Réunion de l’opposition pour la révision du code électoral : Pour Dieudonné Essomba, il s’agit d’un « pur perd-temps »

Si les leaders de l’opposition ont la ferme conviction qu’en unissant leurs forces, ils peuvent obtenir la réforme du code électoral et changer la face des choses au Cameroun, Dieudonné Essomba estime pour sa part que ce combat n’est d’aucune utilité. L’économiste et consultant à Vision 4 soutient que la seule réflexion qui vaille la peine est celle relative à la forme de l’Etat. Lebledparle.com vous livre l’entièreté de sa tribune parvenue à notre réflexion ce 06 avril 202.

Dieudonné Esoomba (c) Droits réservés

Le système électoral ne changera absolument rien au Cameroun !

La sociologie est claire. Lorsqu’on voit les opposants qui s’agitent, on voit bien qu’ils viennent tous du Grand Littoral et du Grand Ouest. Pratiquement aucun du Grand centre et du Grand Nord.

Or, lorsqu’on sait que le comportement de l’électeur est déterminé à 80% par des facteurs communautaires en Afrique Sub-saharienne et singulièrement au Cameroun, ces opposants qui s’agitent n’ont absolument aucune chance de changer quoi que ce soit sur la situation, quel que soit par ailleurs le système électoral adopté !

En effet, nous avons au Cameroun 2 blocs : un bloc formé du Grand Centre et du Grand Nord, politiquement cohérent, peu porté  aux insurrections et aux Révolutions et qui historiquement, s’entend et coalise facilement. C’est le groupe contrôlé par les Aujoulatistes (Ahidjo, Biya, Bello Bouba, Dakollé, Issa Tchiroma, etc.) et qui représentent 58% de la population camerounaise et par suite, 58% des électeurs camerounais.

A côté, nous avons également un autre bloc formé du Grand Littoral et du Grand Ouest, sociologiquement très fragmenté et politiquement très hétérogène et qui ne comprend que 42% des électeurs. Par contre, c’est de là que viennent tous ceux qui s’agitent pour l’opposition radicale et aujourd’hui, pour le Code Electoral : Kamto, Libi, Osih, Kah Wallah, etc.

Mais même si on changeait ce Code en faveur de ces gens, cela modifierait quoi dans le rapport des forces démocratiques?

Prenons un cas d’espèce : pour que Kamto gagne une élection à 2 tours, et avec le comportement communautaire des électeurs, il devrait bénéficier :

1. Du soutien total de l’Ouest, y compris tous les Bamoun

2. Du soutien total de tous les anglophones, que ce soit le Nord-Ouest ou le Sud-ouest ;

3. Du soutien total du Littoral, autrement dit, de tous les Bassa et tous les Sawa

Ce soutien est très loin d’être acquis. Mais même dans cette hypothèse, il s’en sortirait avec 42%.  Il devrait alors bénéficier en plus du soutien massif des Kirdi qui représentent 12%, ce qui lui donnerait alors un matelas électoral de 54%.

Un tel scénario est totalement invraisemblable et en tout cas, irréaliste. Bien sûr, on évoquera Fru Ndi en 1992, mais justement, c’est bien parce que le Grand Nord avait été partagé entre Biya pour 12% et 20% pour Bello Bouba.

On a de la peine à croire que les Aujoulatistes qui se sont reconstitué et se sont réconciliés prendront encore ce genre de risque !

Les chances pour qu’un Chef d’Etat sorte du Grand Littoral et du Grand Ouest par des voies purement électorales sont pratiquement nulles et un Code Electoral n’y changera rien !

Le seul vrai débat qu’ils doivent mener, c’est celui de la forme de l’Etat, afin de donner à tout le monde la possibilité de gérer en permanence une part de souveraineté sur son territoire.

Le reste est un pur perd-temps !

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