[Tribune] Julien Engola : « La plupart des concerts classiques au Cameroun, ne reflètent en rien un spectacle digne du prix du billet d'accès mis en vente »

Dans sa quatrième tribune libre, parvenue à notre rédaction, Julien Engola, formateur en art lyrique parle du spectacle et du concert classique et lyrique au Cameroun. D’après lui,  l’organisation n’est pas encore bien assimilée en contexte local. Il donne les raisons de cette mauvaise assimilation et propose des pistes de solution.

Concert classique et lyrique au Cameroun - DR

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L’organisation du spectacle et du concert classique et lyrique n’est pas encore assimilée au Cameroun.

 

Le plus grand atout qu’a un chanteur lyrique au Cameroun, et bien sûr, là où l’on ne peut douter de son talent, c’est la justesse dans l’interprétation d’un chant. Il y a certes quelques exceptions négligeables, mais je puis l’affirmer en tant que pianiste accompagnateur, que le potentielle de la justesse musicale est bel et bien lyrique.

Un chanteur peut s’amuser à tricher dans l’émission des notes en changeant parfois des phrasés, dans les autres domaines du chant, mais l’exigence de l’art lyrique impose un ajustement de rigueur. Une remarque que je fais constamment faire à mes artistes, lors d’une prestation dans laquelle sont invités d’autres artistes d’autres genres, c’est le respect que ces autres artistes accordent au genre lyrique. Il suffit qu’un chanteur des autres genres, voit une partition entre les mains d’un chanteur lyrique, qu’il s’extasie comme quelqu’un qui a vu un ange. Or il ne s’agit pas de frustration en cet admirateur, mais juste une envie sournoise d’appartenir à une troupe lyrique.

Quand vient le moment de la prestation, le plus grand constat c’est que tous les autres chanteurs des autres genres accordent une attention particulière aux belcantistes. Et à la fin de la prestation, les belcantistes semblent les plus abordés de la soirée.

Cependant, n’allons pas confondre les cérémonies où l’on pourrait avoir Petit-Pays, ou Lady Ponce comme artiste des autres genres, car en ces cas, au Cameroun, le match n’est pas jouable a priori. Quoique lorsque les choses sont bien organisées et bien définies, il y a des possibilités que l’attention soit également favorable au chanteur lyrique. Voilà pourquoi il est important que le chanteur ait déjà une renommée, parce qu’il s’agit d’une volupté populeuse. C’est en effet là le rôle de la propagande évoquée dans notre 3ème document, avec l’enregistrement audiovisuel et la promotion avant-gardiste de l’artiste.

Chaque artiste a ses admirateurs (fans), et ces admirateurs, quel que soit le contexte, ne manquent pas de serrer la main en glissant un bravo à leur artiste quand ils en ont l’opportunité. J’en ai souvent vu dans les festivités du 1er janvier chez les BABOKE, qu’il me soit permis d’en parler, comment les admirateurs courent d’artiste en artiste. Autant ils courent au Général AMMA PIERROT, à INDIRA, à Tonton EBOGO et aux autres artistes de la musique moderne présents au festival, autant ils courent à l’unique chanteur d’opéra Jacques Greg BELOBO.

En revenant à l’enregistrement

L’enregistrement audiovisuel d‘un chanteur lyrique n’est certes pas aisé au Cameroun, puisque sans matériel adéquat. Mais il faut le faire avec les moyens que l’on possède. Il ne s’agit pas d’entrer dans un studio, faire des programmations, se placer devant le micro et chanter tandis que le technicien manipule les machines et les logiciels pour tenter de mettre les effets jugés par lui appropriés. Il faut une longue préparation, car avec l’absence d’orchestre philarmonique au pays, les programmations imitant ce genre d’orchestre, demandent une expertise adaptée. Ce n’est pas évident de trouver en nos studios d’enregistrement, des techniciens qui savent faire un arrangement dans le domaine de la musique classique. Peu sont également les pianistes qui peuvent jouer à la perfection un accompagnement d’œuvre classique.

Si nous ne réussissons pas les enregistrements audiovisuels dans le domaine du classique, pour ceux qui ont essayé, ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas, mais parce que nous ne prenons pas le temps d’étudier cette partie de la technique du son ; nous ne planifions pas cette activité comme nous pouvons planifier un concert, une fête… Nous nous sous-estimons au point où nous ne prêtons plus attention à nos atouts, et à partir du moment où on n’en tient plus compte, cette désinvolture devient une norme et la norme devient une culture.

Des enregistrements, notamment ceux du Rhumsiki Fako Opera, ont été faits plusieurs fois, mais jamais nous n’avons eu la motivation de les diffuser. C’est pour cela que les opéras de Jules TEUKAM ne sont connus que par ses acteurs et par les gens qui ont eu la possibilité d’assister à ses spectacles. Le grand public de l’audiovisuel ne connaît que les noms « Jules TEUKAM » et « Rhumsiki Fako Opera », mais leurs actions, sont peu connues. Et si nous n’avons pas pu diffuser ces enregistrements, c’est parce qu’ils n’avaient pas suivi une certaine norme ; nous n’avons pas pris assez de temps pour regrouper tous les éléments liés à un tel projet ; nous n’avions ni le matériel, ni les logiciels adéquats ; tout en avouant qu’on n’avait pas les techniciens expérimentés dans le domaine.

Peut-on dire qu’il est possible qu’en ce moment l’enregistrement soit meilleur ? Certes, mais encore avec beaucoup d’humilité de la part des techniciens du studio, beaucoup de professionnalisme de la part des chanteurs, beaucoup d’investissement financier de la part des promoteurs, beaucoup de patience et de collaboration entre tous les acteurs, quant-à ce qu’il y a de la mentalité. Il faudra de même être prêt à accepter la critique arbitrale des spécialistes en la matière et celle des mélomanes.

Pour qu’un tel projet soit possible au Cameroun, puisque n’ayant pas d’instrumentiste du domaine, il va donc falloir s’équiper d’un certain nombre de matériel de studio en rapport avec l’enregistrement classique : – des logiciels offrant une parfaite simulation de tous les registres d’instruments – des expandeurs de bonne qualité pour faciliter les informations entre les instruments digitaux et synthétiques – des logiciels professionnels pour les éditions de partitions, etc. Il faut des techniciens qualifiés ayant une formation au moins dans la musique classique et surtout dans la symphonie et le baroque, une formation en MAO (musique assistée par ordinateur) ; des techniciens qui ont une bonne connaissance sur la prise de son des cuivres et des bois.

C’est un projet qui demande l’expertise d’un chef d’orchestre, des instrumentistes qualifiés voire des concertistes, d’un maître de chant du domaine, des chanteurs (solistes) lyriques qualifiés selon le niveau du Cameroun. Il faut un cadre (studio) approprié à ce type d’enregistrement ; cela demande que l’on fasse quelques études avant de démarrer l’enregistrement au risque de confondre les états d’amplitude et les formes d’acoustique.

L’enregistrement d’un chanteur lyrique n’est donc pas un mystère ; il est le résultat d’un assemblage d’éléments adéquats au contexte. Il ne faut pas se lancer dans cette activité sans avoir eu le temps de la préparer ; et la préparation n’est pas uniquement le chant, mais plus encore dans les arrangements, l’orchestration, les programmations, la prise de son, le mixage et le mastering ; sinon le résultat pourrait être un chiffon à la place d’un brouillon, une clapette à la place d’une maquette. Pourtant il faut oser le faire et trouver le meilleur et la beauté dans le peu qu’on dispose.

Le concert

  

La plupart des artistes du classique au Cameroun, sont comme je l’ai souligné depuis notre 2ème document, issus du catéchisme avec une vocation bénévole. La manière dont les concerts sont réalisés ne s’applique qu’à un milieu ecclésial, tout en essayant d’imiter ceux que l’on voit à travers les chaine TV KTO et d’autres, ou à travers YouTube… Il est donc difficile de réaliser un concert comme des professionnels qui maîtrisent l’art du concert et l’art du spectacle sans avoir un minimum d’informations en le domaine.

Ce que je m’en vais proposer dans ce document est en même temps ma propre expérience et aussi l’étude sur les centaines de concerts enregistrés dans mon disque dur.

