«Au Sénégal, Macky Sall ne comprendrait pas que les activités économiques soient perturbées à cause de son passage»

On connait les techniques des spécialistes des coups d'Etat en Afrique: lorsqu'ils entrent en action, généralement ils occupent la radio et la télévision d'Etat. Ils ferment les frontières et l'espace aérien du pays. Ils opèrent ainsi en toute sérénité pour mater des éventuelles résistances à leurs actes anti démocratiques.

Paul Biya et Macky Sall
Paul Biya et Macky Sall  - DR

Ce que nous avons vécu hier ( Lundi, 28 novembre, ndlr) à Yaoundé avait de quoi nous rappeler les actes des putschistes: aux environs de 13 heures en heure locale, aucun avion commercial n'était autorisé à atterrir à Nsimalen, aéroport qui dessert la capitale du Cameroun. Les avions qui venaient de l'extérieur recevaient systématiquement l'injonction de rebourser chemin, sans aucune explication. Un aéronef de la compagnie nationale éthiopienne a vécu la triste scène: l'appareil avait fait escale à Libreville au Gabon, avant de continuer son vol sur Yaoundé. A l'approche de Nsimalen, la tour de contrôle l'enjoignit de faire demi tour, le temps que des informations complémentaires arrivent de Yaoundé.

C'est après une heure passée sur le tarmac de la piste d'atterrissage que l'information juste parvint à la cabine de pilotage, et que le commandant de la partagea à ses 200 passagers inquiets: Macky Sall, le chef de l'Etat du Sénégal, de retour de Madagascar où il avait pris part au 16è sommet de la Francophonie, a fait une escale technique à Yaoundé. Parce que son homologue Paul Biya devait traverser la ville pour l'accueillir, l'amener au palais d'Etoudi pour lui offrir un rafraichissement et le raccompagner au pied de son avion, il fallait fermer l'espace aérien pour la sécurité des deux présidents de la République.

Comme on devait s'y attendre, le bouclage de l'espace aérien de Yaoundé et celui de la sortie du sud surtout a occasionné un bouchon qui a duré très tard dans cette nuit de dimanche lundi.

Dans cet avion mis en "stand by" au Gabon, voyageaient quelques personnalités sénégalaises. Lorsqu'elles apprennent que c'est pour leur président que l'espace aérien est fermé, l'une de ces personnalités s'exclame en ces termes: " En tout cas, ce n'est pas Macky Sall qui aurait autorisé cette action. Chez lui au Sénégal il ne le fait pas; il ne comprendrait pas que les activités économiques et les mouvements des personnes soient perturbées à cause de son passage; il a plusieurs moyens de traverser la ville sans gêner les gens..."

Les contingents militaires qui ont été déployés pour la circonstance ont dépassé tout entendement humain. Même dans les pays en guerre, un tel déploiement des forces de l'ordre au passage du chef de l'Etat ne s'expliquerait pas. La sécurité de Paul Biya l'avait certainement convaincu que chacun de ses compatriotes serait son virtuel assassin. Ces militaires, au passage du chef de l'Etat, bousculent tout sur leur chemin; ils vocifèrent et menacent tous ceux qui oseraient simplement les fixer d'un regard profond. De pareilles attitudes sauraient-elles exister sans l'aval du chef de l'Etat ? Sûrement pas. Les responsables de la sécurité présidentielle ont fini par contribuer à creuser un abîme entre Paul Biya et le peuple qu'il gouverne. Il apparaît toujours aux yeux de ce peuple comme un étranger distant, froid et méprisant.

De cela, il est normal que Macky Sall d'abord, ses compatriotes qui se trouvaient dans l'avion recalé au Gabon ensuite, ne comprennent pas que nous Camerounais comprenions et nous adoptions sans gémir contre cette manière de vivre ensemble avec notre président, dans ce triangle national.