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[Tribune] Décryptage : 10 mensonges autour de l’assassinat de Martinez Zogo

Hiondi Nkam IV, journaliste et producteur de contenus médiatiques a publié un texte publié dans Mutations du vendredi 17 mars 2023, sur l’affaire Martinez Zogo. Il fait un décryptage des 10 mensonges autour de l’assassinat de Martinez Zogo. Lebledparle.com vous propose le texte intégral.

Zogo hommage

Passée la mode des  hystérisations effrénées de la société, calmé le jeu des indignations tonitruantes des leaders d’opinion 2.0, il est sans doute temps de débusquer le flot de contre-vérités qui jalonnent la tragédie du meurtre crapuleux de l’homme de media Martinez Zogo.

1-Martinez Zogo, chevalier de la plume

Non, Faux ! Celui que l’on veut vendre à la doxa comme un journaliste émérite qui enquêtait sur les détournements des deniers publics au Cameroun n’en était pas un. Il ne s’en réclamait même pas de son vivant. Ce qu’il faisait  très souvent c’était de l’investigation tronquée au bon vouloir du mieux disant. Il représentait ce que l’on ne doit pas faire en journalisme : du chantage en règle. Ceci n’enlève rien à l’ensemble de son œuvre. Il avait son public et savait se faire entendre. Mais encore, rien ne justifie l’assassinat sauvage de ce citoyen. D’où cette soif de justice légitime de tout un peuple.

2- Zogo a une fortune estimée à 500 millions de Fcfa

Ouf ! Tout ce qui est excessif est dérisoire et le lanceur qui a vendu cette alerte le sait. Avec pareil pactole notre homme aurait de son vivant lancé Embouteillage FM pour devenir un vrai patron. Zogo n’était pas un ange mais n’en faites pas un démon. Et puis, même milliardaire le défunt mérite justice pour ce crime immonde.

3- Zogo a été tué parce qu’il enquêtait sur des détournements

Ce n’est vrai qu’en partie et beaucoup d’entre nous le savent. Cette posture hypocrite arrange l’ordre établi et satisfait l’opinion publique qui réclame des têtes. Zogo a publié des documents déjà connus de beaucoup. Il a été assassiné parce qu’il était lui-même l’un des sicaires de la mafia dont il défendait l’un des camps. Reste une question : dans un pays où la mafia est au cœur du pouvoir, qui donc viendra rendre justice ?

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4-Cosa Nostra : la justice du Parrain

La justice, quelle justice ? Bien sûr on coupera quelques têtes pour satisfaire le peuple. Mais croyez-vous vraiment que ce régime puisse aller au bout d’une logique de justice impartiale et mettre aux arrêts tous ceux qui ont orchestré le meurtre de Zogo ? Quand le sang coule entre gangs rivaux, le parrain hausse le ton et tranche quelques têtes qui débordent. S’il va plus loin, c’est la sienne qui tombe.

5- On doit absolument se prononcer sur le cas Zogo

Et pourquoi donc ? Ce pays fourmille de crimes crapuleux depuis une cinquantaine d’années. Pourquoi est-ce seulement celui-ci qui devrait susciter l’indignation de tous. Le dernier crime en date concerne la torture monstrueuse subie par le nommé Woulvang dans l’enceinte du lamidat de Tcheboa (Nord). Pourquoi nos justiciers des temps modernes restent taiseux sur ce cas ?  Et puis qui sont ces directeurs de conscience qui commandent que l’on s’indigne ? Cette compassion lâche et hypocrite est malsaine. Elle exhale des senteurs nauséabondes de récupération. Après la République des répressions voici venue la République des…sommations.

6-La presse a fait son travail

C’est faux et les journalistes le savent bien. Si nous avions fait notre travail des hommes comme Zogo qui faisait tout sauf du journalisme n’auraient pas occupé tant d’espace. Son ascension fulgurante consacrait aussi la démission d’une corporation de journalistes désorganisée et paupérisée à l’extrême. Où sont nos grandes enquêtes ? Nos grands reportages (hormis le comique de la chaîne de Nsam) ? Se poster devant un bâtiment pour distiller des informations approximatives ne sauve pas la mise. Le peuple trouve son bonheur là où il peut. Qui oserait le blâmer ?

7- Les influenceurs restent marginaux

Ah bon ? Pourtant c’est eux qui informent désormais. Des millions de Camerounais s’abreuvent à leurs sources. Des journalistes relaient leur fake sans le moindre effort de recoupement. Claquemurés dans leur confort factice, ils croient encore tenir la main. En un clic le peuple est passé à autre chose.

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8- Amougou Belinga : le coupable désigné

Il en a tout l’air et lui-même n’arrange pas son affaire. Il flirtait avec Danwe qui est le seul à être passé aux aveux. Difficile pour lui de se sortir de là. Et puis sa ciboule plaît à une bonne frange du peuple qui se délecterait de la voir rouler sur le pavé de son immeuble flambant neuf. Mais Amougou Belinga serait-il le seul architecte de l’immense bâtisse funeste ? Qui peut y croire ?

9- Remy Ngono dit toujours la vérité

Ok, d’accord…Disons donc que les scénarios hollywoodiens précédemment servis autour de l’assassinat de Zogo ne sont que des exercices de tir d’un chasseur qui règle la mire de son fusil. On attend donc que l’oracle qui avait su prédire la mort de son ancien poulain nous dévoile le fin mot de l’histoire. Coup franc !

10- Paul Biya a enfin écouté le peuple

Pince sans rire. A quelle heure ? Le boulanger de Mvomeka’a est simplement repassé aux fourneaux.  Sa méthode est la même. Laisser cristalliser la haine autour d’un personnage pour ensuite l’immoler prestement et en tirer des dividendes politiques. Observez comment il est aujourd’hui apprécié, y compris de certains opposants radicaux.  À ce rythme, il peut rester au pouvoir pour les 40 prochaines années. Alea Jacta est.

 


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