Cameroun : Lettre à mes frères anglophones

Chers frères, je comprends vos peines, vos douleurs et vos malheurs. Je vois la tristesse et le dépit qui s’emparent de vos âmes.

Bamenda, les avocats manifestent - DR

Je lis l’amertume que vous ressentez à l’encontre de ce pays pour lequel vous avez contribué à forger l’unité nationale et sa renommée internationale. Mais je sais aussi qu’en certaines circonstances vous avez la capacité d’opérer des choix décisifs pour l’avenir. Vous l’avez montré en février 1961 en choisissant de vous rattacher au Cameroun francophone plutôt que de rejoindre la fédération du Nigéria. C’est la preuve que vous avez rêvé qu’ensembles nous puissions construire une nation forte, unie et prospère.

Chers frères, les récents évènements nous attristent tous. N’écoutez pas ces réactionnaires francophones, tribalistes dans l’âme mais qui ont l’audace aujourd’hui de s’ériger en capitaines de l’unité nationale. Ecoutez ceux qui comprennent vos douleurs. Je sais que 95% d’entre vous seriez plus près à opter pour une fédération plutôt que la sécession. Je sais que si vous avez décidé de rejoindre le Cameroun francophone en 1961, c’est parce que vous rêviez qu’ensembles nous construisions l’avenir. Je sais également que les gouvernements successifs à Yaoundé ont torpillé l’idéal de fédération qui nous a habités. Oui vous ne mentez pas. Toute analyse objective de l’histoire montre que vous avez été floué dans la fédération et ce, avec la complicité de certains de vos leaders à l’instar de John Ngu Foncha, Salomon Tandeng Muna ou encore Emmanuel Endeley qui se sont plus battus pour leurs intérêts personnels plutôt que pour construire une véritable fédération. Oui, malheureusement quand je suis rentré dans les archives de l’histoire, je me suis rendu à l’évidence que vous avez été floué. Beaucoup de camerounais francophones, qui ne connaissent même pas l’histoire de leurs familles ne peuvent pas le savoir.

Mais, chers frères, il va falloir pardonner. Je revendique votre droit à manifester et le droit à l’information. J’estime que si vous êtes malade, mon devoir c’est d’informer le médecin et lui dire qu’il a un patient qui est malade. Mon devoir n’est pas de vous dire que vous n’êtes pas malades parce que je ne suis pas médecin. Les francophones n’ont pas le droit de vous dire que vos revendications sont inutiles. Non c’est de la lâcheté, de la méchanceté et de la mauvaise foi. Ce sont les premiers à vous traiter de « BAMENDA », « ANGLOFOU », « NIGERIA ». Ont-ils une seule idée de la douleur que vous ressentez lorsque ces qualificatifs vous sont attribués ? Savent-ils qu’ils vous retirent votre dignité ? Non, ils ne le savent pas. Parce qu’en permanence, ils se pensent supérieurs aux autres. Regardez les quand il s’agit des problèmes burkinabés, rwandais, ivoiriens ou gabonais. Se sont des donneurs de leçon. Mais quand la réalité les rattrape chez eux leur sport favori devient le tribalisme. Mais il va falloir les pardonner. Seul ce pardon permettra de repartir sur de nouvelles bases.

Croyez-moi, je sais que Paul Biya et son gouvernement ne vont pas apporter des remèdes structurels à votre problème. Je sais que Paul Biya ne fera pas appliquer strictement la décentralisation que vous appelé fédéralisme, mais je sais au moins que son gouvernement a la capacité d’apporter des réponses conjoncturelles. Car, c’est l’unité et la sécurité nationale qui sont désormais en jeu. La véritable solution à votre problème, à savoir, la fédération ou la décentralisation effective ne pourront venir qu’après le départ de Biya. Il faudrait que vous le sachiez. Mais personne n’acceptera une sécession, même pas la communauté internationale. Donc soyons réalistes et négocions.

Pendant un mois, vous avez démontré toute votre unité, votre force et votre détermination à changer vos conditions. Je vous suggère de faire une pause, d’engager de nouvelles négociations, prendre trois mois et évaluer. La situation est devenue tellement critique qu’il est nécessaire de faire un repli stratégique. Par contre, vous pouvez poursuivre la désobéissance civile pour contraindre ce gouvernement de jouisseurs à vous écouter, mais évitez les manifestations de rue. Nous avons assez perdu de frères et nous ne devons plus perdre. Je compati à la douleur de toutes ces familles. Surtout celle de cette maman dont l’enfant a reçu une balle perdue devant la maison. Ce régime est brutal, barbare et violent et n’hésitera pas à utiliser les moyens les plus extrêmes.

Chers frères, beaucoup de camerounais francophones comprennent vos peines, y compris au sein de l’administration et de l’armée. Beaucoup veulent que les choses changent. Pensez à ces gens qui ne parlent pas, qui ne disent rien mais qui vous soutiennent. Dans toutes les luttes on peut marquer une pause. Une pause n’est pas une faiblesse mais un repli stratégique.

Fraternellement.

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