[Tribune] Richard Makon : « Les dictateurs et leurs putschistes sont généralement du même acabit »

Le colonel Mamady Doumbouya, commandant des forces spéciales de l'armée guinéenne, a annoncé dimanche 5 septembre à la radio-télévision nationale la RTG, avoir arrêté le président Alpha Condé et suspendu la Constitution.  Dans une tribune publiée sur la toile, l’universitaire Richard Makon, fait une analyse sur le « renouveau » des coups d’Etats en Afrique et montre clairement que c’est la population qui paye l’addition.

Alpha Condé arrêté par les militaires - capture photo

Lebledparle.com vous propose le texte intégral.

À PROPOS DU "RENOUVEAU" DES COUPS D'ÉTAT EN AFRIQUE...

Il convient d'emblée de souligner l'extrême banalité des coups d'Etat en Afrique, tant le phénomène connaît un véritable "Renouveau", après les séquences particulièrement sanglantes des années 70 à 90. Et la facilité avec laquelle ces coups d'Etat se réalise de nos jours fait des émules... on doit donc s'attendre à ce que le phénomène connaisse une aggravation !

S'il y a un phénomène nouveau dans ces remises en cause des institutions étatiques et de l'ordre constitutionnel, c'est premièrement le soucis de justification du coup d'Etat, qui intervient toujours selon leurs auteurs pour sauver les institutions et l'ordre constitutionnel des dérives dictatoriales du président et de son clan, et libérer le peuple de la misère et de l'oppression.

C'est deuxièmement l'effort notable d'"humanisation" de ces coups d'Etat qui se mènent globalement aujourd'hui avec le soucis pour leurs auteurs et commanditaires de minimiser au grand maximum le nombre de pertes en vie humaines.

Ce sont des coups d'Etat un peu "démocratiques" quoi...

Cela traduit au moins deux (02) choses: la première est le niveau de préparation des auteurs et des commanditaires qui ne laissent plus aucun aspect au hasard ; la seconde, c'est l'inclinaison au laissez-faire de forces de défense du dernier carré(surtout des gardes présidentielles et assimilées) qui déposent les armes face à leurs frères d'arme sans se battre, et qui ne veulent plus perdre leur vie pour des "dictateurs".

Mais ce qui reste également constant aujourd'hui, c'est l'acquiescement systématique (ou les condamnations molles) de la "communauté internationale" après un coup d'Etat en Afrique.

Quelques heures après son avènement, les premiers États à communiquer "condamnent fermement ce coup de force contre les institutions et la République" et exigent "un retour à l'ordre constitutionnel dans de plus brefs délais de même que la sauvegarde des intérêts des partenaires bilatéraux et multilatéraux".

C'est en réalité la fenêtre ouverte pour toutes les formes de renégociation de leurs intérêts politiques, économiques et géostratégiques avec le pouvoir militaire de transition, qui va rapidement annoncer une période de transition (qui sera trouvée trop longue et discutée avec une partie molle de l'opposition et de la société civile) et des élections présidentielles pour clore cette séquence et permettre un retour à l'ordre constitutionnel dans les dix-huit (18) mois environ.

Le nouveau scénario  des coups d'Etat en Afrique est donc bien rodé, et les cas Guinéen et suivants nous le confirmeront.

Malheureusement s'il est incontestable que certains coups d'Etat sont utiles, on est au regret de relever que l'on assiste le plus souvent à la dégradation des conditions politiques, économiques et sociales des pays qui les hébergent.

Les dictateurs et leurs putschistes (le plus souvent une aristocratie militaire) sont généralement du même acabit, même pipe même tabac, et à la fin ce sont toujours les peuples qui payent l'addition !

À croire que l'Afrique est maudite...