Tribune : De la banalisation du discours violent à la banalisation de la vie.

L’assassinat du gendarme à l’agence Finex dans la nuit de mercredi à Jeudi continue d’alimenter les réactions sur la toile. Dans une tribune publiée sur Facebook le vendredi 24 juillet 2020, Anne Feconde Noah, porte-parole de Cabral Libii revient sur cette actualité macabre et pense qu’on a banalisé la vie au Cameroun.

Beret gendarme - DR

En ma qualité de chrétienne et au cours des enseignements bibliques, j’ai appris que «  la foi vient de ce que l’on entend ».

Ce passage qu’on pourrait avoir tendance à lire rapidement est pourtant lourd d’enseignements, mais aussi très actuel.

L’indignation que semble susciter le décès du jeune compatriote qui a perdu la vie dans les couloirs d’une agence de voyage m’a amenée à le revisiter.

Les causes lointaines et immédiates de ce drame particulièrement grotesque devraient interpeller la société camerounaise et conduire à un examen minutieux, y compris au niveau personnel.

A-t-il perdu la vie pour 100 F ? A mon humble avis non.

Il a perdu la vie parce qu’elle a été perçue par ses meurtriers comme ne valant que peu de chose, ils pouvaient donc s’octroyer le droit d’apprécier la valeur d’une vie selon leur échelle de valeur privée, sans aucune limite morale.

 Dans leurs esprits, il est tout à fait envisageable de s’en prendre violement à un être humain au risque de de lui ôter la vie, si on décide souverainement que le motif en vaut la peine.

Dans le nouveau discours et fort malheureusement le discours jeune, on peut justifier des atrocités  pour des raisons politiques, on peut éhontement trouver des excuses à un homme qui a assassiné sa femme, on peut excuser un élevé qui a tué son enseignant ; il y a  toujours un « parce que ».

Ça ressemble donc à du cynisme lorsqu’on a trouvé des raisons pour justifier la violence et le meurtre  dans d’autres circonstances, de s’indigner du décès de ce jeune ,pour la simple raison que pour ceux qui l’ont tué, le fait de se servir des toilettes sans payer est suffisamment grave et mérite qu’on se prenne une latte sur la tête.

Ils  ont eux-mêmes leur « parce que », l’appréciation de la vie comparativement à une offense subie ayant été reléguée à la subjectivité dans le débat public.

Mais encore, Comment dissocier la légèreté avec laquelle on tue désormais au Cameroun avec l’évolution du discours de haine, de la violence verbale, dans l’espace public?

Comment peut-on penser que la déferlante de propos macabres, la célébration partisane du crime dans les médias en général, et les medias sociaux en particulier n'a pas contribué à démystifier la vie?

Au lieu de s’offusquer d’un drame, simplement parce que pour celui-là on n’a pas personnellement trouvé les faits suffisamment graves, il reste deux options à cette génération :

1- Respecter le droit de celui qui commet un crime en considérant que pour lui, les faits sont assez graves et qu'il dans son bon droit;

2- Ou alors convenir ensemble du caractère sacré de la vie humaine, du fait qu’elle n’est à mettre en concurrence avec aucune considération subjective ;

Baser toutes les analyses relatives à de pareilles horreurs sur ce postulat ;

Réinstaurer le caractère tabou de la violence et de la mort dans le discours public.

Si la violence et le meurtre ne sont pas  reverser dans le domaine du tabou, les esprits faibles vont continuer de  les assimiler comme valeurs.

Ça relève de la responsabilité individuelle.

Mes condoléances à la famille de ce jeune homme

Anne Féconde.

 

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