Une chose que je me permets de révéler, c’est mon passé dans l’amour du spectacle : J’ai toujours aimé les spectacles de Michael Jackson au point de l’imiter à mon niveau, et si par mon quartier vous passez et entendez quelqu’un m’appeler Michael ou Jackson, ou Jack, sachez que ce n’est pas parce que mon acte de naissance porte l’un de ces noms, mais juste parce que c’était mon surnom jadis par rapport au roi de la pop. Le Roi de la pop Michael Jackson était en effet mon idole dans les années 1990, mais quand j’ai découvert la théorie musicale, le concert classique et l’opéra en 1998, puisque je prends mon premier cours de musique en novembre 1997, je l’ai quitté, bien sûr, en ami.

Des compositions dans la world music, j’en faisais à cette époque-là, en espérant y faire carrière, hélas, la fugue et le contrepoint ont tout pris. J’écrivais donc ma première œuvre classique « Le Seigneur est Eternel et Tout puissant » en 1999, une œuvre qui n’a pu se chanter pour la première fois qu’en 2008 par le Chœur des XX(20), juste parce que moi-même je n’avais pas le niveau pour la jouer, de plus, il fallait trouver un groupe qui accepte chanter l’œuvre d’un petit camerounais…

Le concert classique a une sensation de perfection, on a l’impression d’être en communion avec l’univers, du moins, c’est mon sentiment à moi ainsi que celui de plusieurs personnes qui m’ont pu donner leurs impressions. Pour arriver à procurer cette sensation, l’on se doit de respecter un certain nombre de règles, en notant que l’organisation d’un concert n’a pas de fiche standard, mais il faut nécessairement s’inspirer des généralités avant de mettre sa touche personnelle.

La plupart des concerts classiques organisés au Cameroun, ne reflètent en rien un spectacle digne du prix du billet d’accès mis en vente, quand bien même on a jugé nécessaire de les vendre. Si les gens préfèrent mettre l’entrée libre et gratuite dans ces spectacles, c’est bien parce qu’ils ne s’assoient pas pour faire un état des lieux et d’évaluer les coûts. On ne se rend pas vraiment compte des dépenses que l’on fait lorsqu’on organise un concert ; il n’y a aucune feuille de route, aucun suivi, aucune assise stratégique, rien de professionnel qui puisse donner l’envie à un mécène d’investir s’il en vient à être solliciter.

Ironiquement, la plus grande force du camerounais, c’est sa suffisance et son sophisme. Comme cela se dit vulgairement, « le camerounais connaît trop ». C’est une chose qui se vérifie dans tous les domaines, et l’on espère que cela nous fasse progresser, or il n’y a jamais eu de progrès sans une collaboration entre protagonistes et surtout en s’engageant dans un domaine qu’on ne connaît pas. Un camerounais seul et sans expérience ne peut organiser un concert de grande envergure sans se buter à la médiocrité. Il faut toujours s’accompagner d’une équipe d’organisation même si on n’a pas les moyens de payer des spécialistes en la matière. On ne doit pas se lever le matin et commencer à publier un concert qu’on n’a pas encore mis sur le papier, de même qu’on ne peut solliciter le soutien d’un promoteur sans au préalable avoir évalué et rédigé le projet.

L’organisation d’un concert est un projet qui entre dans l’événementiel d’une communauté ou d’une ville, l’art et la culture y sont mis en exergue. Donc il s’agit d’un événement populaire, peut-être sélectif par rapport au goût du public, mais il est conçu pour animer la communauté. Il ne faut pas le confondre à une fête de mariage, un anniversaire ou des funérailles auxquels, le plus souvent, seuls les membres des familles et quelques amis proches sont conviés. Organiser un concert ne devrait pas être pris à la légère comme cela se fait dans le milieu du classique au Cameroun, et si on veut avoir une place d’élite dans le domaine du spectacle, il va falloir que l’on s’applique à une norme pour un meilleur rendu.

Comme je l’ai souligné dans notre 2ème document, concernant le bénévolat, il n’y a pas plus grande gène dans le monde des affaires que le service gratuit. Et tant que l’église ne fera que des outils d’animation liturgique les choristes, les chanteurs du classique ne sauront jamais quelle est véritablement leur valeur dans la société et dans le monde de la musique. Leurs concerts, bien qu’ils dépensent des sommes 20 fois au-delà de leurs propres revenues, ne seront jamais rentables ni pour eux-mêmes, ni pour l’église, ni pour leurs familles. Car l’objectif premier d’un concert dans une paroisse, dans un temple ou dans un consistoire est celui de servir Dieu à travers le chant, le reste est sans intérêt.

Ne constate-t-on jamais que les choristes, après chaque concert, mettent involontairement une pause, prennent quelques semaines, voire des mois de repos avant de reprendre les activités dans la chorale ? C’est pourtant logique et il faut en être rationnel. Les acteurs d’un concert, qui ont déjà une culture bénévole, sont épuisés et ne peuvent pas continuer sans avoir comblé les manquements qu’ils ont causés ailleurs dans leurs familles, leurs foyers, leurs études, leurs affaires, etc. Ils se sont endettés moralement, académiquement, socialement, pécuniairement, voire conjugalement, et l’église ne peut pas les aider à combler cela, sinon qu’à la promesse du salut. Or s’ils avaient été rémunérés après les concerts, les réactions seraient différentes et même favorables à la communauté.

Il faut se rendre à l’évidence et faire la part des choses. Les choristes du classique peuvent s’imposer dans les affaire s’ils prennent eux-mêmes le temps de voir les choses dans le sens des affaires, dans le sens d’un revenu considérable. Il est vrai que le clergé, très injonctif et parfois égocentrique, ne facilite pas ce côté nourricier de l’homme qu’il prétend à son service. Pourtant, il va falloir de même que l’église tienne compte de la vie de ces serviteurs incontournables avérés inutiles au moment du festin. Ces serviteurs sans salaire qui sont destinés à une retraite sans médaille, parfois à un enterrement primitif, peuvent prospérer et faire prospérer l’église si l’on prend juste la peine de le vouloir.

Pour se faire, il faut commencer par faire payer les concerts organisés dans les paroisses, à défaut, que le clergé se charge lui-même de les organiser et de rémunérer les artistes qui vont prester. Ces concerts peuvent faire gagner des finances supplémentaires à l’église, et peuvent en même temps remettre à niveau le côté humanitaire de cette église. C’est du gagnant-gagnant en terme de pourcentage : les choristes prennent ce qui leur revient et l’Eglise sa part. Qui a donc dit que l’église n’est pas concernée par la lutte contre la pauvreté et le chômage au Cameroun ? Des individus et le gouvernement s’investissent pour elle, mais en retour, l’Eglise ne promet que le salut ! Pourtant elle a la possibilité de créer des sources de revenus pour rémunérer ses quelques ouvriers ; le concert dans une paroisse fait partie de ces moyens financiers.

Animer un culte ou une messe, reste manifestement l’activité qu’un citoyen normal peut considérer comme un devoir humaniste. Mais un concert est une activité contraignante qui suscite de grands moyens pour un rendement excellent. Il s’agit de faire plaisir au public, car ce public n’est pas fait que des gens de la communauté paroissiale, ce sont aussi des mélomanes qui veulent passer du bon temps en suivant en direct des voix qu’ils ont qualifiées d’angéliques. Quand sur l’affiche du concert on a gravé « (…) de Mozart », « (…) de Beethoven », les mélomanes qui s’y connaissent, viendront uniquement pour se régaler des œuvres de ces auteurs. Cela est différent du « Cantique N°(…) page (…) du recueil de (…) » dans un culte, et différent du graduel d’une célébration liturgique qui se veulent naturellement salutaires.

L’organisation d’un concert classique

La première étape dans l’organisation d’un concert classique, consiste à fixer les objectifs, faire une étude de faisabilité, faire l’état des besoins avec devis, monter un projet, planifier les activités. La seconde étape consiste à composer un répertoire si on n’est pas soi-même le compositeur des œuvres à interpréter, réunir les artistes, préparer une équipe d’organisation, déterminer le lieu, la date et l’heure du concert. La troisième étape consiste à la planification des entrainements, la distribution des rôles et des partitions aux artistes (solistes, choristes, instrumentistes, chefs, maîtres, metteurs en scène, chorégraphes, conducteur, etc.). La quatrième étape consiste à trouver le financement, les sponsors, les mécènes, les parrains, etc. La cinquième étape consiste à fixer les dividendes nets pour le payement des artistes et de l’équipe d’organisation. La sixième étape consiste à rendre public l’événement avec des affiches, des tracts, des spots publicitaires dans les médias et les réseaux sociaux, des banderoles si on a l’autorisation et pourquoi pas des plaques publicitaires si on a bon sponsor.

