Tribune : « La prédation de l’État en Afrique c’est aussi l’arnaque foncière et domaniale par la dynastie coloniale, l’élite politique et la Chine »

Des chiffres de la présence chinoise sur des terres agricoles en Afrique font débat au Cameroun. En cause un graphique du China Africa Research Ininitative (CARI), une organisation rattachée à la faculté des études internationales de l'université américaine John Hopkins. Les données publiées par cette dernière place le Cameroun comme étant premier sans second véritable, des pays où la Chine a le plus investi sur les terres agricoles en Afrique. Cette information n'a pas manqué de lancer la controverse et une vive émotion au sein des opinions publiques camerounaises. C’est dans ce sillage que le politologue, militant de la société civile, écocitoyen du village global, Siméon Roland Ekodo Mveng a proposé sur son mur Facebook, le samedi 3 août 2019, une analyse sociologique de ce phénomène qui fait partir de la prédation de l’Etat en Afrique, selon lui. « La prédation de l’État en Afrique c’est aussi l’arnaque foncière et domaniale par la dynastie coloniale, l’élite politique et la Chine », déclare-t-il. Lebledparle.com, vous propose l’intégralité de cette tribune.

Fermier chinois - capture photo

BOULIMIE FONCIÈRE ET PRIVATISATION DE L’ÉTAT EN AFRIQUE : une sociologie compréhensive des calculs d’ambitions mercantilistes, capitalistes et ploutocratiques.

Pendant la période coloniale il existait une opinion étriquée selon laquelle la cession des terres aux missionnaires catholiques et protestants pouvait seule obtenir une place au paradis à certains fidèles s’étant acquittés de ce devoir spirituel. Le subconscient ici était entretenu par l’idée béatifiante que seuls les pauvres verront Dieu et que les Chrétiens authentiques devraient laisser au clergé représentant de Dieu sur terre tous les biens matériels qui inhiberaient leur élévation opportune au royaume des cieux. Aujourd’hui, la célébration des partenariats au développement et l’euphorie de l’État providence se bercent souvent de l’illusion que ces entrepreneurs économiques éminemment rationnels seraient portés par la philanthropie et l’action caritative pour tous. Que Non. La braderie des terres aux Établissements publics et aux firmes multinationales chinoises aujourd’hui après la spoliation gigantesque des peuples autochtones par certains hommes politiques et familles dynastiques françaises dans le pré carré accusent la naïveté coupable des vendeurs de terrain parfois agis sous la pression d’une pauvreté révoltante ; mais également par l’idée que ces opérateurs conduiraient des projets sociaux dans ces zones reculées et enclavées. Il convient également dans notre contexte de mettre exergue le rôle trouble de la bureaucratie politique et des réseaux économiques dans la manipulation des titres fonciers et des lotissements non cadastrés en Afrique contrairement aux codes et législations sur l’acquisition des lopins de terre. La manœuvre des futurs magnats de l’immobilier et des grands fermiers d’avenir étant non seulement de s’adjuger à coup de millions ou d’intimidation les terres arables et les morcellements proches des zones industrielles, mais également de corrompre les préfets et Maires dans les zones reculées à l’effet de convaincre, de faire déguerpir ou de demander aux populations de céder à prix de singes certains vastes domaines, en alléguant les risques naturels et les ultérieures expropriations pour cause d’utilité publique. D’autres seigneurs de la terre utilisent notamment les stratégies de prête-noms pour élargir les haciendas contrairement au droit de la propriété domaniale. Dans cette veine se recrute également une nouvelle élite sportive et une légion étrangère de compatriotes de la diaspora capable de faire trembler les vendeurs de terrains avec des sommes sonnantes et trébuchantes; quand elle n’exploite d’ailleurs abusivement pas son aura d’occidentalisé petit bourgeois dans des villages où la veuve et l’orphelin sont soucieux de voir germer un complexe industriel, un centre commercial ou sportif promis dans les discours de tractations, si ce n’est de se mettre sous la protection du nouveau voisin parisien ou londonien souvent disert sur son carnet d’adresses ministérielles et affairistes. Dans cette captation de l’État, on ne saurait ignorer le contrôle oligarchique des banques appelées crédits fonciers et crédits agricoles dans un clientélisme ne se limitant qu’au cercle ploutocratique et mercantiliste très fermé de l’élite bourgeoise. Devant cette menace imminente à la justice foncière, un État patrimonial et rentier en mal de légitimité peut-il résister aux forces du capital et au pouvoir de l’argent sans mettre en péril sa survie politique au motif que ses populations sont journellement spoliées? Pour ma part le doute reste permis dans l’hypothèse fuyante et falsifiable de sa disculpation dans la dépossession organisée des couches prolétaires.

*Siméon Roland Ekodo Mveng, Politologue

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