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Brigade Anti-sardinards : Général El Che Nou, le « casseur des ambassades » parle

Brigade Anti-sardinards : Général El Che Nou, le « casseur des ambassades » parle

Dans un entretien accordé au journal Le Jour dans sa publication de ce 25 septembre 2019, l’un des activistes du groupe baptisé Brigarde anti-sardinard basé en Europe s’est expliqué sur les origines, les motivations de ce groupe, non sans faire mention de leur perception du dialogue national annoncé par le chef de l’État.

Brigade Anti-sardinards : Général El Che Nou, le « casseur des ambassades » parle
Le Général El Che Nou (c) Droits réservés 

Lebledparle.com vous livre l’intégralité de cet entretien avec le leader de la « Brigade anti-sardinards » (Bas), réalisé par nos confrères du journal Le Jour.

Comment dois-je vous appeler ? Général ? Che Nou ?

Je m’appelle Nounga. C’est mon nom de famille. Mais je suis connu sous le nom de « général el Che Nou » dans la révolution. Et cela me va parfaitement.

C’est vous qui êtes à la tête de l’organisation dénommée BAS, Brigade anti-sardinards…

La révolution dans la diaspora ne comporte pas que la BAS. Mais moi je suis à la tête de la BAS en Allemagne. J’en suis le fondateur. Dans d’autres pays comme la France, il y a d’autres sections de la brigade et nous travaillons en synergie. La révolution dans la diaspora n’est pas que portée par la BAS. Il y a d’autres entités.

Sur les réseaux sociaux ces derniers jours, il y a un message qu’on dit de vous, où il est question d’empoisonnement et de repentirs, de regrets au sujet de vos agissements antérieurs. Qu’en est-il ?

Effectivement, je sors d’un empoisonnement, et si je n’avais pas été pris en charge par un système de santé performant, j’en serais mort. Et c’est d’ailleurs ce pour quoi nous nous battons, ce système de santé efficace que ce vieux dictateur n’a pas pu mettre en place au Cameroun depuis 37 ans. Les coupables de mon empoisonnement ? C’est clair je soupçonne des sbires du régime, tapis dans l’ombre qui ont infiltré notre organisation. C’est ce que soupçonnent également les services compétents ici en Allemagne.

Mais bon, disons que je m’en suis tiré et que je continue ma lutte, à la tête d’une organisation qui comme toute organisation a ses’ problèmes internes… La révolution a toujours su compter sur son leader que je suis, et nous continuons de travailler. Nous travaillons fermement. Pour ce qui est du post que l’on m’attribue, comme quoi je me serai repenti du saccage des ambassades, il s’agit bien sûr encore d’une manipulation grossière du régime. Je n’en suis pas l’auteur.

Parlons de votre organisation, la Bas. Quand avez-vous commencé ? Expliquez-nous votre dénomination, votre fonctionnement, votre but…

Le 7 octobre 2018 a eu lieu au Cameroun une élection historique. Tout le peuple camerounais avait l’espoir d’une alternance au sortir des urnes. Contre toute attente, le 22 octobre, nous assistons à une victoire volée par la Cour Constitutionnelle, aidée par Elecam et le Minât. Fatigués de toutes ces manigances, nous nous sommes levés…

Déjà le 20 octobre, deux jours avant, le général El Che Nou que je suis, mobilisait dans les rues de Berlin, près de 8000 personnes, des Camerounais, pour mettre en garde le régime contre le vol éventuel de cette élection que l’on voulait historique. Ainsi, lorsqu’advient cette forfaiture en direct, à Bruxelles, Paris, Londres, partout, nous. protestons dans les rues. Il faut déjà dire que le général Niât de Belgique, avec Willy de Paris sont ceux qui, dès le mois de novembre vont les premiers prononcer le terme » anti- sardinards ».

Pourquoi ce terme ? Eh bien, c’est déjà Mathias Éric Owona Nguini, l’un des penseurs génocidaires qui avait déjà baptisé tous les partisans du changement » tontinards »… En réplique, nous avons qualifié tous les gens du régime « sardinards », les hommes qui ne vivent que pour manger de la sardine, la sardine en conserves qui n’a pas de tête, et qui a fait de notre pays le désastre qu’il est en ce moment. Nous nous sommes organisés donc pour traquer désormais les « sardinards » à l’étranger. Nous avons un mouvement structuré, avec des généraux, des commandants, etc.