  • La première étape est primordiale, car rien ne peut se faire si l’on n’est pas sûr de le faire. C’est l’étape où l’on établit la feuille de route qui permet de fixer les bases et les aboutissants du projet. Il est en effet important d’instituer un projet si on veut impliquer la communauté des élites, les autorités et les sociétés, car, à part certains hommes d’affaires qui fonctionnent dans l’anonymat, la portée publique demande une certaine crédibilité quand on se veut sérieux dans l’organisation d’un spectacle. Si l’on évite cette étape, cela voudrait simplement dire qu’on ne veut pas impliquer d’autres personnes que soi-même dans l’organisation de son concert, ou qu’on a suffisamment d’argent pour le réaliser et qu’on va juste dicter la conduite.
  • Après avoir fixé les objectifs dans la première étape, il est facile qu’à la deuxième étape, l’on puisse définir la qualité du concert qu’on veut présenter aux gens parmi les nombreuses formes : – concert d’une œuvre entière (opéra, opérette, oratorio, messe, cantate, lied, passion…) – concert des extraits d’œuvres d’un seul auteur – concert des extraits d’œuvres de plusieurs auteurs – concert romantique – concert baroque – concert d’une compilation anthologique – concert des œuvres d’une région ou d’un pays – concert des œuvres du chef ou du compositeur de la présente troupe – concert d’hommage – concert d’accueil – concert pédagogique – concert de fin de stage de formation musicale – concert d’évaluation des musicien – concert pour une fête officielle (nationale ou religieuse), etc. C’est après avoir déterminer la forme de concert que l’on peut savoir quels sont les artistes avec lesquels on peut le réaliser ; on peut savoir quelle salle ou quelle esplanade peut accueillir le genre de concert ; on va choisir une date dont le climat est favorable ; on pourra de même choisir les couleurs et la tenue vestimentaire appropriée. Lorsqu’on a rassemblé toutes les idées sur le concert, on peut donc constituer une équipe d’organisation, celle qui va piloter les activités définies à la première étape.
  • Par la suite, il est possible d’attribuer des rôles selon les compétences de chacun, tout en évitant au maximum de placer les affinités devant ces compétences. Pour réussir un concert, les solistes ne sont pas choisis au hasard ; ils doivent être choisis parmi ceux qui sont préalablement formés dans le belcanto. On ne devrait pas former les solistes lors de la préparation d’un concert, car même les compétences des solistes doivent être prises en compte au moment de composer le répertoire du concert. Il n’est pas bon de se faire un répertoire au-dessus du niveau des solistes de peur de ne pas atteindre suffisamment les objectifs. Il y a même de fortes chances que l’on rate un concert parce qu’il faut, en même temps enseigner le chant aux choristes et aux solistes ; de plus, il faudra donner la technique vocale et la technique de chant particulière aux solistes.

Les solistes doivent en effet, avoir un entrainement particulier, avec plus de rigueur. Si l’on néglige cette aspect du concert, on est loin de savoir ce qu’est réellement un concert. Et cela est pourtant général en Afrique, que l’on en tienne pas compte, et que l’on fasse le concert classique comme des singes qui essaient d’imiter l’homme. Or il n’y a rien de difficile à se mettre dans la norme. Il faut simplement se résoudre à le faire ; escamoter la mentalité du « contenter les faibles ». Ces faibles ne peuvent pourtant grandir que s’il y a une graduation dans le groupe : distinguer les choristes des solistes, les chefs de chœur des chefs d’orchestre, les chefs de voix des maîtres de chant, les accompagnateurs des concertistes, les chorégraphes des metteurs en scène.

Les uns doivent avoir envie d’atteindre le niveau des autres. Le concert étant l’exposition d’un travail assidu, on se doit de présenter au public le meilleur produit de son travail ; il (le public) ne vient pas subir les imperfections d’un chœur, d’un soliste ou d’un chef dans un concert. Ce n’est pas bon que la salle se vide avant la fin d’un concert ; c’est même infernal d’être sur la scène et vivre un tel événement. Il vaudrait encore mieux payer des solistes et des instrumentistes professionnels quand dans sa troupe, il n’y a pas des compétents pour le concert, que d’insister avec des artistes qui ne sont pas à la hauteur de l’évènement, juste parce qu’ils sont membres du groupe.

Ce qu’on se doit de comprendre dans l’événement concert, c’est sa portée : le concert a une portée au-delà de la troupe ou de l’artistes qui le réalise. Plusieurs personnes et plusieurs entités en sont concernées ; chacun, même extrinsèquement y prend quelque notoriété dans un concert réussi : le patron des lieux où le concert est présenté, va se vanter de n’avoir que de meilleures artistes pour son entreprise ou sa paroisse ; les élites de la zone vont hausser les épaules et se vanter d’avoir une localité de génies dans l’art ; et chaque promoteur (mécène, sponsor, parrain, média, réseau), selon son domaine, trouvera satisfaction dans un bon concert, même si financièrement, il n’a pas été recouvert.

  • La quatrième étape montre à quel point le concert est un événement pris au sérieux par plusieurs entités. En sollicitant la contribution des promoteurs, des sponsors et des partenaires, cela signifie que l’on est déjà sûr de réussir à 100%, et que seules les finances et la promotion peuvent manquer pour y parvenir. Il est à cet effet, recommander qu’avant de solliciter un apport financier, l’on ait d’abord sa propre marchandise bonne et déjà consommable. Cela inclus le fait qu’il faut avoir déjà un répertoire dans lequel on va sélectionner les œuvres appropriées. Si on n’a donc pas ce répertoire, il vaudrait mieux faire un chronogramme en deux étapes, la première étant celle de l’apprentissage des œuvres, la deuxième, celle de la préparation du concert.

L’apprentissage des chants ne doit pas être incluse dans la préparation du concert, car la propagande d’un concert commence en même temps que débute sa préparation, et on ne peut faire un spot publicitaire avec une séance d’apprentissage de chants. Le public ciblé pour le concert, doit avoir un avant-goût de ce qu’ils vivront au concert, cet avant-goût qui n’est pas dans « je-je-je-je chan…je chan…je chan…je chan-te…je chan-te…je chan-te…je chan-te-rai… mais simplement dans « je chanterai ». Le mécène, le sponsor et le média, s’ils acceptent participer à un concert, c’est parce qu’ils ont à l’avance assister à au moins une séance de la préparation, ou alors ils ont regardé une vidéo et écouté un enregistrement audio de la troupe. Ils ne pourraient s’engager à une aventure dont ils n’ont pas l’assurance d’une réussite certaine.

  • Lorsqu’un concert est gratuit pour les artistes qui prestent, l’organisateur ne saurait avoir des exigences sur eux, car avec le bénévolat, il suffit que le soliste ou l’instrumentiste sur qui on compte le plus, soit sollicité par son parent, ou qu’il soit bien payé pour une autre prestation, qu’il n’hésite pas à lâcher la troupe. Cela est récurrent dans le milieu du classique au Cameroun. Voilà pourquoi il faut impérativement établir des closes préalables avec le dessein de rémunérer chaque artiste et chaque membre de l’équipe d’organisation. Les promoteurs, les mécènes et les sponsors doivent le savoir, c’est compris dans le budget joint dans le dossier du projet.

Personne ne doit travailler plus de six mois, payant son taxi et son déjeuner, et récolter uniquement des applaudissements ou la fierté d’avoir chanté un concert. Si on n’a pas commencé à donner les frais de transports aux acteurs en début de préparation, il faudra au moins le faire durant les 5 dernières séances avant le concert. Seul l’amour de la musique ne suffit pas à un artiste pour rester dans la musique, il a besoin d’autres motivations, les finances notamment. Si les parents envoyaient leurs enfants à l’école pour l’amour du savoir sans un dessein capitaliste, nous ne serions qu’un peuple pauvre et laxistes, car suffisant dans son savoir. On n’aurait pas pris la peine de créer des emplois.

