Richard Makon : « les balles de la discorde dans le bal des hypocrites » (Chronique)

Le Cameroun vit depuis des jours une succession d’évènements qui écrivent, par les larmes, la sueur et le sang, certaines des pages les plus sombres de son roman national. À la faveur de manifestations de camerounais, portées par des revendications plurielles et relayées par des messages d’une extrême cacophonie, notre pays présente au monde entier un visage scarifié par les failles béantes de la division et de la discorde.

Marche de mécontent à Douala - DR

Et comme il devient malheureusement de coutume en de pareilles circonstances, les fractures profondes sur l’écorce de notre unité nationale et les stigmates dorénavant indélébiles sur le tissu de notre vivre-ensemble s’imposent à nos regards fuyants. Les camps se dressent les uns face aux autres, les catégorisations s’opèrent, les classifications s’affinent, les listes des ennemis ainsi que les chefs d’accusation se précisent.

Dans une atmosphère électrisante qui sent le souffre, les nouvelles venant des théâtres de contestation se suivent et se ressemblent toutes. Elles racontent, dans une symphonie de chao apocalyptique, l’histoire du drame national d’un peuple devenu sourd aux appels de la raison et qui s’enfonce inéluctablement dans les ténèbres de la violence, agrippé aux parois d’une folie furieuse collective.

Au Cameroun aujourd’hui la vie humaine semble avoir perdu son caractère sacré. Des citoyens sont molestés, des agents publics sont rudoyés, le nom du pays est trainé dans la boue de l’opprobre, le drapeau national accroché aux épaules de la bêtise, les sceaux de l’Etat profanés, des institutions républicaines vandalisées et banalisées, l’autorité de l’Etat foulée dans la rue.

Dans ce concours au palmarès du grand bêtisier national, le trophée revient à celui qui va le plus loin dans la profanation des corps, qu’ils soient humains ou institutionnels. CA NE PEUT PLUS DURER !

Et pourtant tout ceci était prévisible, cette radicalisation des uns et des autres. Depuis plusieurs mois déjà se multiplient des interpellations pour la protection de nos fragiles acquis démocratiques, la préservation du dialogue et de la concertation pour surmonter nos crises, la recherche du consensus et des compromis, la promotion de la tolérance sans laquelle il n’y a ni cohésion nationale ni concorde républicaine, le recul et la retenue dans les prises de parole publique, l’action militante ou les interventions des pouvoirs publics.

Mais rien n’y fait ! Comme un train de la mort dégringolant d’un ravin, le Cameroun avance frénétiquement vers l’inconnu !

La paix qui a longtemps constitué notre atout essentiel a disparu et nous en sommes TOUS RESPONSABLES. Cette paix a été brisée à chaque fois que le passage en force l’a emporté sur le consensus, l’arbitraire a pris le pas sur le compromis, l’injustice a triomphé sur la justice, la richesse des uns s’est constituée par l’appauvrissement des autres.

Et comme souvent, la violence, instrumentalisée ou pas, est devenue une réponse à l’autisme, les armes sont devenus des modes d’expression et les balles, des mots.

IL FAUT QUE CELA CESSE !

Nous devons aujourd’hui panser les plaies, recoudre le tissu social, reconstruire notre communauté nationale en prenant en compte les différents imaginaires politiques, sociaux, culturels, religieux, mais aussi ethniques, régionaux et sociologiques.

Mais cela passe par un nouveau pacte social, républicain et civilisationnel, qui doit s’articuler autour de l’idée de CONFIANCE et l’impératif de JUSTICE.

*Chronique précédemment parue à ''Mutations''

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