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Cameroun : L’arrogance d’un régime aux abois (Tribune)

Cameroun : L’arrogance d’un régime aux abois (Tribune)

Dans une tribune parvenue à notre rédaction, le juriste et philosophe Christian Djoko parle de la marche du MRC du 22 septembre 2020. L’analyste politique souligne l’arrogance du régime qui tend vers sa fin au Cameroun. Il illustre cette arrogance avec l’humiliation des personnes qui s’oppose au régime. Le cas de madame Assomo Thérèse dit Mama Aadja brutalisée par les forces du maintien de l’ordre le jour de la marche.


Cameroun : L’arrogance d’un régime aux abois (Tribune)
Thérèse Assomo alias Mama Pilon – Mtg

Sillonné par une hantise de ses propres turpitudes, le régime Biya perçoit toute Marche contestataire comme un affront, un projet insurrectionnel, un crime de lèse qu’il faut absolument réprimer par la brutalité et les petits arrangements avec le droit. Fragilisé par son bilan en tout point désastreux, il trouve derrière chaque nouvelle opposition résolue, un adversaire politique ou un complot venant de l’extérieur.

Dans l’univers parallèle de Biya et de ses laudateurs, toute revendication politique, sociale ou corporatiste serait pour ainsi dire grosse d’un agenda caché visant à déstabiliser les institutions de la république.

Il ne faut surtout pas revendiquer la fin de l’anglocide, un code électoral consensuel, le droit à l’eau, à l’électricité, à la sécurité, à l’emploi, à la justice ou au respect de la vérité des urnes. Revendiquer ces droits élémentaires, c’est passer pour celui qui veut détruire le pays.

Voilà pourquoi ce régime voue une haine mortifère à tout ce qui lui tient tête. Voilà pourquoi il n’hésite pas à broyer tous ceux et celles qui, en son sein, essayent de s’émanciper. Voilà pourquoi il a ignoré les revendications corporatistes des avocats anglophones de 2016. Voilà pourquoi il fait actuellement subir aux « Marcheurs du 22 septembre 2020 » des traitements inhumains et dégradants. Le visage boursouflé et traversé de sang de Madame Assomo Thérèse dit Mama Aadja (en image) constitue à cet égard une illustration parfaite.

Toutefois, c’est l’occasion de rappeler ici quelques vérités élémentaires que certains laudateurs de ce régime auraient tendance à oublier. Si l’arrogance a souvent fait bon ménage avec la politique, il vient toujours un temps où il faut taire son égo pour faire prévaloir les intérêts supérieurs de la nation. L’histoire de la fin de régime Mobutu devrait inviter les va-t-en-guerre du régime Biya à une certaine retenue devant les fanfaronnades que leurs inspire si ardemment l’ivresse du pouvoir. La roue tourne dit-on souvent.

Aux progressistes de ce pays, aux militants en faveur de la renaissance de ce pays, disons que s’il est évident que le collège des jouisseurs et va-t-en-guerre chamarrés finira tôt ou tard en un fétu de paille dans les mains du peuple, il ne faut surtout pas s’attendre à ce qu’il s’offre généreusement ou qu’il se suicide. Briser les reins à une des tyrannies les plus forcenées, sanguinaires, forcées et barbares de l’histoire africaine est loin d’être une partie de sinécure. Elle est dans sa logique de se défendre avec violence, acharnement et arrogance.

En fait, l’arrogance du régime Biya ne prospère que sur la terre de notre servitude volontaire. Ce n’est pas tant la force ou l’arrogance de ce régime qui nous contraint, mais notre propre force que nous concédons au régime qui nous asservit. Ce régime n’a de pouvoir sur nous que par nous : La servitude volontaire prend ainsi la figure d’une autocontrainte. Elle se nourrit de pratiques mystifiantes, de l’intimidation, de la torture, de l’arrogance et de l’habitude oublieuse qui fait taire notre « naturel » attrait pour la liberté.

Comme dans tout régime tyrannique, l’arrogance et la violence constituent le bruit de fond du Biyaisme. Et le pire serait que nous finissons par nous y habituer. Mais pour éviter de nous résigner définitivement, nous devons constamment nous remémorer le courage de ces marcheurs du 22 septembre et peut être surtout celui de nos parents qui ont refusé au prix de leur vie la colonisation et l’asservissement. Soyons à la hauteur de ces pages glorieuses de notre histoire. Quelle action ? Marcher, marcher encore. Aucune Bastille n’est imprenable pour un peuple qui se tient debout, jaloux de sa liberté. Nul doute que le glas a sonné. Nous (pas besoin d’avoir l’assentiment de tous) méritons mieux que ce régime arrogant, tyrannique et corrompu.

Ps: Aux petits « commissaires » et autres délateurs désireux de laisser libre cours à leurs velléités staliniennes, vous connaissez déjà mon numéro et ma maison. Lustucrus.

Christian Alain Djoko.

 

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