Discours de Paul Biya : Voici la déclaration officielle du CPP de Kah Walla

C'est le lundi en fin d'après-midi sur les réseaux sociaux que l'annonce surprise du discours de Paul Biya a commencé par circuler : « Le chef de l'État tiendra une allocution à la nation à 20 heures. » le lendemain, le président camerounais a tenu son discours et a finalement annoncé la convocation fin septembre d'un « grand dialogue national » précisément sur le conflit meurtrier entre des groupes séparatistes et les forces de sécurité dans l'ouest du pays. Ce jeudi 12 septembre 2019, le Cameroon People’s Party (CPP) s’est prononcé sur cette adresse à la nation. Lebledparle.com, vous propose l’intégralité de la déclaration.

Kah Walla - DR

*[ Déclaration du CPP à la suite du discours du Président de la République du 10 Septembre 2019 ]*

Ce qui suit est la déclaration du CPP sur le discours prononcé par le Président Paul Biya le 10 septembre 2019 sur le thème principal de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

*Le contenu du discours*

Le contenu du discours de M. Biya est inexact, trompeur et carrément insultant pour les Camerounais.

- Il a refusé de reconnaître un problème anglophone qui a ses racines dans l'histoire politique, culturelle et économique de notre pays. De nos 59 années d'indépendance, 37 ont été sous la direction de M. Biya. Sa gouvernance est donc directement responsable de la crise profonde, complexe et violente dans laquelle le pays se trouve aujourd'hui.

- Il a refusé de reconnaître et encore moins de s'excuser pour la violence, les atrocités et les violations des droits humains commis contre la population des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest par son gouvernement (suspension d'Internet, violence des maires et gouverneurs contre les commerçants, transporteurs et citoyens ordinaires) ainsi que par les forces armées de l'État camerounais (incendie de villages, exécutions extrajudiciaires, torture, etc.) ces trois dernières années.

- Il a refusé de reconnaître ses erreurs, sans parler de l'incompétence totale dont son gouvernement a fait preuve dans la gestion de cette crise au cours des trois dernières années. Il a plutôt parlé avec mépris du désir des Camerounais d'avoir chacun son village représenté au gouvernement et a laissé entendre que les anglophones devraient être reconnaissants d'avoir été relégués au poste de Premier Ministre pendant toutes ces années où il leur a gracieusement permis d'occuper ce poste.

*La proposition d'un dialogue national*

Malgré la myriade de propositions faites à cet égard, M. Biya a réussi à interpréter cela comme un dialogue qui n'abordera en aucune façon les causes profondes des crises dans lesquelles se trouve notre pays. Il l’a plutôt conçu pour être une tripartite bis avec tous les résultats malheureux que nous connaissons de cette expérience nationale.

Nous réitérerons ici les caractéristiques et le contenu d'un véritable dialogue national.

*LE CONTENU DE CE VRAI DIALOGUE NATIONAL*

Le vrai dialogue national doit permettre de couvrir une variété de sujets fondamentaux pour notre pays. Il s’agit entre autres de :

  1. 1. Résoudre les problèmes de notre passé colonial. Ce qui signifie :
  2. a. Gérer les conséquences de notre lutte pour l'indépendance, y compris le massacre de centaines de milliers de Camerounais/es par les forces coloniales en collaboration avec ceux qui ont ensuite gouverné le Cameroun.
  3. b. Redéfinir le vivre ensemble de toutes les parties de notre territoire. Ce dialogue devra résoudre la question anglophone qui en est un des aspects saillants.
  4. c. Redéfinir les termes de la relation entre le Cameroun et ses anciens colonisateurs pour l'avenir.
  5. 2. Redéfinir la relation entre le citoyen et l'État. L’administration en place avant l’indépendance avait pour mission d'exploiter le pays au profit des puissances coloniales et de soumettre les Camerounais à cet objectif. Ces maîtres coloniaux ont été remplacés par une élite oppressive qui s’est faite à leur image. Notre proposition inclut donc la redéfinition de la relation entre l'État et le citoyen dans le sens d’un Etat au service des populations, d’un État gardien des populations, protecteur et apaisant.
  6. 3. Redéfinir la forme de l'Etat. Le souhait primordial des Camerounais est d'avoir plus d'autonomie (une autonomie décisionnelle et une autonomie des ressources) au niveau local pour gérer leur développement, sans pour autant remettre en cause celles des prérogatives qui ne peuvent revenir qu’à l’Etat central. Il est nécessaire de déterminer quelle forme prendra notre Etat de manière à satisfaire cet impératif d’autonomie accrue au niveau local.
  7. 4. Réformer l’Armée et les autres forces de maintien de l’ordre (Police et Gendarmerie). Nous avons besoin de redéfinir les relations entre les forces de l’ordre et les citoyens afin d’en finir avec les vestiges coloniaux et développer des forces armées citoyennes, républicaines, au service de la population et respectueuses de la Constitution que le Peuple Souverain se donnera. Nous devons cesser avec les abus, les exactions et les violations flagrantes des droits humains très souvent observés dans le rapport entre ces forces de l’ordre et les populations. Plus que jamais, au terme de ce vrai dialogue national, les forces de défense et de l’ordre devront être des forces au service du Peuple et non d’un clan au pouvoir !

5 - Redéfinir les systèmes et institutions clés. Il sera question durant ce vrai dialogue national de :

  1. i. Poser les principes et les éléments constitutifs de la nouvelle Constitution pour le Cameroun. Ce qui constituera un nouveau contrat entre les Camerounais / es.
  2. ii. Définir les éléments d’un système électoral qui garantit des élections démocratiques, libres et transparentes.

iii. Établir le cadre pour les réformes clés dans l'exécutif, le législatif et le judiciaire pour les mois et année à venir.

6 – Traiter la question du retour des réfugiés humanitaires et politiques ainsi que celle de l’amnistie pour les prisonniers politiques. Ce dialogue national, pour être vrai, doit pouvoir traiter certaines questions qui ont meurtri et divisé les Camerounais/es.

*La construction de la confiance nécessaire au dialogue*

Au cours des 72 dernières heures, les préfets des régions anglophones ont pris des mesures qui menacent et répriment davantage la population anglophone en brisant des magasins et en tabassant les citoyens qui essayaient d'acheter et de stocker de la nourriture pendant le week-end. Ceci dans le but de forcer la population à sortir pendant les villes mortes.

La population anglophone reste prise entre la violence des militaires camerounais et la violence des groupes armés sur le terrain. Dans son discours, M. Biya n'a rien fait pour reconnaître cette situation sur le terrain et pour annoncer les mesures à prendre par ses administrateurs pour rétablir et regagner la confiance. Au lieu de cela, il s'est adressé à la population avec mépris, frôlant l'insulte.

Pour couronner le tout, il a annoncé un dialogue qui sera présidé, non pas par une partie neutre, mais par son Premier Ministre qui n'est pas seulement membre du comité central du parti RDPC au pouvoir, mais aussi le chef du gouvernement considéré par la population comme responsable de la crise violente dans laquelle elle se trouve.

Aucun véritable dialogue ne peut avoir lieu sans confiance.

Une fois de plus, M. Biya a manqué une occasion extraordinaire de s'engager véritablement avec les Camerounais pour ouvrir la voie à la construction d'un avenir différent pour notre pays.

Ce n'est pas une surprise pour le CPP.

Cela ne fait que confirmer ce que nous savons depuis des années.

La seule solution pour le Cameroun est une transition politique.

*Pour le Cameroon People’s Party*

*Kah Walla*

*Présidente Nationale*

 

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