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Retrait de la CAN 2019 au Cameroun : Richard Makon appelle à la démission des acteurs impliqués dans l’organisation

Makon Richard

L’analyste politique dans une chronique publié sur sa page Facebook estime que tous les acteurs concernés par l’organisation manquée de la CAN 2019 devraient déposer leur tablier sans attendre que le Président de la République le fasse.


Makon Richard
Richard Makon, Analyste socio-politique – crédit photo (Richard Makon)

POUR UNE CULTURE DE LA DÉMISSION

Le Président de la République, élu du peuple pour servir le peuple, sur la base d’un projet de société, en principe, constitue une équipe gouvernementale chargée de l’accompagner dans l’exécution de son mandat. En vertu de la Loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 qui le fonde à nommer « aux emplois civils et militaires de l’Etat » (Article 8 alinéa 10), « le Président de la République nomme le Premier ministre et, sur proposition de celui – ci, les autres membres du Gouvernement. Il fixe leurs attributions ; il met fin à leurs fonctions ; il préside les conseils ministériels » (Article 10 alinéa 1er). Vaste chantier pour un pouvoir ‘‘illimité’’ !

Cependant, si le pouvoir de nomination et de révocation appartient au Président de la République, sous reverse de délégation aux membres du gouvernement et hauts responsables de l’Etat (Article 10 alinéa 2), LE DROIT DE REFUSER UNE NOMINATION tout comme LA LIBERTÉ DE DÉMISSIONNER appartiennent au bénéficiaire de l’acte de nomination. Mais au constat, la démission est l’une des libertés les moins exercées en Afrique et particulièrement au Cameroun.

On entend par démission l’acte par lequel on se démet, par son propre chef, d’une fonction, d’une charge, d’un emploi. Les raisons qui fondent une telle décision sont multiples et variées, même si les plus usuelles sont le manque de moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission, le manque d’attrait ou la perte d’intérêt pour sa tâche, l’existence de désaccords profonds et irrémédiables, l’incompatibilité d’humeur, des contradictions internes insolubles, l’incompétence de son équipe, l’échec dans la conduite d’un mandat important.

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Dans ce dernier cas qui est celui qui nous intéresse le plus – relatif à l’échec -, sous d’autres cieux les cas de démission sont si fréquents qu’ils constituent à eux seuls une véritable culture de gouvernance.

À l’analyse toutefois, une démission, loin d’être un acte anodin, constitue dans le champ politique et dans le domaine de la gouvernance publique, à la fois une éthique et une esthétique.

LA DÉMISSION EST UNE ÉTHIQUE DE LA RESPONSABILITÉ individuelle en contexte démocratique, une éthique de la loyauté envers le détenteur du pouvoir de nomination (ici le Président de la République) et une éthique du respect à l’endroit des bénéficiaires (ici le Peuple) des actes posés par l’autorité nommée. C’est pourquoi tout échec dans l’exécution d’un mandat important doit nécessairement engager un serviteur loyal et responsable à s’excuser, à démissionner et à faire profil bas.

LA DÉMISSION EST aussi UNE ESTHÉTIQUE DE L’HONNEUR, de la dignité, de la grandeur, de l’amour propre et de l’estime de soi. Pour cette raison, lorsqu’on a lamentablement échoué, l’on doit se montrer digne et avoir la décence de démissionner.

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Au Cameroun, après une succession d’échecs cuisants et retentissants, dont le plus humiliant de ces dernières décennies est le retrait de l’organisation de la CAN 2019 ‘’‘pour incapacité’’, le Chef du Gouvernement, le coordonnateur du projet à la présidence de la république, les Ministres en charge des travaux publics, des marchés publics, de l’urbanisme, du sport, entre autres, ainsi que tout le Comité d’organisation de l’évènement devaient avoir depuis longtemps démissionné, sans attendre leur révocation éventuelle par le Président de la République.

Dans un Etat normal c’est une question de responsabilité, de loyauté, de dignité, d’honneur, d’amour propre et décence ! Malheureusement, UNE CULTURE DE LA DÉMISSION n’est possible que dans un système de gouvernement dans lequel les gouvernants sont soumis à l’obligation de répondre de leurs actes.

UNE CULTURE DE LA DÉMISSION n’est possible que dans une société démocratique, où le sort des gouvernants, moulés dans une tradition de Leadership, est fonction de leurs résultats.

*Chronique précédemment publiée dans Mutations


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