Les musiciens du classique camerounais sont obligés d’intégrer ce côté capitaliste dans leur fonctionnement. Ils doivent impérativement entrer dans le showbiz s’ils veulent qu’on les compte parmi les secteurs utiles à la culture et l’économie du pays. La rémunération des artistes après un concert suscite des envies de perfection et de professionnalisme. Quand la rémunération ne suit pas une activité, la désinvolture est au rendez-vous de la suivante.

  • L’étape de la propagande est celle qui couvre le reste, car avec cette étape, le public va être au courant de l’événement par : des affiches, on a la possibilité t’atteindre n’importe quel passant ; par des tracts, il y a moyen de persuader soi-même un passant ; avec le billet, on atteint facilement la cible ; avec les médias et les réseaux sociaux, on peut atteindre des milliers de personnes de différentes régions à la fois. De nos jours, il n’y a aucune raison d’en vouloir au public d’être absent à un concert, puisque les moyens de communication en sont multiples et disponibles pour tous et à chaque moment.

Il ne faut pas seulement penser à faire une propagande, il faut aussi penser à qui doit la faire. Le concert qui est une organisation de grande envergure ne doit pas être négligé dans la distribution des rôles. Comme l’a dit le Président Paul BIYA : « L’école aux écoliers et la politique aux politiciens », c’est ainsi que l’on dira qu’à un concert, « l’art aux artistes et le marketing aux marketistes ».

Chacun doit effectivement jouer son rôle et donner le meilleur de lui dans ce rôle. Un artiste qui fait sa propre propagande risque d’être épuisé avant le spectacle ; il n’est pas assez concentré pour donner un meilleur rendement. Il est donc nécessaire de créer une équipe de spécialistes ou d’amateurs, selon ses moyens, qui se charge uniquement de la promotion du concert.

Si j’avais réussi le concert du 3 novembre 2013, à l’occasion de la présentation de quatre de mes dizaines de livres (la Messe Solennelle de la Fraternité, Mater Dei, les grandes Hymnes et les cantiques populaires), c’est parce que ma promotrice Philomène Christiane AYI (de regrettée mémoire) s’était chargée de la promotion en constituant une équipe de spécialistes en la matière, tandis que je m’occupais exclusivement du chant et de la direction. Je puis avouer que c’est le meilleur des concerts que j’ai pu réaliser jusqu’aujourd’hui. Je n’avais par moi-même invité personne, mais la chapelle de la Paroisse Saint Pierre Apôtre de Messamendongo était pleine jusqu’à la mezzanine.

C’est plus avantageux de passer par toutes ces six étapes lorsqu’on organise un concert de chant classique. Là tous les moyens sont réunis pour réussir et créer une émulation dans les mœurs.

Le décor, la mise en scène, la direction et la présentation d’un concert classique.

De longues études ont certainement été faites des siècles durant afin d’aboutir au résultat des concerts que nous avons aujourd’hui, et quelle que soit la personne ou la race qui les a proposés, les décors et les scènes de ces concerts sont un succès. Le Cameroun gagnerait à tout d’abord, se conformer à cette beauté avant de prétendre personnaliser son éthique. Si on a pu adopter un Jésus barbu aux yeux bruns et aux longs cheveux et une Vierge blonde aux cheveux noirs, habits bleus et blancs, ce n’est pas forcément parce que c’était leur morphologie, mais parce qu’on a jugé bon de les simuler à l’absolue beauté humaine de la félicité céleste. C’est cette beauté que l’humanité a adoptée comme apparence des deux entités. C’est cette beauté des concerts là que le camerounais du classique doit adopter.

On ne peut pas contempler un bel objet d’art et vouloir imiter la hideur qui est à côté ; on ne peut non plus apprécier un concept excellent et rester dans son éthique médiocre. C’est comme ces chefs de chœur qui écoutent tous les jours les enregistrements du compositeur liturgiste Lucien DEISS et le dimanche à la messe, interprètent médiocrement ces œuvres sans tenir compte de la vélocité, des nuances et de l’expression, sinon de la beauté qu’ils ont appréciée et vanté aux choristes toute la semaine. Pourtant ils se doivent au préalable, d’essayer de reproduire cette beauté dans leur direction, afin de faire vivre aux fidèles le goût de l’expressivité des œuvres qu’ils ont aimées.

Lorsqu’un compositeur écrit son œuvre, il le fait en donnant un certain esprit qu’il inscrit sur la partition (vitesse, expression, nuances, entrain) ; il faut respecter cet esprit quitte à voir que cela est mauvais avant d’y mettre du sien. Quand en plus, on a la possibilité d’écouter l’enregistrement de l’auteur ou de ceux qui l’ont côtoyé, ou même d’avoir collaboré directement avec lui, il est plus facile de comprendre ses compositions et de mieux les interpréter. Il ne faut pas s’embrigader dans ses connaissances générales de la musique, il faut chercher les sources et les indices, au mieux, analyser la partition pour cerner le contexte afin de reproduire au maximum l’idée de l’auteur.

·        Le décor d’un concert

Il dépend du contexte et des moyens dont on dispose ; mais quels que soient les moyens, il faut prendre le temps de bien organiser son événement.

  • L’habillement des artistes est le premier élément du décor, et les robes de gala et les costumes restent la première idée pour un concert classique. Le classique de l’époque médiéval et de l’époque moderne, il faut qu’on se l’admette, n’est pas africain, même si l’on supposerait que des noirs ont participé à son développement. Vouloir africaniser les vêtements du classique est une bonne chose, mais il faut savoir choisir le modèle et les couleurs ; se centraliser sur la beauté qui doit être le résultat de la forme du spectacle ainsi que les thèmes ressortis sur l’œuvres ou des extraits. Il faut éviter le fanatisme culturel qui voudrait qu’un camerounais paresse africain même en hiver. Pourtant c’est toujours un succès d’avoir pu accéder à la culture de l’autre et de participer à son extension si on la trouve bonne.
  • Le positionnement des artistes sur la scène est le deuxième élément du décor dans un concert classique. Si c’est un opéra, il est clair que l’orchestre est effacé de la scène ; si parfois, on emploie de simples enregistrements instrumentaux pour une comédie musicale, ou que l’on place l’orchestre dans les coulisses, il est aussi possible que l’orchestre d’un opéra soit placé derrière le mur de la scène si l’on n’a pas assez d’espace entre les spectateurs et la scène. Car dans un opéra, seuls les acteurs sont faits pour être vus, à moins que l’orchestre fasse partie de la scène.

Dans un simple concert (oratorio, messe, cantate, extraits d’opéra, etc.), les artistes peuvent se placer de différentes manières, selon le contexte. Dans le contexte du Cameroun, où il n’y a pas d’orchestre philarmonique, on ne peut pas exiger un standing de haut niveau ; mais on peut faire un excellent décor avec le peu d’équipement à notre disposition. Bien que ce n’est pas encore suffisant, on peut dire que cela se fait déjà avec certains groupes laïcs : l’emploi des chaises pour les chanteurs, la présence de plusieurs pianistes imitant un orchestre. Si à ce décor s’ajoutent : une entrée et une sortie sans l’accompagnement d’un pianiste, la position des solistes aux avant-postes, les solistes qui ne chantent pas dans le chœur, le cérémonial de fin de concert (salutations) ; si davantage la régis son se rend invisible ; si on tient compte du genre de lumière projetée sur la scène, nous aurions un meilleur décor.

Le décor d’un concert se conçoit pour mettre en évidence les artistes, leurs instruments et leurs tenues. Le reste des équipements les accompagnent dans la discrétion.

  • La décoration de la scène est le troisième élément du décor, et son exagération peut prêter à confusion, c’est la raison pour laquelle certains préfèrent ne pas s’y engager, et laisser les tenues des artistes et leurs instruments servir de décoration. L’époustouflante beauté céleste des spectacles du célèbre violoniste et chef d’orchestre André RIU, peut donner l’envie à n’importe quel néophyte d’aimer le classique. La précision et l’équilibre de sa décoration provoquent une extase angélique comme si on était dans un paradis des formes et des couleurs. Des lumières au vêtements, des fleurs aux micros, le moindre détail est synchronisé à l’ensemble ; tout cela fait rêver comme dans les films légendaires du réalisateur Peter JACKSON.

