[Tribune] Cyrille Rolande Bechon : « Le gouvernement doit lever la suspension de Médecins Sans Frontières » au Nord-Ouest

Suspendue d’activités sur le territoire national par le Ministère de l'administration territoriale depuis six mois, pour « financement à outrance et fourniture des armes aux terroristes dans le Nord-Ouest », Cyrille Rolande Bechon, Directrice exécutive de l'Ong Nouveau Droit de l'homme Cameroun a commis un texte pour demander la levée de suspension de l'organisation Medecins Sans Frontières (MSF).

Cyrille Rolande Bechon, Directrice exécutive NDH Cameroun - DR

Lebledparle.com vous propose l’intégralité du texte.

La suspension des activités de Médecins Sans Frontières

La suspension des activités de MSF  dans la région du Nord-Ouest par le gouvernement du Cameroun est une violation des droits de l’homme. Le statut du conflit sur lequel le gouvernement camerounais continue d’entretenir de l’ambiguïté ne saurait empêcher d’arriver à cette conclusion car qu’il s’agisse d’une situation normale où le Droit international des droits de l’homme s’appliquerait ou une situation de conflit armé où l’on appliquerait le Droit international humanitaire, il s’agit d’un acte qui viole les droits humains. En réalité, même si la suspension du Gouvernement s’avérait fondée, il aurait fallu qu’il prenne des mesures urgentes pour pallier à l’absence de soins de santé que devait créer le départ de cette organisation humanitaire.

Il faut dire que la région du Nord-Ouest dont s’agit est en proie en un conflit armé avec des groupes armés séparatistes très actifs sur le terrain, induisant donc une situation de belligérance impliquant les forces armées étatiques, les groupes armés non étatiques et une population civile. Ce qui nous suggère une utilisation et une application du droit international humanitaire qui non seulement protège les populations civiles, mais aussi et surtout protège l’accès aux soins pour toutes les parties. Il précise en l’occurrence que toutes les parties à un conflit doivent veiller à ce que les blessés et malades reçoivent des soins médicaux appropriés, dans toute la mesure du possible et dans les délais les plus brefs. Il rappelle aussi que les blessés et malades doivent être traités sans discrimination et ne pas faire l'objet d'aucune distinction fondée sur des critères autres que médicaux.

En ce qui concerne la fourniture de soins, les parties à un conflit armé ne doivent pas entraver la fourniture de soins en empêchant le passage du personnel sanitaire. Elles doivent faciliter à celui-ci l’accès aux blessés et malades, et lui assurer l’assistance et la protection nécessaires. De plus, le personnel sanitaire ne pourra pas être puni pour avoir prodigué des soins de manière impartiale. Dans la même veine, les parties à un conflit armé ne doivent pas contraindre les professionnels à accomplir des actes contraires à la déontologie, ni les empêcher de faire leur devoir. Elles ne doivent pas poursuivre des professionnels de la santé pour des actes accomplis en conformité avec l’éthique médicale. Il est surtout important de relever que les professionnels de la santé ont le devoir de protéger la confidentialité des renseignements recueillis dans le cadre des soins aux patients. C’est là un des principes les plus importants de l’éthique médicale. En vertu des Protocoles I et II du 8 juin 1977 additionnels aux Conventions de Genève, aucune personne exerçant des activités médicales ne doit, sauf si la loi l’y oblige, être contrainte de donner à quiconque – appartenant à une partie adverse ou à sa propre partie – des renseignements concernant les blessés et malades qu’elle soigne ou qu’elle a soignés, si de tels renseignements peuvent porter préjudice à ceux-ci ou à leur famille. L’Association médicale mondiale estime que l'éthique médicale en temps de conflit armé ne diffère pas de l'éthique médicale en temps de paix.

Comme vous pouvez le constater, la première conséquence c’est d’abord l’impact grave sur les populations civiles de cette région qui se voient ainsi refuser les soins de santé dans un contexte où les services publics de santé dans les zones reculées se sont effondrés. C’est Médecins Sans Frontière avec ses ambulances et ses bénévoles qui parvenait encore à fournir une partie non négligeable de ces soins. C’est en fait la conséquence la plus grave, car en l’absence de ces services, des personnes sont en train de mourir. Des morts que l’on aurait pu éviter en somme.

Il est plus qu’urgent de lever cette suspension

Cyrille Rolande Bechon

 

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