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[Tribune] Ekodo Mveng : « Tous les leaders charismatiques les plus aimés du continent africain sont des révolutionnaires »

Ekodo Mveng SR

Après le coup d’Etat qui a évincé Alpha Condé du pouvoir en Guinée, le politologue Siméon Roland Ekodo propose une réflexion pour fustiger la loyauté institutionnelle à géométrie variable des leaders politiques et de la société civile africaine. L’analyste politique laisse entendre que les présidents africains qui ont pris la peau de révolutionnaire pour accéder au pouvoir, sont en réalité des putschistes.

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Siméon Roland Ekodo Mveng, politologue – capture photo

Lebledparle.com vous propose le texte intégral.

Exception faite au démocrate convaincu  Patrice Émérite Lumumba qui n’est d’ailleurs pas arrivé à ses fins, tous les leaders charismatiques les plus aimés du continent africain sont des révolutionnaires et des putschistes. L’africain aime donc sournoisement le coup d’État. Laissons les faux semblants.

En occurrence Muammar Gaddafi, l’un des fils les plus adulé du continent est arrivé aux affaires en 1969 lors de l’opération baptisée “Jérusalem” qui a renversé le pouvoir monarchique et tribal du roi de Libye Idriss, alors que ce dernier était  en voyage en Turquie.  

Jerry John Rawlings fils du Ghana encore appelé Gold Coast, l’un des chouchous apprécié du continent, libéré de prison par un commando où il attendait l’exécution de sa sentence de peine de mort pour tentative de putsch le 15 mai est revenu à la charge  le 4 juin 1979 par un coup d’État qui emporta cette fois le président Fred Akuffo après la tentative manquée trois  semaines auparavant.

Thomas Isidore Noël  Sankara, digne fils de la haute Volta, le plus cité en exemple par les nationalistes et intellectuels africains est arrivé à la tête du Burkina Faso après son coup d’État de 1983.

Laurent Koudou Gbagbo, le fils de Ngagnoa en Côte d’Ivoire et le plus soutenu par les africains actuellement est tout de même arrivé aux affaires au lendemain d’un cafouillage électoral aux allures de révolution populaire  qui emporta le Général Guéï et qui profita au leader du FPI a investi les rues avec ses partisans pour se proclamer vainqueur de l’élection contestée de l’an 2000.

Loin de toute hypocrisie et de tout apologie du coup d’État, je remarque que les mêmes qui soutiennent du bout des lèvres les dictateurs encore aux affaires pour des  raisons ethniques, idéologiques et par peur de répression  sont follement, parallèlement et, paradoxalement  amoureux des putschistes Sankara, Kadhafi, Rawlings… en même temps qu’ils prêchent le respect de l’ordre constitutionnel chez eux pour protéger le leader clanique, affairiste, partisan ou sectaire.

 Le plus grand paradoxe avec ces hypocrites érigés occasionnellement en défenseurs de l’État de Droit et de la démocratie c’est qu’on ne les voit pas défendre farouchement l’équité électorale quand les urnes sont bourrées, ou investir les  rues quand les chefs d’État impopulaires et incompétents menacés par les sondages déverrouillent les constitutions pour se maintenir aux affaires contre la volonté du peuple.

 On ne voit jamais ces conservateurs s’offusquer publiquement de la vie chère, du chômage, des politiques d’exclusion tribale de certains groupes, ou de la répression des manifestations publiques des partis de l’opposition et de la société civile malgré les consécrations de ces droits fondamentaux.

 On ne voit jamais ces pseudos panafricanistes critiquer la main noire de la France quand cette dernière manigance pour mettre ou pour maintenir un fils de leur tribu ou de leur religion  aux affaires.

On entend jamais ces ” intellectuels faussaires” qui disent être attachés aux institutions réciter la magna Carta, la déclaration universelle des Droits de l’homme, ou la constitution, et la bible quand leurs dirigeants violent allègrement les textes ou quand ces derniers empiètent sur le pouvoir judiciaire ou quand leurs présidents fragilisent le parlement, Tripatouillent les textes de base du parti politique à leur fantaisie, réduisent la marge de manœuvre et les enveloppes budgétaires des régions et communes.

 Quelle est donc cette loyauté institutionnelle à géométrie variable qui supporte les dérives autoritaires des seuls hommes forts du pouvoir et de son ethnie et condamne seulement le charisme des hommes forts de l’opposition et de l’armée ?

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