Christal Thomas Fotue Simo : « L’escalade de la violence verbale a atteint son instance supérieure au Cameroun»

L’ouvrage « Cameroun. Le malheureux paradis » est disponible depuis juillet 2021. Publié aux Éditions du Schabel. C’est un recueil de poésies politiques sur le climat sociopolitique qui prévaut au Cameroun. L’ouvrage est la contribution de jeunes originaires de tous les coins du Cameroun et de certains pays d’Afrique. Lebledparle.com est allé à la rencontre de Christal Thomas FOTUE SIMO, Directeur de rédaction et de publication du livre. Il nous présente le contenu du document, les péripéties autour de sa production et les perspectives d’écriture.

Christal Thomas Fotue Simo, coordonnateur de l'ouvrage - DR

Lebledparle.com : Pourquoi avoir décidé d’écrire un livre sur la météo sociopolitique du Cameroun sous forme de poésie ?

Christal Thomas FOTUE SIMO: Mes premiers mots consistent à dire sincèrement merci à Lebledparle.com, en mon nom propre, mais également aux noms de toutes les personnes qui ont collaboré dans le cadre de cette publication. En effet, dans un contexte camerounais de marasme et de morosité économiques, où chacun se bat pour s’octroyer une pitance, il est rare de rencontrer de professionnel de medias, qui fasse le pas vers l’autre étant motivé simplement par la curiosité professionnelle et le désir d’assouvir la passion du métier.

Cela dit, répondant à votre question, il faut s’intéresser à l’Europe de la renaissance et plus tard, du siècle des lumières (18ème  siècle) et du 19ème siècle pour faire remarquer que le genre littéraire qu’est la poésie s’est toujours saisi des grands problèmes de la société. En France par exemple, il est difficile d’ignorer les apports des poèmes de Du Bellay, de Verlaine, de Rimbaud, de Baudelaire, pour ne citer que ces noms, dans les luttes et mouvements de libération. Tout proche de nous en Afrique, si le coup a été tordu aux fléaux tels que la traite Négrière, l’oppression coloniale ou même l’aliénation culturelle, cela a été pour une large part, le fait des plumes d’une génération d’intellectuels-poètes réunie dans le mouvement littéraire de libération dénommé la « Négritude ».  Les figures de proue de ce mouvement furent le trio Aimé Césaire, Léopold Sédar-Senghor et Léon Gontran-Damas. Fort de cette expérience historique, vu l’environnement sociopolitique  camerounais actuel marqué par la guerre fratricide dans le Noso et par l’escalade sans précédent de tensions ethno-identitaires à l’issue de l’élection présentielle du 07 octobre 2018 ; vu les dérivés de cette situation parmi lesquels le déclin criard du patriotisme et de la citoyenneté, il était indiqué de regrouper des jeunes pour leur offrir un espace d’ex-pression, sous fond d’un plaidoyer pour un Cameroun meilleur, pour un Cameroun nouveau.   

Lebledparle.com : Une trentaine de personne ont contribué à la rédaction de l’ouvrage. Ces contributeurs ne sont pas seulement des camerounais. Ils sont issus aussi du Bénin, du Burundi, Du Tchad et du Togo. Qu’est-ce qui peut justifier la présence de ces autres nationalités, pourtant l’ouvrage parle du Cameroun ?

Christal Thomas FOTUE SIMO: en ces temps qui courent, il est difficile pour un pays de vivre de façon autarcique et isolée. Toute actualité, dans l’un ou l’autre coin du monde a un retentissement sur l’âme ; elle génère de l’émotion et des sentiments, caractéristiques par excellence de l’instinct poétique. Sur cette base, se sentant interpelés suite à la publication de l’appel à textes, les contributeurs d’horizons divers ont estimé avoir sans doute à dire, à partager sur l’actualité sociopolitique qui prévaut au Cameroun. Bien plus, Afin de permettre la participation efficace des uns et des autres, l’acte de soumission des contributions était élargi aux expatriés ayant résidé pour une durée d’au moins cinq (05) ans sur le territoire camerounais ; de même qu’il l’était aux chercheurs et aux écrivains (poètes) d’horizons divers mus par leurs connaissances, leurs expériences ou leurs observations de l’actualité politique camerounaise.

Lebledparle.com : La rédaction d’un tel ouvrage n’a pas forcément été une entreprise facile au regard du contenu. Quels ont été les obstacles et comment vous les avez surmonté ?

Christal Thomas FOTUE SIMO: la première chose à dire est qu’au regard des textes bruts reçus, il était aisé de déduire que la jeunesse camerounaise croupit dans un mal être réel et flagrant ; elle va mal, voire très mal dans sa peau et dans son âme. Certes la ligne éditoriale véhiculée dans l’appel à contribution garantissait la liberté de propos aux contributeurs ; mais, dans le même temps, cette liberté de ton n’avait pas pour vocation de servir de tribune à la rage, à la fureur ou aux invectives. La première difficulté a été donc celle de pouvoir contenir ces frustrations légitimes de cette jeunesse désemparée et cruellement abusée à tous égards.  Le comité qui était chargé d’expertiser et d’évaluer les textes réceptionnés n’a que difficilement pu dissuader certains contributeurs sur la nature désobligeante de leur texte. Autre difficulté et non la moindre a concerné les textes à retenir définitivement en vue d’être publiés. La totalité des textes réceptionnés a avoisiné 180 textes. Le défi de discriminer pour enfin retenir juste 50 poèmes les plus pertinents conformément au choix éditorial, n’a pas été chose aisée; Une contrainte qui a dû  laisser plutôt dans les archives certaines contributions reçues, peut-être les plus significatives pour une publication ultérieure.

