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Opinion : « Nganang appelle clairement au meurtre d’autres compatriotes »

Opinion : « Nganang appelle clairement au meurtre d’autres compatriotes »

À travers une tribune qu’il a envoyé au niveau de la rédaction de Lebledparle.com, Christian Alain Djoko s’en prend à Patrice Nganang. Cet analyste politique, philosophe et juriste ne passe pas par quatre chemins pour dire Nganang jette à vindicte populaire d’autres tribus et s’inscrit en faux contre cette démarche. Ci-dessous, l’intégralité de la tribune. Bonne lecture !


Opinion : « Nganang appelle clairement au meurtre d’autres compatriotes »
Patrice Nganang – DR

Nganang, encore

Il n’est pas nécessaire de recourir à une gymnastique intellectuelle particulière pour se rendre à l’évidence que Nganang appelle clairement au meurtre d’autres compatriotes. Que cela soit envisager comme terme générique, stratégie politique, équilibre de la terreur ou légitime défense ne change rien au caractère macabre et inacceptable de son propos. Il y a une différence entre une résistance ferme et radicale au régime Biya et la stigmatisation détestable de tout un groupe ethnique. Non, Paul Biya ne représente pas l’ensemble des Bulu, pas plus d’ailleurs que Jean De Dieu Momo ou Patrice Nganang ne représente l’ensemble des bamilékés. On peut dénoncer les crimes commis par le régime malfaisant de Yaoundé sans en appeler pour autant au meurtre d’autres compatriotes dont le seul tort serait d’appartenir à l’ethnie de Biya. En la matière, nul ne peut prétendre affirmer son humanité en méprisant celle des autres. Tout comme la faute de l’autre ne saurait justifier notre propre faute. Œil pour œil et le monde finria aveugle disait Gandhi.

Par ailleurs, j’invite tous ceux et celles qui défendent Nganang à se poser la question suivante : Défend-il la victoire de Kamto ou tend-il à démontrer qu’il existe un tribalisme anti-Bamiléké? Dans les deux cas, Nganang a surtout réussi à donner la fausse impression que la lutte pour le changement qu’incarne aujourd’hui le MRC est un violent retour du balancier bamiléké contre plusieurs décennies d’ostracisation. Avec une dextérité rarement égalée, il parvient à chaque fois à exacerber les haines recuites et les spasmes identitaires.

L’assurance-vie du système (?)

 

Bien évidemment, les inconditionnels de Nganang diront que ce dernier a simplement recours au tribalisme tactique pour isoler les principaux bénéficiaires du régime Biya qui dans ce cas serait selon lui, l’ethnie Bulu. Non, non, non. 3X non. La fin ne justifie pas tous les moyens. S’il est vrai qu’on ne peut faire les omelettes sans casser les œufs, il est tout aussi vrai que les œufs mal cassés donneront au bout du compte une omelette pleine de coquilles. Elle n’est pas agréable à manger. Au cas où vous ne saisissez pas le sens de la métaphore employée, je suis simplement en train de dire que certains moyens ont le potentiel d’altérer la fin, c’est-à-dire de la détruire. Ne me brandissez surtout pas l’argument selon lequel la résistance au régime Biya nécessite une diversité de stratégies. Aussi séduisant que soit cet argument de prime abord, il ne tarde pas à s’écraser à la frontière du chemin emprunté par le full professor. Autrement dit, cet argument n’est pas tenable dans la mesure où l’activisme de Nganang est devenu un des principaux obstacles aux différentes initiatives des forces du changement.  

Nonobstant ce qui vient d’être dit, je sais que certains partisans de Nganang argueront que ce dernier parvient à éveiller et à mobiliser de nombreuses personnes dans le cadre des manifestations contre le hold up électoral de 2018. Ok! Bien qu’il faille toujours se garder de jeter le bébé avec l’eau du bain, une question cruciale demeure en suspens : il a surtout éloigné et démobilisé combien de personnes ? Autrement dit, le plus important n’est pas de savoir ce que les forces du progressiste gagnent avoir Nganang à leurs côtés, mais ce qu’elles ont perdu ou qu’elles sont en train de perdre à cause de lui. Le moins que l’on puisse dire c’est que Nganang est devenu non seulement la caricature de la tyrannie qu’il croit combattre, mais surtout l’allié objectif, l’« assurance vie » du système Biya. Les pontes et autres jeunes pousses de ce régime ont plus que jamais besoin de l’activisme sordide et tribaliste de Nganang pour éviter que la dynamique du changement ne se structure autour des enjeux qui rassemblent les camerounais (emploi, accessibilité aux soins de santé, sécurité, garantie énergétique, lutte contre la corruption, etc.)

