribu, force est de se rendre compte malheureusement que, les discours de haine portant sur la tribu gagnent de plus en plus du terrain au Cameroun. L’adoption d’une loi est salutaire mais je doute fort que les êtres humains soient loin d’être des équations mathématiques auxquels on appliquerait des formules. Ils mobiliseront toujours leurs rationalités pour contourner la loi. 

La socialisation à l’utilisation des réseaux sociaux pourra permettra de combattre efficacement les fléaux tels :

v Les discours de haine en ligne ;

v Les fake news ;

v La publication des documents administratifs marqués du sceau de la confidentialité ;

v Les violences faites aux femmes en ligne etc.

Excellence Monsieur le Président,

Pour adresser les problématiques sus-citées, il est plus qu’urgent d’éduquer les internautes camerounais à l’utilisation des réseaux sociaux. Ainsi, les actions suivantes s’avèrent nécessaires :

– Ouverture d’une filière d’éducation aux médias et à l’information dans les écoles normales ; -Conception d’une matière d’éducation aux médias et à l’information à enseigner dès l’école primaire ;

Pour approfondir :   Le Cameroun et sa perte d’influence progressive dans la sous région Afrique Centrale

– Organisation des séminaires de renforcement des capacités réguliers des enseignants d’informatique sur l’éducation des médias et à l’information ;

– Conception et diffusion des messages de sensibilisation à l’éducation des médias et à l’information dans les chaines de télévision et de radios pour atteindre une cible plus large.

Lors d’une de vos adresses à la jeunesse, vous déclariez fort opportunément que : les jeunes ne doivent pas être des followers passifs mais des internautes patriotes. Et, l’interrogation qui est mienne est celle de savoir : comment peut-on être un internaute patriote lorsqu’on ne sait même pas pourquoi on est sur les réseaux sociaux ? Peut-on utiliser à bon escient une technologie si l’on n’a pas été éduqué à l’utilisation de cette dernière ? Ces interrogations rendent bien compte de l’impérieuse nécessité d’éduquer les camerounais à l’utilisation des réseaux sociaux.

Votre Excellence,

Je reste convaincu que seule l’éducation des camerounais aux médias et plus précisément à l’utilisation des réseaux sociaux, permettra de lutter efficacement contre les dérives liées à l’utilisation de cette technologie. Et l’erreur à ne pas commettre, serait celle de diaboliser ces outils technologiques comme semble le faire certains car, l’interdit a toujours les attraits et secrète les désirs ! Il est important de voir les réseaux sociaux comme une opportunité et non comme une menace dans la mesure où, plus de 2 milliards de personnes à l’échelle mondiale se connectent régulièrement de façon mensuelle sur Facebook faisant ainsi de ce réseau, le plus grand média dans le monde.

Monsieur le Président,

En tant qu’activiste contre les discours de haine en ligne, défenseur des droits numériques et de libertés sur internet, je mettrai mon expertise à toutes initiatives visant à la socialisation des camerounais à l’utilisation des réseaux sociaux.

Veuillez agréer Monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée.

(é) AROUNA POUNTOUGNIGNI MFENJOU

arounapountougni@gmail.com

-Global Youth Influencer Group/Plan International

-Lead analyst

-Défenseur des droits numériques et des libertés sur internet

-Sociologue/Consultant

-Expert des TIC

-Expert en montage et gestion des projets

-Chargé des programmes et développement à Digital Access »


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

FSEG UYII

Enseignement supérieur : L’université de Yaoundé II va à la rencontre des milieux socio-professionnels

Belgique Cmr

Cameroun/Covid-19 : Eric Jacquemin reçu en audience par Manaouda Malachie