C’est cela une décoration dans un concert classique de haut niveau, une rhétorique ornementale, une symphonie luminaire, un poème illustré, sans aucun hasard. Pourtant cette partie du concert semble anodine au Cameroun ; c’est à peine si on y met un accent. Quand bien même on y pense, c’est le jour du concert qu’on va, soit improviser par on ne sait quel divin génie une décoration spontanée, soit faire appel à un décorateur magicien qui va en quelques secondes concevoir un fleurissement scénique à la manière d’une épopée féerique. Et si par hasard cela plait à quelques personnes, on va acclamer et répéter le même scénario au prochain concert.

Bien que cette décoration a semblé belle, il n’en n’est pas moins qu’elle n’avait pas sa place au concert, puisque dans le programme elle n’y figurait pas. C’est pour dire aux organisateurs des concerts classiques camerounais qu’ils doivent davantage prendre conscience du mauvais avantage de l’improvisation d’un élément du décor dans un concert. Il faut tout planifier à l’avance et trouver des spécialistes pour chaque articulation liée à l’événement.

·        La mise en scène d’un concert

Elle prend effet lorsqu’on a déjà placé même de manière abstraite tout le décor. On ne peut commencer à simuler les déplacements des artistes sur la scène si on ne sait pas d’avance où ils vont se placer. Les classiques de mon pays ont tendance à négliger cette aspect de la scène qui demande elle aussi une conception d’amovibilité. Dans un opéra, la scène est théâtrale et plus complexe, on ne peut s’y attarder dans ce document. Dans un concert, bien que ça paraisse simple, il ne faut pas prendre la mise en scène à la légère. Chaque entrée et chaque sortie doit être répéter comme une sorte de chorégraphie.

  • Pour les entrées, les instrumentistes sont généralement les premiers à monter sur la scène, car le programme peut avoir prévu un prélude instrumental ; le chœur suivra si c’est le concert d’un chœur, mais si c’est le concert des solistes, le chœur pourrait faire son entrée qu’au moment où il va intervenir. Dans un concert « TUTTI » Les solistes qui sont la deuxième personnalité d’un concert classique entrent après le chœur ; le chef d’orchestre est la dernière personne à entrer en scène. Il est vrai qu’il peut arriver qu’on ait prévu une entrée du chef avec les solistes, mais nous allons préférer la première suggestion.

Le chœur peut ne pas s’assoir pas immédiatement à son entrée, il peut s’assoir en même temps que les solistes. C’est toujours spectaculaire que le présentateur annonce l’entrée solennelle du chef, ce qu’on n’est pas obligé d’adopter comme une convention. L’entrée du chef doit susciter un certain enthousiasme et un respect de la part des artistes qui se lèvent tous avec entrain comme pour l’accueil d’un chef d’état. Et lorsque le chef salut pour la première fois le public, pour montrer l’importance du souffleur (premier violon ou le claveciniste ou le pianiste) qui peut parfois être son adjoint, il se déplace de son estrade pour lui serrer la main à ce dernier avant de lancer le concert.

Si le concert a un prélude instrumental, tous les chanteurs restent assis au moment de l’exécution de cette fresque. Lorsque le concert commence avec un solo, le chœur et tous les autres solistes restent assis. Si le concert commence avec un chœur, les solistes restent assis. Seul le chanteur en action est debout, et s’il y a donc une lumière de poursuite, celui-ci doit être mis en évidence.

  • Pour les sorties, le classement est presque le même, excepté que le chœur sort en premier, suivit de l’orchestre, et que le chef d’orchestre sort avec ses solistes.

Mais avant de se faire, il y a tout un protocole de salutation qu’il faut suivre. La plupart des gens font saluer le chœur dans son ensemble, parce qu’on suppose qu’ils ne savent pas pourquoi et qui doit saluer le public.

Ce sont les artistes mis en évidence qui font la révérence parce qu’on doit les présenter au public, notamment le chef, les solistes, le souffleur si on veut. Les autres sont un ensemble qu’on ne peut présenter en particulier, cette ensemble joint ses applaudissements au public pendant que les particuliers sont présentés. Le chef peut, dans ces présentations, par des gestes, convoquer les maîtres de l’ombres que sont : le metteur en scène, le décorateur, le chorégraphe, etc. quand cela est a été programmer.

Quand donc ces salutations sont terminées, le maître indique le chemin de sortie au chœur et à l’orchestre ; placé au milieu des artistes phares, il fait un dernier signe pour les inviter à la dernière salutation, puis sort avec eux. Il est possible de faire saluer tous les artistes du concert (le chœur et l’orchestre), mais il faut le faire en bloque c’est-à-dire par voix et par pupître, en les invitant devant la scène pour la révérence, ou en leur faisant lever les mains s’ils restent à leurs places

Cette dernière partie que j’ai appelée le cérémonial de fin de concert, est incontournable dans un concert classique : il crée une certaine émotion en le public et permet que les artistes vident la scène avant que le public ne sorte de la salle. Il faut noter qu’il est important de garder le public en extase après un concert, il doit garder chaque image et chaque mouvement comme un acte scénique, lui donner l’envie d’être à la place des artistes. La bonne fin d’un concert est le début d’un concert à venir pour le public ; c’est en lui un goût d’inachevé, une cadence rompue ou une fin en quinte.

·        La direction d’un concert

Il faut déjà traduire ce qu’est un chef d’orchestre pour savoir le rôle qu’il joue dans la direction d’un concert. Un chef d’orchestre est en effet celui qui dirige tous les artistes sur la scène, il les conduit non pas comme un marionnettiste, mais plutôt comme un guide, un conseiller qui indique la manière dont chaque artiste doit gérer ses sons pour une meilleure harmonie dans l’ensemble. Il est le patron qui est conscient de l’importance de ses collaborateurs ; un patron qui sait que l’absence d’un seul peut causer un préjudice à l’entreprise.

Même quelqu’un qui ne sait pas lire la musique peut en être capable s’il a une connaissance panoramique de l’œuvre. Mais il ne s’agit pas ici d’encourager une certaine médiocrité, puisqu’en nos cas, dans ce document, il s’agit aussi d’une sorte de campagne pour une culture musicale sérieuse ; et quand on se veut sérieux dans un domaine, on est obligé de connaître son côté scientifique.

La direction d’un concert demande une acuité élitiste ; ce n’est pas une partie d’amusement même quand il s’agit de la comédie ; il faut alors se préparer techniquement et substantiellement. Substantiellement parce qu’il faut beaucoup d’énergie à un chef pour créer des émotions dans sa troupe et ne pas convulser lui-même de ces émotions. Sa préparation physique est tel un pratiquant des arts martiaux quand ses gestes devront être des appels à l’apaisement et à la violence. Une formation dans l’art de la direction est requise en ces cas, afin d’acquérir le maximum de règles liées au métier du chef. Le livre du chef de chœur de Pierre KAELIN, avec lequel j’ai travaillé durant toute ma vie de musicien, est pour moi une méthode parfaite pour atteindre une certaine maîtrise sur le domaine. C’est un livre qui, sans le vanter, crée progressivement un certain équilibre technique et psychique en celui qui veut pratiquer le métier de chef ; il enseigne même la décence et l’humilité essence positive d’un chef.

Il ne faut surtout pas se laisser croire que parce qu’on sait solfier et enseigner le chant, ou parce qu’on sait jouer tous les instruments, cela donne à quelqu’un l’étoffe d’un chef de chœur ou d’orchestre. Il faut apprendre ce métier, et l’apprendre sérieusement. Le chef c’est aussi celui qui peut ré-harmoniser et réorchestrer chaque partie d’une œuvre, c’est un excellent compositeur, et si en plus, il excelle à un instrument ou plusieurs, c’est un très grand avantage. Sinon c’est quelqu’un qui doit maîtriser la tessiture, le timbre et la couleur, ainsi que les variantes de chaque instrument dans son orchestre.

Je peux m’arrêter là dans ce document, pour ne pas qu’on se retrouve dans un cours magistral de l’art de la direction.