Que les choses soient claires. Je ne nourris aucunement l’ambition de convaincre les adeptes les plus zélés de Nganang qu’ils font fausse route. Donc gagnons en temps. Ayez l’amabilité de m’épargnez la gnognote habituelle du type « Wo Nganang est trop fort ; Wo Nganang est en avance sur tout le monde ; Nganang est très intelligent, il sait où il s’en va », « Nganang a au moins construit les ponts » « « Nganang fait exactement ce que MEON fait »; « Nganang est un stratège »; « Nganang est très intelligent, il faut 6 PhD pour le comprendre », « Nganang a mené des campagnes pour la libération de X Et Y ». Oui Nganang est brillant et a par le passé poser des actes d’une générosité indiscutable. Il continue même d’ailleurs à donner des clés outils hyper intéressants pour comprendre le système Biya hyper. Cela dit, j’ai immédiatement envie de rajouter : Et alors ? Serait-ce donc un chèque en blanc qu’il se serait taillé pour l’éternité? une espèce d’immaculée conception qui l’absoudrait de tout péché, de toute dérive en tout temps et en tout lieu?

De grâce, épargnez-moi aussi cet autre argument insipide asséné très souvent avec morgue : « Tu es un nègre de maison…. Tu n’as aucun état de service dans la lutte pour le changement au Cameroun etc…. ». Oui, oui, je connais très bien cette ritournelle insultante et paresseuse. À vrai dire, je me tiens toujours ébahi devant toutes ses personnes prêtes à défendre Nganang au prix d’un arrangement douteux avec la morale élémentaire.

Résistons dans la dignité

Qu’il puisse exister une seule personne supposément douée de bon sens ; une seule force progressiste capable de défendre les pires outrances de Nganang devrait déjà nous faire frémir. Ishh! C’est laid! Plus laid encore est le mot « amour » dans la bouche de Nganang. Comme le mot « démocratie » dans la bouche de Paul Biya, il semble a priori renvoyer à une attention bienveillante pour la justice et l’État de droit alors qu’il s’agit en réalité d’une venimeuse douceur, d’une illusion sédative, d’une cymbale retentissante.

Dans le contexte actuel, il manque cruellement des voix rassembleuses et progressives. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Où sont les intellectuels de ce pays ? Je sais qu’à une époque où on partage plus rapidement le vidéo d’un tribaliste ou d’une pimentière, il est difficile d’être audible. Mais comme nos illustres prédécesseurs nous devons parler. Car bien au-delà de Nganang, la parole haineuse se répand comme venin qui menace de détruire les dernières assises d’une « nation » déjà confrontée à d’immenses estafilades. Nous vivons un temps où les forces sanguinolentes souterraines remuants en profondeur nos instincts grégaires ne manqueront si on n’y prend garde, de cisailler les fragiles équilibres maintenus jusqu’ici par le plus grand des hasards.

Nous devons parler pour rappeler que l’étroite connexion existante entre les mots, les choses et les maux n’est simplement de l’ordre de la pensée et de l’homonymie. Les mots sont des pistolets chargés qui agissent comme de minuscules doses d’arsenic aboutissants quelques fois à l’adoption mécanique et inconsciente de la rhétorique incendiaire. Dès lors, le choix des mots doit s’accompagner de prudence et de générosité. Le ton fondamental doit être à la résistance déterminée, mais résolument inclusive et populaire. Et contrairement à ce que pensent les adeptes de Nganang, il est possible de mener une résistance pour la renaissance du Cameroun sans jamais sacrifier les assises morales qui précisément confèrent à ladite résistance une dignité et une légitimité inébranlables. S’il est vrai que chaque révolution chemine avec sa part d’ombre, l’histoire nous enseigne aussi qu’aucune lutte ne peut prospérer sur la haine de l’autre. Seules les plus généreuses et les plus rassembleuses fécondent les cœurs et engendrent un mouvement irrésistible vers un nouveau contrat social.  

Du reste, la meilleure attitude à adopter au niveau individuel consiste à refuser que la question du tribalisme, sa manipulation politique ne devienne le cache-sexe des multiples échecs du régime quadragénaire de Biya. S’éloigner de ce vrai faux-débat permettra de revenir à l’essentiel, à savoir la crise au NOSO, la corruption institutionnalisée, la tentation d’une succession de gré à gré, la détention illégitime des leaders anglophones, des militants du MRC, de Maurice Kamto et de ses alliés. Restons concentrés.

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