Michel Thierry Atangana : « Ma situation est pathétique. J’ai été gracié mais je reste sous le joug de l’administration du Cameroun »

Le franco camerounais emprisonné pendant 17 ans au Cameroun s'exprime alors que s'est tenue le 2 avril en France, une réunion à l’Assemblée pour réfléchir aux moyens d’offrir une meilleure protection aux Français emprisonnés à l’étranger.

Michel Thierry Atangana - DR

La réunion s’est fixée pour mission de rappeler le calvaire de cet homme ayant croupi « dix-sept interminables années » dans une geôle au Cameroun, mais aussi de trouver, à partir de ce cas si emblématique, les moyens d’offrir une meilleure protection aux Français détenus à l’étranger. Une proposition de loi, aujourd’hui en construction, doit être prochainement déposée.

« Ma situation est pathétique. J’ai été gracié mais je reste sous le joug de l’administration du Cameroun, je ne suis donc libre qu’à moitié. Je ne peux pas retravailler dans la finance avec une telle tache sur mon parcours. Même mes anciens avocats au Cameroun me poursuivent pour des impayés », a expliqué à veille de cette réunion au journal Le Monde, celui qui n’attend désormais que deux choses : « une réhabilitation en tant que victime, qui me permettra de revenir à une vie normale », et, pour ses années de détention, le versement d’indemnités – 1,512 milliard de francs CFA (2,3 millions d’euros) pour ses salaires bloqués depuis vingt-deux ans et 17 milliards de francs CFA pour ses biens immobiliers saisis et laissés à l’abandon.

Depuis sa libération Michel Thierry Atangana n’a pas refait sa vie. N’ayant pas été innocenté, il reste « un criminel » aux yeux de la justice et ses comptes bancaires en France sont toujours gelés sur la base d’une commission rogatoire camerounaise.

« Il peut marcher librement, mais dans sa tête il y a encore des barreaux. J’avais dénoncé par le passé un scandale d’Etats. La France et le Cameroun se grandiraient s’ils venaient à libérer Michel Thierry Atangana de vingt-deux années d’enfermement », juge à Le Monde, Olivier Falorni (Mouvement radical) l’un des premiers députés français à s’être saisis du dossier avant la décision de libérer M. Atangana en 2014.

Dans cette proposition de lois que compte suggérer les députés français pour la protection de leurs compatriotes Lebledparle.com apprend du même journal,  qu’il y a l’idée de créer « un trait d’union législatif », selon l’expression du député Pierre-Alain Raphan (LREM), qui permettrait de protéger, en cas de détention, les 2,5 à 3 millions de ressortissants français installés à l’étranger. « Nous pouvons tirer de ce cas une vraie protection pour les expatriés, les binationaux et plus largement les touristes », assure-t-il. La proposition de loi sur laquelle Aude Amadou a déjà commencé à travailler prévoirait notamment un alignement effectif et direct de la France sur les décisions et avis des instances des Nations unies telles que le groupe de travail sur la détention arbitraire. La volonté des députés est de l’inscrire au calendrier de l’Assemblée pour 2020.