Dieudonné Essomba : « Biya qui est actuellement au pouvoir a échappé à une mort violente en 1984 »

Le passage du Cameroun, de l’État unitaire à l’État fédéral est sans doute, le rêve le plus excitant de l’économiste Camerounais Dieudonné Essomba.  

Dieudonné Essomba (c) Droits réservés

Dans une chronique y relative sur sa page Facebok en date du 7 aout 2019, le consultant permanent de l’émission dominicale Club d’Elites sur Vision4 TV donne une fois de plus les tours et contours du fédéralisme.

« Le modèle fédéral n’est pas le fruit d’un processus, mais une base de référence sur laquelle se construit une Nation. Il est choisi dès le départ, simplement parce que sa nature le dispose ainsi et se construit sur cette base au fil du temps. Les USA ou la Suisse ne sont pas nés unitaires, puis sont devenus fédéraux par la suite. Ils sont nés fédéraux et ont évolué de cette manière sans modifier leur nature », explique d’entrée de jeu Dieudonné Essomba.

Lebledparle.com vous propose la chronique de Dieudonné Essomba.

Le modèle fédéral n’est pas le fruit d’un processus, mais une base de référence sur laquelle se construit une Nation. Il est choisi dès le départ, simplement parce que sa nature le dispose ainsi et se construit sur cette base au fil du temps.

Les USA ou la Suisse ne sont pas nés unitaires, puis sont devenus fédéraux par la suite. Ils sont nés fédéraux et ont évolué de cette manière sans modifier leur nature

Il ne le devient après coup que s’il avait choisi à tort un modèle unitaire qui finit par se révéler incompatible. Ce n’est pas un choix lié à la volonté, mais à la configuration objective de la communauté sur laquelle veut se poser l’État.

Par nature, la Fédération est une forme extrêmement stable d’une Nation. Elle est basée sur l’union des peuples, et non sur l’unité des citoyens. On ne parle pas d’unité nationale dans une Fédération.

L’unité est un processus très difficile à obtenir, parce qu’elle suppose qu’on ait surmonté les différences entre les communautés, qu’on les ait fondues dans un ensemble. Cela suppose du temps et de la violence. La France que nous voulons imiter aujourd’hui n’est pas devenue unitaire par la volonté des Français.

C’est le fruit de siècles de brutalité et de violence sur les communautés d’origine, marquée par la destruction des particularismes, l’imposition d’une langue, la centralisation de la décision politique. 

Ce modèle que certains admirent, en prétendant l’imposer au Cameroun, c’est le fruit d’un ethnocide généralisé, la destruction brutale et sanglante des communautés, au profit d’une seule culture locale que les pouvoirs ont fini par imposer, au point d’en faire le seul référent. Et cela a pris des siècles.

Pour autant, cela n’a pas suffi ! Nonobstant ces siècles d’homogénéisation forcée, et en dépit d’un niveau de vie très élevé, des particularismes persistent et s’expriment même par la violence politique. On connaît notamment le cas Corse qui a imposé un statut spécial.

Dans les autres pays d’Europe ayant connu le même parcours, ce genre de démarche a donné beaucoup moins de résultats encore, et on se souvient des cas de la Catalogne en Espagne, de l’Irlande du Nord, sans compter les mouvements fédéralistes de l’Italie.

Tous ces pays ont été contraints de gérer ces particularismes en adoptant une structure segmentaire, composé d’uUn Etat Central chapeautant des Etats régionaux.

Quelle folie de croire que c’est dans un pays comme le Cameroun qu’on peut réaliser une telle unité ? C’est un non-sens absolu !

Et parce que c’est un non-sens absolu, cela a donné lieu à un système hypocrite, fondée sur des déclarations d’unité nationale de façade à laquelle personne ne croit, du sommet de l’Etat jusqu’à la base.

Tout le monde n’a confiance qu’aux siens, à commencer par le Chef de l’Etat lui-même ! Ahidjo a fondé sa sécurité sur sa communauté, Biya a fait de même, et celui qui suivra le fera également.

Et c’est normal, car le système que nous avons créé est très violent ! Intrinsèquement violent. Si, depuis sa naissance, il a entraîné la mort et la prison de ceux qui s’y sont opposés, et notamment les nationalistes, ceux qui ont été au pouvoir n’ont pas échappé eux-mêmes à cette violence !

Le premier Chef du Gouvernement, André MBIDA est mort, aveugle, après des années de sévices dans les prisons de son successeur Ahidjo. Celui, après avoir régné par la violence, est aussi mort en exil, sous le coup d’une condamnation à mort.

Biya qui est actuellement au pouvoir a échappé à une mort violente en 1984, mais lui aussi est obligé d’infliger la violence !

Car dans ce système artificiel, le Président de la République doit infliger la violence afin de ne pas la subir ! Celui qui occupe ce poste dispose d’un pouvoir monstrueux et sa capacité à distribuer les privilèges le transforme en un centre de convoitises particulièrement aiguës. S’il ne prend pas la peine de se prémunir de ses ennemis par une garde bien armée et qui lui est fidèle, il court le risque de subir la violence de ses ennemis et d’y perdre son pouvoir, sa liberté, voire sa vie.

C’est de ce système qu’il faut sortir ! Le temps où les Etats fabriquaient les Nations à coups de violence est révolu et l’idéologie d’une Nation que les Camerounais placeraient au-dessus de leurs communautés est une imposture.

Il faut créer un modèle segmentaire, où la Nation prolonge les ethnies, comme celles-ci prolongent les tribus, qui à leur tour, prolongent les clans, lesquels prolongent les familles.

Je peux parfaitement être Eton et en même temps Beti, sans que cela me gêne ! Pourquoi faut-il qu’on oppose ma nature de Beti à ma nature d’Eton ? Je vis parfaitement avec ces deux identités !

Je ne vois donc pas pourquoi on veut choisir d’opposer les identités, au lieu de les intégrer. Pourquoi faut-il que les gens renoncent à leur communauté pour devenir Camerounais ? Mon statut de camerounais peut bien prolonger mon statut de Beti !

C’est un modèle plus naturel que cette mythologie de l‘unité nationale qui ne va nous conduire nulle part, sinon qu’à la violence et la pauvreté. Il faut rentrer à la logique de l’union qui a montré son efficacité partout dans le monde entier.
Et ce modèle est la Fédération.

Dieudonné ESSOMBA

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