Lebledparle.com : Quel est le message que porte cet ouvrage ?

Christal Thomas FOTUE SIMO: avant d’en venir au message, il est important de souligner à grand trait que le recueil de poésies politiques « Cameroun. Le malheureux paradis » est une initiative de jeunes intellectuels mus des seuls élans patriotique, citoyen, panafricaniste et surtout humanitaire.

 Ça heurte et bouleverse les consciences de savoir que des excursions criminelles et terroristes continuent de sévir sur des populations innocentes notamment des jeunes filles nubiles dans la partie septentrionale du pays. Il est indigeste pour la morale, ce misérable spectacle qui nous est servi depuis bientôt une décennie au nord-ouest et au sud-ouest, où des enfants faibles, fragiles et sans défenses sont sevrés de leur droit à l’éducation pour les plus chanceux, sinon impitoyablement massacrés pour ceux qui le sont moins.

 Comment oublier cette funeste journée du 24 octobre 2020 marquée par cette attaque éhontée et barbare contre des écoliers âgés de douze à quatorze ans de la « Mother Francisca School » de Kumba?

« Bamilécon », « Ékangcre », « Anglofou », « Moutonistan », « Tontinards », « Sardinards », « Kamtoto », « Paul Pillard »: Voilà à quoi au lendemain de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018, s’est réduit le quotidien des camerounais. Une situation qui vient confirmer que l’escalade de la violence verbale a atteint son instance supérieure au Cameroun. Tous ces comportements revanchards et extrémistes sont inacceptables en République.  Comment penser le vivre ensemble, la tolérance de la différence en pareil contexte dans un pays riche de plus de 250 ethnies? Loin d’être un prétexte de fierté nationale, la diversité multiple (langues, ethnies) est plutôt servie comme socle pour nourrir les rancœurs, les frustrations et les haines sans bornes entre les citoyens d’une même République.

C’est dans cet environnement marqué par diverses crises (sociale, économique, politique) qu’a été pensé ce projet éditorial qui se pose en un véritable plaidoyer pour le retour à la normal au Cameroun. A travers leurs plumes hautement engagées, les auteurs plaident pour la fin immédiate de la guerre fratricide au Noso. Dans une démarche pédagogique, l’œuvre essaie de faire une incursion sur le terrain de guerre. Elle s’essaie à dégager les responsabilités de chaque protagoniste dans ce film nauséeux que l’on sert depuis plus d’une demi-décennie à l’humanité, notamment, à la race de Dieu qui est au Cameroun. L’ouvrage plaide auprès de ceux qui peuvent le plus au Cameroun (les décideurs) de ne plus s’en tenir aux mesures cosmétiques  dans les efforts de résolution des crises diverses. Par ricochet, les contributions encouragent les décideurs à travailler dans le sens de mettre en œuvre des réformes qui rassurent. Il plaide pour un nationalisme d’exaltation et de propagande dans lequel les actions de chaque citoyen doivent se mettre au service de la patrie. Les textes qui constituent l’œuvre, aident à trouver et à comprendre les causes aux multiples crises qui secouent le Cameroun. De même, ils s’attellent à en proposer les pistes de solutions pour une paix durable, gage d’un bienvivre et d’un bien-être collectif au Cameroun.

Lebledparle.com : Quels sont les projets ou événements autour de cet ouvrage ?

Christal Thomas FOTUE SIMO: le projet imminent est celui de l’organisation de la cérémonie de dédicace de l’œuvre dans les diverses villes du pays. Cette dédicace est envisagée en date du 02 décembre à Yaoundé et du 09 décembre à Douala. C’est l’occasion pour moi de saluer l’engagement de tous les contributeurs dans ce projet éditorial. En son temps, nous comptions avec l’aide de généreux compatriotes, octroyer à chaque contributeur une prime de participation ; laquelle prime devant tenir lieu de geste d’encouragement. Cette attente n’ayant pas prospéré, nous comptons dorénavant sur les soutiens multiformes de bonnes volontés, pour garantir à la dédicace de cette œuvre un succès total.  

Lebledparle.com : Y-a-t-il un autre projet éditorial dans la continuité de celui-ci ?

Christal Thomas FOTUE SIMO: Possiblement. Je vous l’ai dit plus haut, les textes réceptionnés suite à l’appel à contribution ont avoisiné 180. Vous convenez avec moi que si notre choix éditorial nous a prescrit 50 textes, près de 130 restent encore confinés dans les archives et pourront  peut-être faire l’objet d’une publication ultérieure. 

Lebledparle.com : Merci d’avoir répondu à nos questions !

Christal Thomas FOTUE SIMO: c’est moi qui vous remercie ; dans l’espoir que, pour des besoins d’archives personnelles, chaque compatriote nous fera le plaisir de se procurer une copie de cette œuvre inédite en milieu juvénile Cameroun. Bonne lecture et au plaisir.  

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