Le constat est qu’au Cameroun, on ne se soucie pas vraiment du métier de chef de chœur et d’orchestre, et c’est chacun, selon son talent et son essence humaine, qui essaie de bricoler quelque chose qui finit par produire un résultat exemplaire, d’après son entourage. Pourtant, la simple façon de tendre ses bras et d’agripper ou de d’écarquiller ses phalanges révèle la médiocrité d’un chef ; puisque l’on rend tout relatif au Cameroun, personne ne se rend vraiment compte de l’impact de cet état systématique de régression.

Je pense que si davantage on aspire à un résultat élitaire des chefs dans notre pays, il est important pour nous d’entrer dans la convention comme le font déjà les chanteurs lyriques. Ce n’est pas une chose évidente de remettre en cause une méthode qui a été répandue et qui est devenue typique dans un domaine, mais il faut savoir se remettre en question pour se mettre en équilibre.

Le chef dans un concert classique est celui qui donne l’allure, les nuances, la vélocité et l’expression à un morceau ; chacun de ses gestes parle aux artistes qui lui doivent allégeance. Ses mains et son regard invitent les registres à intervenir au temps que cela est prévue sur la partition. Il n’est pas là pour battre la mesure et montrer aux gens qu’il a « bien appris ses leçons » ; il est là pour coordonner l’ensemble en matérialisant l’idée de l’auteur. Il peut remuer les lèvres au rythme de la musique ; il chante les entrées de toutes les voix sans émettre de son. Cela permet aux chanteurs de lire la partition en lui et surtout par sa manière, de percevoir l’expression du chant.

Si les chefs au Cameroun ne s’appliquent pas à la partie expressive du métier de la direction, et s’ils ne s’imposent pas devant leurs artistes (ce qui est très récurrent), c’est parce qu’ils ne se font pas confiance ; s’ils ne se font pas confiance c’est parce qu’ils ne maîtrisent pas réellement les parties que joue chaque instrument. Et s’il y a des musiciens plus aguerris dans l’orchestre par rapport au chef ; là nait le complexe et bonjour le concert médiocre.

Le chef doit donc au maximum s’armer de connaissance dans son domaine, afin de ne pas se laisser influencer par l’élite de son orchestre. Dans un concert, il doit être capable de percevoir l’instrument ou le chanteur qui détone, et savoir l’arrêter sans frustration. Il doit être capable de régler le son dans une console de près ou de loin ; il sait quel chanteur doit être proche du micro et le quel des chanteurs doit se placer devant l’autre. C’est lui-même qui classe ses artistes selon qu’il peut les contrôler dans son ensemble. Ce qui veut dire qu’il peut décider de placer les sopranos à droite, les altos à gauche et les voix d’hommes au milieu, car il sait ce qu’il recherche dans son concert. Cependant, il ne s’agit pas pour lui de le faire subir à ses artistes comme des subalternes qui exécutent des ordres ; il a ainsi le devoir d’expliquer cette méthode à ces artistes et de la leur faire aimer, afin qu’ils se sentent à l’aise dans le concert.

Le chef est donc un communicateur et un pédagogue qui éviter d’être un tyran ou un pédant ; rien ne lui échappe, il transcende toute situation désagréable et le transforme en humour s’il le faut. Qu’à la préparation du concert, il crée une ambiance conviviale toute en gardant sa rigueur indéfectible. Il vérifie chaque partition avant de les distribuer aux artistes, indique lui-même les parties sensibles sur lesquelles il peut se permettre de marquer. C’est lors des répétitions que tout le concert se joue pour lui : toute sa gestuelle, toute son expression, toute sa rigueur et toute la perfection de l’interprétation doivent être mises en vigueur. Si tout cela est bien fait, le concert sera léger et donnera l’impression d’un play-back.

Le chef dans un concert doit exclure le décompte dans sa direction ; ce n’est ni élégant, ni beau, ni artistique, ni professionnel, ni ingénieux de compter les 1-2-3-4 qu’on appelle vulgairement « mesure à vide » ; c’est un geste archaïque et de trop dans l’exécution d’un morceau. Cela peut se faire dans les musique de l’armée, mais dans un orchestre philharmonique, ou même dans un choral, ce geste doit être banni, à moins que ce soit de la comédie.

Dans un concert classique, le chef est le seul à saluer le public en début de spectacle. Cependant, si c’est un concert des solistes qui viennent tour à tour en scène, il est là évident que chacun d’eux saluera à son entrée et à sa sortie de scène. Pour l’idéal, le chef, à la fin du concert, est celui qui dirige le cérémonial : c’est lui qui invite les artistes à la salutation et c’est lui qui leur indique la sortie.

·        La présentation d’un concert classique

La première des choses à savoir c’est la différence entre un présentateur et un commentateur. La présentation ici c’est faire part de ou faire connaître quelque chose à quelqu’un dans tous ces paramètres (concept, image, objectif, histoire, perspective, fonctionnement, etc.). Faire un commentaire dans un concert c’est décrire chaque mouvement, chaque action, chaque objet présent sur la scène, tout en évoquant de temps à autre l’historique, ceci en même temps que se déroule le concert.

A ce sujet il faut en être rigoureux : la présentation d’un concert n’est pas une description des mouvements, mais un énoncé des articulations de ce concert. Les camerounais doivent se mettre au travail pour une meilleure présentation de concert classique. Le présentateur qu’on appelle abusivement impresario n’est pas le maître de cérémonie, et encore moins un artiste dans le concert. Il est comme le garde-annonçant, quand il faut annoncer un artiste, mais il est plus un modérateur qui, au début, présente le concept, énonce les articulations, fait un petit historique sur les artistes et l’œuvre, présente quelques objectifs, fait quelques rappels sur les documents distribués à l’auditoire et si nécessaire, annonce les entrées des artistes sans faire de commentaire. Il cesse de parler quand il a annoncé l’entrée du chef, ou quand il a annoncé le soliste, cas du récital, parce que c’est là en effet que commence le concert ; tout élément qui n’est pas prévu dans le concert n’a plus sa place en ce moment.

Le présentateur reprend la parole au milieu du concert si et seulement s’il y a quelque chose ou une personne particulière à annoncer, quand cela a été ainsi programmé. Ne rien improviser dans un concert, car le décor seul dans une scène est déjà agréable à voir, et tout ajout sporadique peut créer une lourdeur aux yeux et aux oreilles d’un public avisé. Il doit également avoir une connaissance en musique, une parfaite connaissance du groupe ou de l’orchestre qu’il accompagne, ainsi qu’une connaissance historique et philosophique des œuvres et leurs auteurs. Il doit prendre part aux répétitions afin de connaître les enjeux ; répéter ses interventions mot pour mot s’il le faut.

La présentation d’un concert classique n’est pas l’exhibition d’une langue ou de la littérature ; il ne s’agit pas d’un concours de beauté où l’on va vanter les chaussures et les robes des mannequins ; ce n’est pas non plus une affaire de famille où l’on va décrire sa relation étroite avec les artistes. Il est simplement question de motiver le public à contempler l’exposition de l’objet d’art que sont les artistes, leurs voix et leurs instruments. Donc présenter les artistes dans un concert comme ses amis et ses frères, est déjà une faute dans la présentation d’un concert. Le public qui doit voir les artistes comme un mystère peut s’embrigader dans la propagande et commencer à regarder ces artistes à travers le présentateur, qui dans une sorte de narcissisme s’implique maladroitement dans la formation des artistes.

Le présentateur est comme un garde-annonçant ; quand il n’a plus rien à annoncer, il ne parle plus et laisse se dérouler le concert sans aucun commentaire. Il n’a strictement rien à dire lors du cérémonial de fin de concert. Comme cela est dit plus haut, seul le chef est le coordonnateur de cette partie.

Il faut noter qu’un concert classique peut aussi se dérouler sans un présentateur. Pour se faire, l’organisation du concert doit avoir préparer les documents guides pour le public (livret, feuillet de chronogramme, prospectus qui présente les artistes et l’ordre des chants). Cependant, il ne faut pas négliger l’apport d’un présentateur et se le proscrire juste parce qu’on en a envie. C’est aussi un animateur qui peut corriger les erreurs d’un concert en les justifiant pour appeler à la tolérance de l’auditoire.

Cas particulier des concerts des solistes ou récitals

La particularité d’un concert lyrique au Cameroun est qu’il n’a pas besoin de beaucoup de matériel et beaucoup d’instrument sur la scène. Mais si on tient à entrer dans la classe des concerts d’élite, on gagnerait à commencer le même procédé d’orchestration que celui des concerts des chœurs, ceci tant qu’on n’a pas encore les moyens d’avoir un orchestre philharmonique.