Mais nous ne travaillons pas seuls pour le changement, ici à l’étranger. Il y a le Code du général Wanto, ce sont les anciens « parlementaires » de l’Université de Yaoundé années 90, le CCD de Brice Nitcheu, le KOR (Kamto ou rien) dont je sois le responsable… Chaque entité a son rôle. La Bas, ce sont les actions de terrain, le Kor, ce sont les actions diplomatiques auprès des chancelleries. Et j’avoue que les résultats, surtout au niveau de l’Allemagne, sont très lourds d’impact sur le régime de Yaoundé.

Visiblement, votre mouvement n’a pas que des Camerounais…

Oui, notre révolution a vocation à faire tomber toutes les dictatures. Notre discours est transversal. Nous avons avec nous la générale Barade, qui est Gabonaise, c’est une combattante expérimentée, c’est elle qui a formé ses sœurs camerounaises au combat. Elle est en lutte contre la dynastie Bongo au Gabon, mais elle considère que notre lutte est aussi la sienne.

Comment est financé votre mouvement ?

Nous sommes financés d’abord par nos propres cotisations. Puis nous faisons appel aux Leetchi, ces cotisations en ligne, des cagnottes collaboratives qui permettent à tout un chacun de mettre une petite somme pour soutenir une cause. Les Camerounais répondent massivement à nos appels de fonds. Mais il faut dire qu’au tout début j’ai quand même mis toutes mes économies personnelles, soit 40 000 euro, dans la lutte.

Quel est votre métier ?

Je suis enseignant de langues. J’enseigne la langue française et l’espagnol dans les lycées en Allemagne. J’ai pratiqué aussi au Cameroun, avant de quitter le pays.

Comment est-ce que vous classez votre mouvement ? Paramilitaire (vous portez un camouflé) ? Citoyen ? Révolutionnaire ? Vous vous situez où sur cette échelle de classement ?

Nous nous définissons comme un mouvement citoyen. Pour le moment. Mais nous n’excluons pas muter pour nous adapter à la situation.

C’est à dire ?

Nous n’excluons pas de devenir un mouvement paramilitaire.

C’est grave ce que vous dites…

Oui, mais je ne vois pas d’autre option.

Existe-t-il une filiation entre le parti politique MRC et vous ?

C’est la énième fois que l’on me pose cette question. J’y réponds non. Point final. Je n’ai jamais fait partie du MRC, et ne compte pas y entrer demain. C’est le cas pour la plupart des brigadiers. Je vais vous dire : j’ai même donné pendant la campagne, 400 € à Cabrai Libii, car je le trouvais plus jeune, c’est quelqu’un de ma génération… Nous sommes à la recherche d’un homme qui peut sortir notre pays du gouffre…

Il y a une forte contradiction entre vos dires, d’abord, et votre action. Comment pouvez-vous réclamer la victoire de Kamto et dans le même temps dire que vous n’êtes pas du MRC ? À qui profiterait donc la victoire que vous réclamez ? Soyez plus clair…

Je ne vois pas où se trouve la contradiction. Au Cameroun, c’est la loi, un candidat à la présidentielle doit endosser la casquette d’un parti. C’est dans ce cadre que Kamto a revêtu celle du MRC. Mais nous autres brigadiers, avions chacun son choix… Mais en mondovision, nous avons tous vu le hold-up électoral. Nous avons vu comment le Conseil constitutionnel et son président détournaient les résultats. La rocambolesque histoire des 32 procès-verbaux que personne ne verra jamais… Nous avons une seule envie que le Cameroun soit dirigé normalement, par des gens honnêtes. Et si Maurice Kamto, président, arrivait aux mêmes travers, nous aurions vis-à-vis de lui la même attitude de défiance.

Pour être spectaculaires, vos actions sont tout de même empreintes d’une forme de sauvagerie… Casser des ambassades, une action comme celle de Genève, tout de même !

Je suis surpris qu’un journaliste comme vous, vivant et travaillant au Cameroun, perçoive de la sauvagerie dans nos actes : du régime Biya à la Bas, qui est le plus sauvage ? Tirer sur des civils à balles réelles pendant les manifestations, laisser éventrer une Monique Koumatekel dans la cour d’un hôpital, emprisonner systématiquement tous ceux qui tentent de s’opposer. Nous avons forcé des ambassades, nous avons hué M. Biya devant son hôtel, nous n’avons tué personne. D’ailleurs nous sommes, je le pense, encore de doux rêveurs…

On parle à l’heure actuelle de dialogue. Il y a même des émissaires en ce moment en Europe pour vous rencontrer. Quelle est votre posture vis-à-vis de cette démarche ?

Depuis le discours du 10, je suis convaincu d’une chose : M. Biya est toujours le même. Il a prononcé un discours insultant. Nous à la Bas, nous ne nous sentons pas concernés par cette initiative, à laquelle naturellement nous ne participons pas. Je soulignerai juste que c’est une énième mascarade.

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