[Tribune] Rhoméo Mbadzama Awono : « Le mirage de la Mirap… »

Dans une tribune parvenue à notre rédaction, le Diplômé IRIC (Contentieux International), propose une réflexion sur la Mirap. Pour l’ancien stagiaire aux Bureaux des Procureurs du TPIR-Arusha & de la CPI-La Haye, cette structure est un mirage.

Le magasin de la Mirap - DR

Lebledparle.com vous propose le texte intégral.

En février 2008, le Cameroun a failli s’embraser sous un élan de mécontentement populaire que la rhétorique politique a qualifié d’émeutes de la faim. Après une sortie d’autorité du président de la République, l’ordre était revenu et rétablit dans la Cité. En 2011, cet ordre républicain s’est accompagné d’un train de mesures salvatrices visant à combattre les soucis alimentaires des populations d’ici, au Berceau de nos Ancêtres. Dans le sillage de ces opportunités offertes par le chef de l’État, il se trouve la ferme volonté du premier magistrat de gaver le pays de beaucoup de nourritures, d’en constituer un stock de sécurité, de les mettre à la disposition du grand public, à portée des masses populaires en cas de besoin. D’où la création de la Mirap (Mission de régulation des approvisionnements des produits de grande consommation), par décret n° 2011/019 du 1er février 2011.

A l’origine, la Mission est présentée comme un établissement public de type particulier, doté de la personnalité juridique et jouissant d’une autonomie financière. Davantage même, son texte de création lui attribue des capacités d’alerte, d’achat, d’importation et de stockage de nos produits de grande consommation en vue d’un approvisionnement des marchés locaux dans les meilleures conditions.  Dans ces bienheureuses et bienfaisantes perspectives, un partenariat est scellé entre les ministères sectoriels du commerce (au plan technique), et des finances (au plan logistique). Ce partenariat, pour des résultats plus efficients, est par ailleurs consolidé par l’apport de plusieurs autres structures catégorielles à l’instar des ministères de l’élevage et des industries animales, de l’agriculture, des pêches, des forêts, de la Chambre de commerce.

Seulement, les indicateurs-clefs sur les marchés périodiques de référence semblent muets jusqu’à date. Que se passe-t-il ? Pour ne pas rassurer, l’état d’activités sur les marchés forains reste encore attendu. Bien plus, qu’en est-il du nombre de villes couvertes ? Dans le même ordre d’idées, on pourrait se demander si la Mirap a constitué déjà le stock de sécurité alimentaire conséquent attendu. Si oui, quel est-il ? L’augmentation criarde et ahurissante des prix de produits de grande consommation sur les marchés pousse à l’obligation de réserve au sujet des activités effectives de la Mirap. Serait-il malintentionné de s’en préoccuper ? Où se trouvent donc les magasins témoins de vente de ces produits de grande consommation prévus dans le décret sus cité ? L’animation des marchés périodiques et forains est-elle concrète ? Quelle en est la visibilité au moment où des plaintes entières sont enregistrées quant à la cherté actuelle de la vie des ménages ? Bien évidemment, il faut rendre compte.

Et, il revient à la Mirap d’informer le président de la République de manière régulière sur l’évolution des stocks des produits de grande consommation disponibles sur le marché national, ainsi que sur l’évolution des cours sur les marchés internationaux. Nous sommes curieux de savoir le contenu du dernier rapport à lui adressé, surtout en ce qui concerne la réalité des réserves en termes de stocks sécuritaires. La Mission a-t-elle relayé fidèlement au président Biya que les ménages crient famine depuis plusieurs mois déjà ? La curiosité dans ces divers espaces mercantiles de la Mirap accule à s’interroger pourquoi les produits vendus semblent y coûter plus chers que dans les marchés ordinaires. Pourrait-on nous expliquer les raisons pour lesquelles, dans ces manchés-là, les produits de grande consommation seraient achetés au-dessus des prix pratiqués sur les marchés de tous les jours ? Mais de quoi pourrait-il s’agir en réalité ?

Des marchés, les femmes reviennent avec des paniers toujours désemplis. Quand ils sont garnis, on s’en s’inquiète. Et pour cause ? Ces bouchers, hélas, qui convoitent nos épouses pour un kilo de viande de bœuf supplémentaire, ce n’est pas une vue de l’esprit. Ces marchands qui entreprennent de séduire les femmes à cause d’une poignée de riz, ce ne sont pas que des histoires de queue-de-chat. Une ménagère qui se rendrait au marché, ces jours-ci, avec un porte-monnaie éthéré est une femme désormais fragile, fragilisée ; je la conçois autant comme une victime future de ces niais commerçants. On le voit, pour une arête de poisson, un ménage pourrait voler en éclats. Et ce n’est pas un mirage. /-

Rhoméo Mbadzama Awono

 

Newsletter :
Déjà plus de 8000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Le Bled Parle à ne pas manquer !



abonnement gratuit lebledparleX