Le domaine du récital relève d’un esprit d’artiste un peu plus élevé ; le fait de se retrouver seul à chanter sur la scène avec un orchestre ou seulement un pianiste, n’est pas vraiment aisé tel qu’on le croit, sinon nous aurions plus d’un millier de chanteurs lyriques au Cameroun au regard de toutes les belles voix qu’on retrouve dans les chœurs classiques. L’effet de masse qui couvre des lacunes, couvre aussi bien des talents qui ont peur d’affronter le célibat scénique.

C’est en affrontant le récital que l’on sait si une voix peut ou non être lyrique, qu’elle peut chanter l’opéra, l’oratorio, ou qu’elle doit faire le cabaret. La justesse qu’incarne le chanteur lyrique fait de lui, parmi les chanteurs, une personne mystérieuse. C’est la raison pour laquelle il est facile de se rendre compte qu’un belcantiste a mal chanté ou que le pianiste a mal accompagné. Le dialogue entre les deux artistes est de complicité ; une harmonie parfaite comme deux amis d’enfance, ou comme dans un rapport sexuel (que l’on me permette cette comparaison) : le pianiste connait toutes les phrases mélodiques du chanteur et le chanteur connait tous les interludes du pianiste ; les improvisations que l’un fait sont parfois les idées de l’autre ; les erreurs que l’un fait l’autre les prend pour des fioritures.

Voilà pourquoi il faut longtemps s’entrainer avec un pianiste avant un récital. Si on n’a pas l’opportunité d’en avoir à sa disposition et que l’on est invité à participer à un concert (très récurrent), le soliste doit absolument rencontrer le pianiste avant d’entrer en scène ; c’est impératif parce qu’il y a des choses essentielles sur lesquelles ils doivent s’accorder ; des choses telles que : la vitesse, la tonalité, les articulations ou expressions, les ornements, signaler les lacunes s’il y en a, etc. Etre en accord avec son pianiste met le soliste en confiance, et c’est moins contraignant pour le pianiste lui-même, parce qu’il ne sera pas surpris par l’interprétation tant bien que mal du soliste ; il est avisé de toutes les différences apportées à la partition par le chanteur.

Ce qui dérange dans les concerts lyriques au Cameroun

Si les concerts lyriques au Cameroun n’ont pas une grande réputation, c’est d’abord parce que ces concerts sont tous organisés dans des lieux sélectifs (Centres culturels étrangers, chapelles, grands hôtels). Et ces lieux semblent étroits pour espérer un grand auditoire et les gens semblent les voir comme un paradis ou un enfer auquel ils n’ont pas droit. Pourtant les concerts organisés dans les salles de fêtes produisent plus de spectateurs, avec une sensibilisation à grande échelle.

Il y a une forte confusion dans les concerts lyriques au Cameroun qui est tel que ces concerts ont très souvent des fins soit moroses, soit religieuses, soit comme un concours de beauté, soit alors comme une conférence ou une interview. Une fin morose parce que l’auditoire n’a pas été satisfait de la prestation à cause d’un répertoire inapproprié ; religieuse parce qu’on a tendance à les terminer avec une prière comme dans un concert de paroisse ; concours de beauté parce que le présentateur à la fin d’un concert, a présenté les chanteurs en parlant de leurs chaussures, de leurs coiffures avec le salon qui les a coiffés, de leurs maquillages et tout ce que comprend un concours au mannequinat ; conférence ou interview quand le présentateur retient les chanteurs pour les interroger sur leurs impressions, sur le déroulement des répétitions, donc un instant qui tourne à une émission télé star. Tout cela est une chose de trop dans un concert, cette manière de s’appliquer dans les imprévus relève du primitif avec une illusion d’ingéniosité.

Une autre confusion est tel que les chanteurs lyriques se renferment dans un complexe irrationnel pour un concert ; ce complexe qui est de vouloir à tout prix démontrer qu’ils maîtrisent le fonctionnement de l’art lyrique et l’opéra. Le fait de ne pas utiliser les micros dans un concert à notre époque, de surcroît dans une salle hermétique (insonore), est complètement absurde. Un concert public n’est pas un examen même quand c’est une évaluation. Le concert est préparé pour le public, pour faire plaisir à ce public et non pas pour soi-même ; non plus pour démontrer que les voix lyriques peuvent porter au loin sans micro. Il ne faut pas confondre un concert à une audition dans laquelle on recherche évidemment vos capacités vocales. Si les gens au fond de la salle n’entendent pas le chanteur au même décibel que ceux qui sont proches du podium, alors le concert est en partie un échec, car dans un concert, les spectateurs, bien qu’il n’est pas évident d’avoir la même vue, doivent se conforter dans la même intensité du son. Voilà pourquoi on répand généralement les baffles dans toute la salle.

Sans le micro, le chanteur lui-même dépense beaucoup d’énergie, il ne peut pas tenir seul 45 minutes de chant. De plus, au Cameroun, aucun chanteur lyrique local n’a reçu une formation de chanteur d’opéra pour avoir la capacité de tenir un long concert. Il faut donc se rendre à l’évidence en ne se défiant pas soi-même dans un concert, mais en se donnant les moyens de réussir son concert au plaisir du public venu raviver ses joies. Organiser un concert n’est pas aisé, mais l’organiser pour ne pas être à l’aise sur la scène est un conflit sur soi-même ; c’est comme célébrer son mariage avec une chaussure qu’on sait au préalable qu’elle va nous serrer les pieds, et qu’on l’a achetée juste parce que c’est la chaussure des mariages.

La sonorisation d’un concert

Voilà un accessoire du concert classique qu’on a tendance à négliger. Maladroitement appelé DJ, le régisseur de son dans un concert n’est pas un mercenaire ; il est une partie intégrante de l’événement. Je ne vais pas rappeler ici son rôle, au risque de paraître pédant. Mais avec ce que l’on vit dans les concerts classiques, il y a lieu de faire une escale.

La plupart de ces régisseurs confondent en récurrence les concerts aux fêtes de mariage et autres galas, quand parfois ils ne se soucient pas du genre de matériel qu’ils doivent installer pour un concert : – des micros insuffisants parfois sans pile ou avec des câbles qui grésillent – une console de discothèque avec seulement quelques six pistes pour un concert qui demande au moins huit micros, des jacks des instruments – l’installation des appareils qui débute à moins d’une heure du concert et la balance qui se fait jusqu’à une heure après le supposé début du concert, en présence des spectateurs. Pour couronner la fatalité, quand il espère avoir terminé son boulot, il va se taper une bonne bouteille de bière dans un bar quelque part tandis que les artistes vont vivre des misères avec sa sono qui produit des larcins au moindre mezzo forte et qu’en même temps, le chef va se démerder à placer lui-même les micros devant ses chanteurs. Une scène médiocre digne de chimpanzés imitant un pasteur.

La régis son n’est pas un domaine à prendre à la légère dans un concert ; quelle que soit la performance des artistes, si la sonorisation ne retransmet pas fidèlement et efficacement le son produit par des chanteurs et des instruments, peu s’en faut pour que l’auditoire exècre ce concert. Il est vrai que le manque de moyen fait que l’on ne soit pas exigeant, mais il est important de ne pas négliger cet aspect. Dans un concert, on fait venir des centaines de personnes, et c’est là des centaines de sensibilités différentes ; la satisfaction qu’on doit donner à ces gens c’est le juste milieu. Si elle est parfaite (objectif visé), c’est tant mieux et on dira qu’on est formidable. Sauf que si le « transistor » qu’est la sonorisation est de mauvaise qualité, c’est automatique : la prestation est médiocre point final

Chers amis artistes du classique de mon pays, le concert est un événement heureux même quand il est organisé à l’occasion d’un évènement funeste. C’est comme un match de football : même si un joueur meurt au courant du jeu, quand vient le but, on jubile. Rien n’explique que nous ne comprenions pas cela depuis que nous sommes plongés dedans ; rien ne coûte d’améliorer notre qualité de concert et d’investir notre ingéniosité en ce domaine. L’imitation doit être comme un apprentissage et non pas comme une aliénation. Prenons le temps de regarder les concerts des gens que nous imitons ; prenons vraiment le temps d’observer ; prenons le temps de lire les documents liés au contexte. Nous imitons très mal les gens.

