[Tribune] « Giscard-Ahidjo » : Souvenir d’élevés suppliciés

Valery Giscard D’Estaing est décédé le mercredi 02 décembre 2020. Il fut président de la République française  de 1974 à 1981. Dans une tribune publiée le 03 décembre 2020, Charles Mongue-Mouyeme, analyste et consultant média revient sur la  visite de Valery Giscard D’Estaing au Cameroun en 1979. Il raconte la souffrance des élèves qui sont parti l’accueillir à l’aéroport de Douala.

Pagne lors de la visite de Giscard au Cameroun en 1979 - DR

Nous sommes en 1979, et le Chef d’Etat français doit effectuer une visite au Cameroun. Le Président Ahidjo en a fait un grand événement, comme en témoigne le tissu « Giscard-Ahidjo » produit à cette occasion et imposé aux fonctionnaires et aux militants du parti unique (c’est-à-dire tout le monde à l’époque). Un soir, papa est revenu de son travail avec un important lot de ce tissu : on l’avait fait déposer à son bureau, et il devait obligatoirement le payer. Ce tissu était tellement abondant qu’à la maison on en fait des kabas, des pagnes, des ensembles boubous, des bermudas, mais il en restait encore pour servir de couvre-lits ou rideaux de fortune.

L’avant-veille de l’arrivée du président Giscard d’Estaing qui devait atterrir à l’aéroport international de Douala avec le nouvel avion supersonique le Concorde, le proviseur de notre lycée (LYPOBO) est passé lui-même dans nos salles de classes nous informer de ce que nous étions tenus d’aller accueillir le président de la France. Aucune absence n’allait être tolérée, et d’ailleurs, l’appel allait être fait en sa présence à 7h 30mn à notre point de rencontre.

Dès 7h le jour dit, nous étions devant le Collège St Michel. D’abord enthousiastes parce que nous avions ainsi une journée fériée et une promenade organisée. Vers 8h, on nous demande de nous ébranler vers l’endroit qui nous était réservé en bordure du boulevard qui reliait le Collège St Michel et l’aéroport international de Douala. Notre enthousiasme commence à fondre quand nous réalisons que la distance est relativement grande pour atteindre le lieu-dit « Avia Service ».

C’est vers 15h que le Concorde transportant le Président Giscard d’Estaing fend le ciel de Douala dans un bruit épouvantable, tournoie au-dessus de l’aéroport pendant un moment, avant d’atterrir finalement. Une heure avant environ, le Président Ahidjo était passé en vitesse dans sa limousine encadrée par des motards de la garde présidentielle. Quelques 30mn après l’atterrissage du Concorde, les présidents Ahidjo et Giscard d’Estaing roulant à vitesse moyenne passent devant nous en nous faisant des gestes de la main pour nous saluer.

Nous sommes donc restés là, de 8h à 15h, debout ou assis à même le sol, pour voir passer le chef d’Etat français pendant 30 secondes devant nous (d’ailleurs beaucoup de nos camarades ne l’ont même pas vu). A un moment donné, nous avons eu très faim et très soif, et nous sommes allés quémander de l’eau chez les pompiers de l’aéroport. Notre enthousiasme de départ était mort.

Vers 16h, abandonnés à nous-mêmes par nos encadreurs, nous avons quitté notre poste d’accueil « Giscard-Ahidjo » en nous débrouillant, puisqu’il n’y avait pas de moyens de transport prévus pour nous là-bas. Beaucoup d’entre nous avons traversé la piste de l’aéroport pour aboutir à l’ancien aéroport à Bonapriso, avant d’emprunter un taxi ou un bus de la Sotuc.

Repose en paix papa Giscard d’Estaing. Tu vas certainement retrouver papa Ahidjo dans l’au-delà. Mais de grâce, s’il y a des élèves là-bas, ne leur faites plus ça. Car l’expression n’était pas encore à la mode à l’époque, mais vous nous avez fait lire l’heure au propre !

Charles MONGUE-MOUYEME

 

      

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