Comprenons que dans l’imitation, il ne s’agit pas de devenir celui qui est notre icône, il s’agit de s’informer de ce qu’il faut faire, comment il faut le faire, et surtout le résultat que cela va donner. Lorsqu’on imite quelqu’un pour être lui, il y a là lieu de paraphraser MC Solar : « L’imitation égale limitation ». On est effectivement en ces cas limités, car on n’arrive pas à se créer sa propre identité qu’à promouvoir l’autre. Il y en a qui se font appeler « Pavarotti », « Bocelli », « Maria Callas », « Domingo », etc. Comment pourra-t-on connaître « ENGOLA ESSAMA », « TEUKAM », si on se fait appeler « HAENDEL ou BACH » ? Il est vrai que c’est un phénomène généralisé au Cameroun : aduler une chose ou une personne au point de s’identifier à elle ; quand dans les championnats on retrouve « FC Barcelone », « Milan AC », pour identifier les équipes de nos quartiers. Or le nom du quartier peut aussi, par ses victoires, être populaire et gagner en infrastructures si on en parle.

Prenons le temps d’organiser les concerts, tout en sachant que tout le monde ne peut pas organiser un concert qui se veut rentable pécuniairement et culturellement. Il faut bien qu’on apprenne à dissocier les rôles d’organisateur et d’artiste en confiant l’organisation à des spécialistes pour se concentrer soi-même dans ses partitions et ses techniques.

Retenons que le concert est d’abord un projet qu’il faut mettre sur écrit. Il faut tout mettre sur du papier afin de mieux planifier la réalisation de cet événement. C’est dans ce projet qu’on émet des idées, qu’on fixe les objectifs, qu’on construit le concept, qu’on coopte des personnes avec qui on va travailler, qu’on élabore un plan d’action, qu’on conçoit un bizness plan, etc. Sans un projet, on évolue comme des moutons sans berger, on est comme les hébreux qui font 40 ans sur une distance de moins 400 kilomètres, parce qu’ils ne savent pas là où ils vont, ce qu’ils doivent faire et comment ils doivent le faire, parce qu’un seul homme connaît l’itinéraire et les connaît en lui. C’est le résultat d’organiser un grand événement sans l’ériger en projet : la vision est unilatérale.

Il faut donc écrire le moindre détail, je dis bien le moindre détail, et je répète LE MOINDRE DETAIL du déroulement de son concert afin d’éviter de faire des improvisations dans les improvisations. Le concept classique en lui-même relève du domaine intellectuel, ce qui veut dire qu’il faut avoir une maîtrise d’un bon nombre d’éléments du domaine ; et avoir la maîtrise veut dire qu’on a appris, qu’on a lu, qu’on a fait des essaies et qu’on est maintenant capable. Si on est donc capable d’organiser un concert classique, c’est qu’on sait qu’il faut :

  • Concevoir une feuille de route sur tous les plans (technique, artistique, logistique et promotionnel)
  • Faire un budget détaillé à partir des éléments recueillis sur la feuille de route
  • Concevoir (dessiner) la scène et indiquer les attitudes
  • Préparer une fiche technique pour l’utilisation du matériel
  • Refaire (dessiner) le plan de la salle
  • Constituer une équipe d’organisation
  • Partitionner les commissions
  • Préparer et tenir des réunions
  • Sélectionner et rassembler les artistes
  • Préparer les outils de communication
  • Arrêter un répertoire
  • Organiser les répétitions et les mises en scène
  • Préparer l’archivage (digital, audiovisuel, diapositive, etc.)
  • Préparer la présentation

Organiser un concert c’est vouloir réaliser son rêve ; quand on le met sur écrit c’est permettre aux autres de vivre ton rêve ; et s’il est beau ce rêve, ils voudraient rêver avec toi. Si le peu que nous avons-nous a permis d’avoir un certain niveau dans le domaine du classique, c’est parce que nous avons eu l’amour et la volonté de le faire, et si à cette volonté nous ajoutons nos capacités techniques et intellectuelles, il y a lieu de croire que nous pourrions réaliser des concerts inédits. Les spectacles du Rhumsiki Fako Opera en sont l’exemple, c’est dommage qu’on n’ait pas pu les archiver dans de meilleures conditions ; sans vantardise, les concerts du Chœur des XX(20) sont un autre exemple dans le décor et dans l’organisation en général.

Révolutionnons nos prestations avec le peu d’éléments en notre possession, sans nous charger outre mesure, tout en admettant que seul le travail d’équipe a de meilleurs résultats. C’est en sachant utiliser peu qu’on nous confie beaucoup.

 Je ne peux manquer de saluer respectueusement les belcantistes Camerounais Suzanne TAFFOT (soprano), premier prix des catégorie « Mélodie et Lieder » et deuxième prix de la catégorie « Opéra », Maurel ENDONG MOUOSSEU (baryton), troisième prix de la catégorie « Opéra », Arnaud B. FONGUEN KONG-NGOH (ténor), premier prix de l’air en langue africaine avec le titre « Asii jam », extrait de l’opéra « LA SAMBA DE MANGA » de Jules TEUKAM, tous participants et lauréats au Concours des Grandes Voix Lyriques d’Afrique d’avril 2022.

C’est là encore une preuve que les chanteurs lyriques du Cameroun et formés par des camerounais ont un bon niveau qu’il faut pour parler d’eux. Hormis la méprise à l’égard de ces artistes et leurs formateurs, le Cameroun peut en être fier. Et si par la construction d’infrastructures relatives au domaine, les acteurs sont encouragés ; si les artistes décident eux-mêmes de faire carrière et qu’ils sont soutenues par les institutions de tutelle, alors, on verra l’aurore du lyrique et du grand classique paraître à l’horizon de l’art et de la culture.

Je pourrais paraître maladroit, bien que je préfère l’être en ces temps où le monde est en ébullition avec des guerres d’intérêts de-ci-et-là. Peut-être faut-il que des gens lisent encore mieux l’histoire du monde et surtout « des invasions des colonisateurs et des esclavagistes » pour qu’en nos référents on puisse mesurer la portées d’une propagande culturelle, et la portée d’une déportation intellectuelle. Je ne puis m’égarer à une réprimande culturelle quant-à l’initiative européenne de promouvoir en exhibition mondiale le talent africain du lyrique, en un concours au combien salutaire ; mais qu’à mon sens, je trouve rétrograde.

Sans jamais à vous de me soupçonner un sournois afrocentrisme, je ne complais qu’à l’essence culturelle, au patrimoine de l’Afrique, et me contraint dans une exclamation interrogative de l’indifférence marginale combien rétrograde de l’élite africaine en ce domaine lyrique. Sauf méprise de ma part, une interrogation trouve son lieu en nos contextes, et donc : Que ne peut-il pas faire de lui-même, l’Africain, pour qu’en ces temps encore l’Européen en soit le seul juge ?

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Nous allons tenter au prochain document un bref exposé dans l’interrogation ci-dessus.

Nous allons clôturer notre première série de documents sur l’art lyrique et le classique au Cameroun dans une extension sur les teneurs du domaine en l’occurrences, les chefs de chœurs, les pianistes-organistes ou homme-orchestre, les compositeurs, les groupes élites, les pédagogues et les écoles.

Nous allons exposer en quelques lignes le fonctionnement administratif, pédagogique, artistique et socioculturel de l’Association musicale Chœur des XX(20).

Enfin, dans la mesure du possible, nous allons organiser des assises dont l’issue sera : d’évaluer les prérequis sur tous les plans des investissements informellement engagés dans le domaine du classique depuis les années 1980 au Cameroun ; de faire des propositions pour une systématisation du domaine de l’art lyrique et du classique en général ; de montrer aux institutions de tutelle, la portée socioculturelle et les intérêts socioéconomiques, contribution de la musique classique, l’art lyrique et l’opéra camerounais.

Toute ma gratitude à Alice PRISO pour ses ajustements

Mes amitiés au pianiste concertiste Simon Pierre NDOYE pour sa critique et le relais à travers les forums.

Julien ENGOLA, Pianiste accompagnateur, Encadreur et promoteur autodidacte des chanteurs lyriques.